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5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Koudkér pou Kér Béton
3 juillet 2006

Jeudi et vendredi, un auteur et une compagnie qui naissent, ont réalisé leur rêve. Après un an de répétition ils ont joué la première et la dernière de leur création : “4 heures grand matin”. Dernière, vraiment ?
Le titre de la pièce est écrit en français, mais c’est bien une pièce créole que le théâtre Canter a proposée jeudi et vendredi dernier. Chaque soir plus d’une centaine de personnes sont venues à la rencontre de la compagnie Kér Béton, ce qui est déjà un beau chiffre d’entrée pour une compagnie amateur inconnue, qui plus est en période de coupe du monde. Ceci montre que le théâtre réunionnais a bien ses amateurs (au sens d’aficionados).
Écriture vacoa
D’autres salles feraient bien de relancer le pari relevé par la salle Canter, car l’auteur Vincent Fontano est une pointe créole qui coupe comme du vacoa et sa mise en scène convainc. La pièce est dure, comme du béton, comme la vie violente de cette famille anéantie dans une violence sourde, descendue dans l’enfer de la misère sentimentale, noyée dans le rhum du peuple. La boule dans la gorge se noue dès les premiers instants, et descend dans le cœur et dans le ventre du public.
Histoire sans fard
Guy, père au cœur také, alcoolique, makro du maire, a d’abord un problème avec lui-même : honte de lui, de ce qu’il est devenu, honte de la vie qu’il n’arrive pas à offrir à sa famille, de l’amour qu’il n’arrive plus à donner à sa femme et à ses enfants. La dernière rêve de voir la mer pour quitter la tôle de son bidonville, la cadette sans effets est le souffre-douleur de sa classe, et la mère qui tente de réconforter la marmaille, qui ne parle plus à son homme que dos viré. Et puis il y a l’aîné, le kaniar, le double de son père, même gueule, même gueulante.
Cru et saignant
Le verbe est cru, la scène saignante, et l’action menée, commentée par une mauvaise âme, celle de Dali. Dali qui fait miroir, qui tente de refléter l’âme des sans âme, qui essaie de secouer le sang des sans vies. Dali, joué par un jeune comédien de 17 ans, porte la pièce d’un bout à l’autre.
Une vie de cauchemar
Le rêve, fut-il un cauchemar, ne peut pas s’arrêter là. La compagnie Kér Béton a une histoire à nous dire, une histoire que vous n’avez pas vécue, une histoire que nous n’avons pas vécue, mais qui est celle des sans voix, celle des toujours victimes. Un sujet difficile, mais où le groupe a su avancer en dribblant bien des écueils, pour nous marquer au fer rouge.
Francky Lauret
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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