Littérature

’Le mendiant de Bénarès’...

21 mai 2007

Des contes et légendes en librairie, on est tenté de dire qu’il en existe à la pelle, qu’ils soient d’Inde ou d’ailleurs, qu’ils soient moyenâgeux ou contemporains. Le rayon de ces livres est loin d’être vide.
De tout temps, l’Homme a bâti sa vie sur des légendes et parfois même sur des contes extraordinaires. Les contes et les légendes sont les matériaux sur lesquels se construit notre pensée romanesque et c’est l’aliment de nos rêves inconscients ! C’est pourquoi lorsque je me suis trouvé face au livre d’Antoine Pitchaya "Le Mendiant de Bénarés", il m’est apparu qu’une nouvelle fois, j’allais être confronté à une succession d’histoires incroyables sans autre fondement que de nourrir l’imaginaire, auquel cas parler du livre ne reviendrait qu’à parler d’un énième livre de contes, certes passionnant mais sans plus ni moins de miel que d’autres livres ! Alors je me suis mis à la tache, car il s’agit bien d’une tache de lire les premières pages d’un ouvrage, c’est le premier pas qui coûte et je me suis calé dans mon fauteuil pour, sans m’en rendre compte, me retrouver (après avoir passé la préface et les explications de l’auteur) le dos calé contre un arbre ! Un arbre, certes, mais pas n’importe lequel, c’est à l’ombre des banians que conduisent toutes ces histoires. Antoine Pitchaya se fait conteur mais aussi passeur ! Passeur de savoir, passeur de légendes et surtout de culture.
Les histoires alors deviennent des plus réelles au fur et à mesure que se tournent les pages, et sans lever les yeux, on est transporté dans l’Inde des palais mais aussi de la rue, l’Inde qui fait rêver mais qui apporte des leçons de vie. Lire "Le Mendiant de Bénarés" c’est lire Jean de La Fontaine avec l’ivresse que vous apportent les plus grands vins du monde et les images des palais de Maharadjas !

Assis à la table des Dieux

Comment ne pas se sentir petit et veule à chaque fin d’histoire ? La leçon est délivrée tout du long, mais c’est à la conclusion qu’on la reçoit comme une gifle cinglante ! Rien n’est un hasard dans le déroulé du livre. Au départ, je pensais pouvoir lire les histoires dans le désordre et reprendre là où bon me semblerait, car comme chacun le sait, ce type de livre est fait pour cela. Hé bien non ! La succession des histoires a un sens et il faut admettre qu’il est bien difficile de reprendre le cours des choses, comme il est bien difficile de se détacher de cet ouvrage. Il faut le lire cul sec comme si on portait une santé à un ami de retour après des années d’absence ! Monsieur Antoine Pitchaya, avec cet ouvrage nous permet de nous asseoir à la table des Dieux ! De Dieu, il en est beaucoup question, mais sans jamais nous forcer à y croire, Dieu devient alors une évidence et non une entité ! Une évidence immatérielle comme s’il battait dans notre poitrine et résonnait dans notre cerveau en nous disant : « Tu vois, toute histoire a une logique mais aussi une raison ! »
Il est tout de même extraordinaire qu’un conte ou une légende soit décliné en plusieurs versions dans des lieux différents de notre planète. Tout comme une invention peut naître dans deux endroits différents, dans les cerveaux différents de deux scientifiques sans qu’il n’y ait aucune concertation, les légendes traversent l’univers et les âges sans qu’elles ne se soient jamais rencontrées.

Des histoires extraordinaires miroirs de nos propres histoires

J’adresse un message à Monsieur Pitchaya : Il y a très longtemps, alors que comme tout humain j’ai été tenté de pactiser avec le diable pour qu’il m’aide à trouver l’opulence, je me suis retrouvé dans une tour médiévale sur un pont fortifié qui enjambe "Le Lot" (rivière toute aussi forte et chargée de légendes que le vénérable Gange). On m’a narré l’histoire d’un architecte qui s’était acoquiné avec le Diable pour que ce dernier l’aide à finir son ouvrage. Mais comme chacun le sait, ce genre de pacte finit par coûter cher et l’architecte devait rendre son dû à l’innommable, alors avant de poser la dernière pierre, il demanda au diable d’aller chercher de l’eau dans un tamis. Bien entendu, il ne parvenait pas à ramener la moindre larme du précieux liquide. Hé bien, cette histoire que j’ai entendu, racontée pendant deux mois, entiers trois fois par jour, dimanche et jours fériés compris, n’est pas sans me rappeler une des histoires de ce livre "Le Mendiant de Bénarés", il s’agit de "La queue du chien" ! Comme quoi rien ne se crée mais tout a une utilité dans ce bas monde et si les mots ne sont pas les mêmes, les Hommes à travers l’histoire ont toujours su, lorsqu’ils suivaient un chemin diabolique que c’est toujours au bord du gouffre qu’ils aimeraient revenir en arrière, mais le peuvent-ils vraiment ?
Les humains écrivent partout la même et mauvaise histoire et se prévalent de la bonne, dans le labyrinthe de la pensée, ils ne prennent pas forcément la bonne voix mais qu’importe, ils s’imaginent qu’ils feront facilement marche arrière s’ils se trompent, mais savent-il que leurs inconséquences ont un prix qu’ils devront payer et que ce jour-là il n’y aura personne pour faire sauter le "PV". Voilà ce que m’a inspiré la lecture du "Mendiant de Bénarès".
Il n’est pas de fable humaine qui n’ait un fondement solide et intouchable !

Philippe Tesseron
http://pht974.blog-reunion.com/


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