Le photographe, une bande dessinée qui relate une mission humanitaire en Afghanistan

9 mai 2007

Les trois volumes du Photographe ont été réunies dernièrement dans un coffret par l’éditeur Dupuis, dans sa fameuse collection “Aire Libre”. Les deux dessinateurs sont Guibert et Lemercier. La troisième personne à avoir collaboré, - et comment ! - est Didier Lefèvre. La trame de l’ensemble se base sur la première mission de ce dernier en Afghanistan, en 1986. A l’époque, Didier Lefèvre, jeune photographe, est embauché par Médecins Sans Frontières (MSF).
Cette organisation souhaite qu’il revienne avec des images des deux missions qu’elle a déployées dans le Nord de l’Afghanistan. Il se rend dans ce pays en 1986. Or, ce territoire connaît la guerre depuis 1979 avec l’arrivée au pouvoir d’un régime politique communiste. De nombreux chefs de guerre locaux partent alors en guerre contre ce qu’ils considèrent comme une occupation. Pour soutenir le pouvoir communiste, l’armée rouge intervient massivement. Celle-ci restera en guerre contre les chefs de guerre locaux jusqu’en 1988. Le plus médiatique de ces rebelles au pouvoir de Kaboul est le Commandant Massoud, dont les troupes se situent dans la vallée du Panshir, à la frontière avec le Tadjikistan.
Dans la mission présente, Didier Lefèvre accompagne une mission qui doit se rendre dans une vallée proche, celle du Badakshan. Pour cela, son équipe doit accomplir mille kilomètres en un mois à travers de nombreux cols dépassant parfois les quatre mille mètres d’altitude.
Au fur et à mesure que l’on progresse dans la lecture, on sent bien à quel point cette expérience est initiatique. Certes, le lecteur apprendra de nombreux éléments sur la géopolitique locale. Néanmoins, cet aspect est presque secondaire. Par exemple, on peut constater que l’écriture est très proche de la ligne de MSF. En effet, une certaine neutralité est mise de part et d’autre. Si les Soviétiques sont parfois critiqués, il en va de même pour certains Afghans, voire même un Pakistanais. Encore une fois, l’essentiel du propos ne réside pas sur ce point. Il montre comment des Occidentaux peuvent partir pendant des mois avec pour seul but d’aider des gens victimes de la guerre. Il va sans dire qu’un tel choix interpelle le lecteur. Il lui rappelle que, au-delà de la couardise des gouvernements occidentaux à l’époque dans ce conflit qui ont soutenu un personnage aussi horrible que Gulbuddin Hekmatyar, des hommes et des femmes ont pu témoigner de comportements tout autres. Il met aussi en lumière le travail de l’ombre accompli par les travailleurs humanitaires. Comment, à ce propos, ne pas penser aux quatre personnes encore détenues de l’association Terre d’Enfance par les Talibans ?
Les bandes dessinées revendiquent parfois l’appellation de neuvième art. A n’en pas douter, les trois volumes du Photographe correspondent bien à cette exigence. Les dessins sont sobres mais expressifs, les dialogues abondent en propos ouverts sur les autres et de nombreuses photographies d’une qualité indéniable agrémentent régulièrement les planches. Pour couronner le tout, un DVD de quarante minutes explique le travail de MSF en Afghanistan, lors de cette mission.

Matthieu Damian


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Témoignages - 82e année


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