Culture et identité

Le pénitencier pour enfants de l’Ilet à Guillaume

Témoignages.re / 22 février 2007

Hier, l’écrivain Pascale Moignoux a tenu une conférence au centre culturel Lucet Langenier de Saint-Pierre sur le thème du traitement de la jeunesse dite délinquante à La Réunion au 19ème siècle.
C’est dans son roman “Graine de bagnard” que Pascale Moignoux décrit la vie de la jeunesse de La Réunion au 19ème siècle, la jeunesse dite délinquante qui était envoyée au pénitencier de l’Ilet à Guillaume.

Nous sommes en 1868, en pleine crise sucrière, à Saint-Denis. Sombre période pour La Réunion et également pour Michel Saint Ange, petit créole de 12 ans. Il est contraint de quitter le domicile familial pour s’installer à Saint-Denis, chez son oncle, pour apprendre un métier : tailleur. Dans une période marquée par le chômage, la pauvreté et le racisme, les jeunes, âgés de 8 à 21 ans, attrapés pour vagabondage, ou même pour un simple vol de nourriture, étaient condamnés à plusieurs années de détention. Michel Saint Ange n’y échappera pas, et sera condamné et envoyé, avec plusieurs centaines d’autres jeunes, au pénitencier pour enfants, géré par la Congrégation du Saint-Esprit et du Saint-Cœur de Marie.
Ce pénitencier se trouvait à Ilet à Guillaume, dans les hauts de Saint-Denis.
Beaucoup de randonneurs connaissent ce plateau situé en amont de la rivière Saint-Denis, et beaucoup ignorent que ce site magnifique, encadré de vertigineuses falaises, a abrité, pendant plus de 15 années, un pénitencier pour enfants.
« Ces enfants ont accompli des ouvrages extraordinairement complexes et dangereux : route carrossable à flanc de falaise, pont d’une seule arche enjambant le Bras Guillaume, canalisation d’eau, etc... Beaucoup d’entre eux ont laissé leur vie dans ces travaux que des ouvriers adultes auraient refusé d’accomplir », nous raconte Pascale Moignoux.
Les petits condamnés étaient, eux, bien obligés de s’exécuter, enfants rejetés d’une société réunionnaise qui avait pour obsession, en pleine crise sucrière, de mâter cette jeunesse pauvre dite délinquante, jeunesse qui, par son nombre, effrayait tant les classes dirigeantes.

« Ne méprisons pas notre passé »

Dans son ouvrage “Graine de bagnard”, Pascale Moignoux nous fait aborder, par le biais de la fiction, ce volet injustement méconnu, voire oublié, de l’histoire réunionnaise.
« Ce roman a pour objectif de réveiller les fantômes du passé afin que les petits détenus de l’Ilet à Guillaume aient une place méritée et reconnue dans la mémoire collective :
- parce que le site de l’Ilet à Guillaume est aujourd’hui dans un état total d’abandon ;
- parce que le petit cimetière d’enfants qui s’y trouve est plongé dans un oubli scandaleux ;
- parce qu’une société dite civilisée ne peut tolérer l’injustice de cette amnésie »,
dénonce l’écrivain.

Il est vrai qu’aujourd’hui, le site est une grande étape de randonnée. D’ailleurs, le Grand Raid est passé par là l’année dernière. Mais, d’après Pascale Moignoux, cet endroit chargé d’histoire et unique à La Réunion est méprisé par beaucoup de personnes qui refusent de se souvenir de cette période sombre de l’histoire réunionnaise, et c’est dommage.
Il est nécessaire de rendre hommage à tous ces petits enfants et de réhabiliter le site. L’écrivain dénonce que l’ensemble de la classe politique, droite ou gauche, ne se préoccupe pas du sort de ce site. Elle a d’ailleurs rencontré un passionné de l’Ilet à Guillaume qui travaillait à l’ONF, Bruno Duhazé, et qui avait monté un projet de réhabilitation du site, mais qui n’a jamais vu le jour, faute de soutien.
Pour Pascale Moignoux, il y a donc un vrai travail de mémoire à faire, et cela passe par une rénovation du site.
Une lueur d’espoir peut-être à l’horizon, puisque le site de l’Ilet à Guillaume fait partie du futur Parc National des Hauts.

