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5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Littérature : découverte d’un poète anjouanais
5 janvier 2006

C’est un poète d’un cri, un poète des larmes, qui raconte l’histoire des îles-lune et du continent, meurtris par la guerre, la déchirure. Adjmaël Halidi n’a pourtant que 19 ans, et son regard sur le monde est des plus intéressants. Reste le problème de l’édition.
C’est lors des ateliers “Elabakana, glissement perpétuel” à Tananarive, qu’il m’a été offert de le rencontrer, cet or-félin de la littérature de l’archipel des Comores, aujourd’hui installé à Madagascar pour étudier. Ami du poète Mab Elhab, la rencontre a été fusionnelle. Lorsqu’il raconte son périple, sa vie, son histoire, Adjmaël nous transmet aisément ses "Ombres marines", ces "cris et détresses du tréfonds des abysses [qui] martèlent [ses] tympans, cassent [ses] nerfs et vident [son] sang". Et puis, comme il le dit lui-même, "toute vie est une histoire digne d’être comptée". Alors racontons sans complaisance aucune.
Adjmaël est né en 1986 à Tsembéhou "cœur vert aux mille et une senteurs, quadrillé de cours d’eau de l’île d’Anjouan, à l’archipel des Comores". Sa démarche d’écriture commence très tôt. À 13 ans, il écrit ses premiers poèmes, "pique sa crise rimbaldienne", comme le déclarait son entourage. Et déjà, ses poèmes sont les échos des si-lances, des îliens ilotes, des enfances violées, des vies-vent d’îles-lune et de tout un continent, l’Afrique. Aujourd’hui, sa poésie s’est épurée, devenue une mathématique rythmique innovante, une poésie riche de maux, d’explication aussi, mais surtout d’espoir. Nous n’attendons plus que la reconnaissance, qu’il mérite cela va de soi.
Un silence qui en dit long
"Je tiendrais jusqu’à ce que mon cœur se taise", écrivait-il. Des messages, il en passe. Son écriture en est nourrie. C’est le silence, ce crime, qui parle chez lui. C’est en voyant ce poète atypique, que l’on comprend la douleur de son peuple anjouanais, balayé, ballotté sous l’emprise du vent colonisateur. En le lisant, on a soif de comprendre, et sa poésie triturée sert à nous donner des éléments de réponses, de compréhension. On descelle les souvenirs d’enfance, la peur d’un enfant bafoué, la dérive vers la liberté mahoraise, vers la France du canal du Mozambique. Il nous confesse sa folie poétique, sa poésie folle, sa recherche de mieux-être, ce tundra la shitsotsoni (fruit inaccessible) pour un poète anjouanais.
Aujourd’hui, il importe que ce littéraire au grand cœur soit reconnu, lu, appris dans les écoles, pour que cette histoire soit révélée au grand jour. Y a-t-il vraiment une coopération régionale entre artistes de la zone océan Indien ? Peut-on vraiment faire en sorte que l’artiste anjouanais “francophone” figure dans nos livres ? Peut-on aider cette littérature naissante à s’ériger ? Il me tarde de voir cet auteur être publié, et lu. Encore faut-il que l’on s’inquiète de cette richesse littéraire indocéanique ? Adjmaël, lui, persiste dans l’écriture, et nous l’engageons de mille feux. Peut-être le lira-t-on un jour dans les éditions du Grand océan. Les îles-lune ne sont-elles pas les orteils de la Lémurie, les orteils du pied de dieu ?
Bbj
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