La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Construction d’une unité nationale à Maurice
4 décembre 2006

À Maurice, on est d’abord hindou, musulman, franco-mauricien et sino-mauricien ou créole avant d’être mauricien. La Constitution de 1968 qui marque l’Indépendance du pays a distingué officiellement les communautés de l’île, en s’appuyant sur l’appartenance religieuse de chaque groupe comme le révélateur des différentes identités culturelles du pays. Puis les autorités mauriciennes, par des stratégies politiques visant à la conquête et à la conservation du pouvoir, ont à leur tour encouragé, valorisé les différences ethno-culturelles. Ces orientations politiques ont finalement débouché sur le développement d’un fort sentiment communaliste dans le pays, qui a conduit dans les années 1968, 1996 et encore 1999 (date des émeutes raciales suite à la mort du chanteur Kaya, symbole de la revendication identitaire créole) à des affrontements entre musulmans et créoles. Certes, le pays rencontre des succès économiques, mais son édifice social est fragile. Tout l’enjeu pour l’État est de parvenir, après les avoirs entérinés, à colmater ces césure culturelle et fragmentation ethnique en trouvant les voies de la construction d’une unité nationale. Mais beaucoup de Mauriciens récusent le passé colonial du pays dès lors qu’il a obtenu son indépendance. Comment dès lors transcender les appartenances culturelles, religieuses, définir une mémoire commune, un patrimoine matériel et immatériel commun et perceptible comme tel par tous, dans un pays où chaque communauté veut être publiquement reconnue ? Le rôle de l’État est capital. La difficulté de la tache énorme. L’orientation politique historique.
S. L.
« Korek, se bon pou le tourisme »
Le développement économique peut-il permettre de dépasser les intérêts conflictuels communautaires vers la recherche d’un intérêt commun ? La question mérite d’être posée.
Le “Domaine Les Pailles”, ancienne demeure coloniale de Port-Louis qui a accueilli le festival, offre l’exemple parfait d’un lieu a forte connotation historique et dont la réhabilitation à des fins touristiques a permis d’en extraire la référence culturelle. C’est aussi le cas pour le grand centre commercial de Caudan qui a permis une revitalisation de la façade maritime de Port-Louis et qui a été investi par l’ensemble des communautés. Les intérêts économiques font ici office de compromis permettant de dépasser les intérêts conflictuels communautaires. Le tourisme, première activité économique de Maurice, devant le textile et la canne à sucre, joue le rôle majeur d’intégrateur social. Mais l’île est dans une phase de transition économique : le chikungunya a affecté le tourisme, mais plus encore, le développement structurel de l’activité se voit confronté aux revendications des pêcheurs dont les espaces de travail se restreignent. La concurrence chinoise a fortement atteint le marché du textile alors que la réforme européenne de la canne malmène le secteur agricole.
Le Festival international Kréol s’inscrit-il dans une démarche économique ? A l’exception de la population créole, quand on demande aux Mauriciens leur avis sur le festival, la réponse est unanime : « Korek, se bon pou le tourisme ». Peut-être cette interprétation est-elle due à un défaut de communication compte tenu de la rapidité de la mise en place de l’événement (idée et réalisation : 2 mois) à moins que ce ne soit le fait que le festival soit organisé par le Ministère local du tourisme ? Si l’on ne peut assurer que l’objectif du Gouvernement est de promouvoir la créolité à des fins économiques, d’affirmer une identité créole parce que avant tout porteuse d’un exotisme touristiquement attractif, on peut y penser. Mais gardons en premier lieu l’ambition officiellement affichée, laissons vivre ce festival et au delà de ce moment festif, la réflexion sur le concept de créolité à Maurice.
S. L.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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