Sophie Périabe


Pascale Moignoux, qui est-elle ?

Née à Quimper (Finistère) d’une mère Bretonne et d’un père Berrichon, elle partage son enfance et son adolescence entre le Cameroun, le Congo et la Nouvelle-Calédonie.
Elle effectue ses études supérieures dans l’Hexagone et sort diplômée de l’Institut d’Etudes des Relations Internationales de Paris et de l’Ecole Française d’Attachés de Presse de Paris.
Tour à tour chargée de relations publiques, rédactrice pour plusieurs magazines institutionnels et commerciaux ("Gazette du Parlement", bulletins municipaux et régionaux) puis enseignante en communication d’entreprise, elle abandonne toute activité professionnelle pour se consacrer à l’adoption de ses 3 enfants, au Vietnam et à Madagascar.

Installée depuis 1999 à La Réunion avec sa famille, elle a choisi le village de La Montagne, dans les hauts de Saint-Denis, pour poser définitivement ses valises, mettant ainsi ses pas dans les traces de l’illustre homme de la famille, son grand-oncle : le prêtre missionnaire Clément Raimbault.
Une rencontre providentielle avec l’écrivain Daniel Vaxelaire la pousse à se consacrer à l’écriture d’une biographie relatant les 29 années passées par le Père Raimbault à Nosy Be (Madagascar) et ses 19 années à la Léproserie de Saint-Bernard.
Fin 2004, paraît donc son premier ouvrage : "Clément Raimbault : l’Enfant gâté du Bon Dieu".
Cette aventure littéraire lui permet enfin de marier 2 passions qu’elle cultive depuis fort longtemps : l’Histoire et l’Ecriture.

Elle a publié, en novembre 2006, son 2ème ouvrage et 1er roman historique : "Graine de bagnard".
Son ambition d’écrivain n’est nullement d’écrire des ouvrages références auprès des chercheurs et des milieux universitaires mais, plus modestement, d’exploiter le genre romanesque pour attirer l’attention du "lectorat grand public" sur la richesse et l’originalité souvent méconnues de l’Histoire de l’Ile de La Réunion, en particulier celle du pénitencier d’enfants de l’Ilet à Guillaume qui, au 19ème siècle, compta jusqu’à 240 petits détenus.

(Source : site Internet de Pascale Moignoux)



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  • juste une petite précision

    S’il est vrai que l’Ilet à Guillaume est bien connu des randonneurs, il faut tout de même savoir que cette destination est "officiellement interdite" ; le sentier est, en effet, considéré comme fermé par l’ONF (et la préfecture) et les randonneurs s’exposent donc aux mêmes conséquences que les "inconscients" qui fréquentent le site du volcan pendant une alerte volcanique (voir le procès en cours)...
    D’autre part le parcours du Grand Raid emprunte le sentier des goyaviers, qui surplombe l’Ilet à Guillaume depuis la route forestière de la Plaine d’Affouches, mais n’est jamais passé par ce lieu chargé d’histoire ...

    un randonneur averti, qui fréquente souvent ces lieux "interdits" !

    Voir en ligne : Parcours du Grand Raid

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  • Bonjour

    En tant que créole depuis 10 générations par mon ancêtre Julien ROBERT, arrivé dans l’île en avril 1671, l’histoire de mon île me concerne.
    Et bien-sûr, ces 15 ans de forcat des jeunes réunionnais d’antan, ne peuvent rester aux oubliettes.
    Il y a un devoir de mémoire. Nous nous devons de rappeler à chaque personne empruntant
    ces lieux, de connaître le passé peu glorieux en effet.
    Il serait temps que nos élus fassent valoir ce site et en fasse un point de repos accueillant.

    Daniel ROBERT
    Ille-et-Vilaine

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  • il fau entretenir le site tou au long de l’année pour protéger se patrimoine réunionnais.

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