Rivière Saint-Louis

Le père Delaporte introduit l’artisanat du bois

18 septembre 2006

À l’occasion des journées du patrimoine, nous avons voulu nous pencher davantage sur les richesses de notre île. Découvrons ensemble comment est né le patrimoine “bois” à la Rivière Saint-Louis en compagnie du prêtre de la paroisse depuis 1993, Père Félix Rivière, qui a accepté de nous raconter la formidable épopée du Père Delaporte, fondateur de ce patrimoine.

L’église “Notre Dame du Rosaire”, inscrite au titre des monuments historiques, à la Rivière Saint-Louis, se voit nettement du pont d’entrée de la ville de Saint-Louis. Elle fut d’abord une petite chapelle en bois (1859). Les murs de la nouvelle église furent abattus par le cyclone de 1896. Elle est reconstruite en 1900, année de l’arrivée du père Delaporte dans la paroisse.
Né le 26 mars 1871 à Barc en Normandie, le père Delaporte fit ses études à Évreux où il ressortit avec un diplôme d’ingénieur en boiserie, ébénisterie et menuiserie. Le 8 juillet 1895, il fut ordonné prêtre.
Le 11 juin 1900, il arriva comme curé à la Rivière Saint-Louis avec consigne de son Evêque de rentrer le plus tôt possible dans la nouvelle église encore inachevée.
Après avoir analysé ce qu’il se passait autour de lui, il fit un constat : "déjà en ce temps-là, le chômage était présent". Hommes et jeunes gens voulaient travailler, mais ils n’en avaient pas les moyens. Alors en 1902, il écrivit une lettre aux autorités municipales et aux gouverneurs où il expliquait qu’il voulait prendre ces hommes “en main” et leur trouver un outil de travail. La lettre est partie, en ce temps-là, les moyens de communication n’étaient pas ceux d’aujourd’hui, alors vous imaginez bien que la réponse se fit attendre. Il a attendu et encore attendu...
Quelque temps plus tard, il reçut une lettre des autorités qui disait : "cela ne nous concerne pas, ce n’est pas notre affaire". À cette époque, le père Delaporte n’était pas vu d’un très bon œil car "c’était quelqu’un qui avait une forte personnalité, il disait haut et fort ce qu’il pensait", nous confie père Rivière.

Ouverture de l’école d’ébénisterie

Très soucieux de la situation des habitants de la Rivière Saint-Louis, il décida d’ouvrir, toujours en 1902, son école de menuiserie, de boiserie et d’ébénisterie. Pour "garnir" son église, le père initia les artisans de la Rivière au travail du bois. Les éléments du chœur, la chaire, la nef et la tribune sont particulièrement remarqués. L’école d’ébénisterie de la Rivière commençait à se faire connaître dans l’île puisque les élèves allaient poursuivre leurs travaux dans d’autres paroisses : Piton Saint-Leu, Bois de Nèfles, la Saline...
En 1930, Albert Ferrere aidé de Phanoé Caro, élèves du père Delaporte, réalisèrent les magnifiques cadres en bois du chemin de croix de la paroisse, peint en 1905 par l’Abbé Moirot.

Le curé reçoit la médaille d’Académie des beaux-arts

En 1932, enfin, le gouvernement a ouvert les yeux et a compris que les travaux de père Delaporte méritaient une récompense. Le curé a reçu la médaille d’officier d’Académie en tant qu’ingénieur en ébénisterie et menuiserie, il méritait bien cette distinction. Ce qui est à souligner c’est que, habituellement, cette distinction venait du ministère de l’Instruction Publique, alors que, dans ce cas, elle vint des beaux-arts. Ce fut la grande joie du père et de la paroisse.
À noter au passage, d’après le Père Rivière, "on disait des formidables élèves du père que c’étaient des 3 “C”. “C” pour Conscience, Confiance et Compétence". Le fondateur de l’ébénisterie a su inculquer à ses élèves l’amour, la beauté et la confiance dans le travail.
L’artisanat du bois est un patrimoine à préserver, c’est notre devoir de "faire vivre notre patrimoine".

Sophie Periabe


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus