Culture et identité

Le rôle décisif du PCR dans l’existence du 10 mai

Commémoration de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions

Manuel Marchal / 10 mai 2017

Ce 10 mai marque la commémoration de la Journée nationales des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Au travers de cette date, la France regarde son histoire et reconnaît que l’esclavage est un crime contre l’humanité. Comme l’abolition du statut colonial le 19 mars 1946, le vote de la loi du 10 mai 2001 est une initiative venue des outre-mer, portée par les représentants de peuples qui ont subi l’esclavage et la colonisation.

JPEG - 99.4 ko
Au lendemain de la célébration du 150e anniversaire de l’abolition de l’esclavage à La Réunion en présence de Paul Vergès, les députés du PCR ont déposé une proposition de loi le 22 décembre 1998 « tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité »

Pendant plus de la moitié de son histoire, La Réunion vivait sous le régime de l’esclavage. Notre île était à l’époque une colonie de la France, et les dirigeants de ce pays avaient introduit de mode d’exploitation pour faire des profits et satisfaire les besoins d’une lointaine métropole. Pour des épices, du café et du sucre, des dizaines de milliers de personnes ont été arrachées à leur pays, transportées à fond de cales et envoyées dans des camps de travaux forcés dénommés plantations.

Au cours de cette période, des personnes ont réussi à s’échapper et sont partis vivre loin du littoral. C’est à partir de leur langue qu’ont été nommés de nombreux lieux dans les hauts et les montagnes. De récents travaux de chercheurs ont révélé l’existence d’un Royaume de l’intérieur qui a existé dès le début du peuplement et a lutté contre le régime colonial jusqu’à l’abolition de l’esclavage en 1848.

Bataille pour la reconnaissance de l’histoire

La mémoire de l’esclavage et de son abolition a été commémorée à La Réunion suite à la fin du statut colonial. En tant que maire de Saint-Denis, Raymond Vergès a fait planter un arbre de la Liberté au Barachois. Ce monument vivant fut arraché par les conservateurs de retour au pouvoir à la suite de la dissolution de la municipalité de Saint-Denis par le gouvernement en 1946. Cela n’empêcha pas que le 20 décembre 1948 fut une grandiose commémoration, marquée par un imposant défilé des syndicats et des communistes dans les rues de Saint-Denis. Le jour du centenaire de l’abolition de l’esclavage, les Réunionnais étaient donc massivement mobilisés.

La tendance à l’assimilation a fait reculer ce mouvement identitaire. Il ne fallait pas parler d’esclavage et encore moins de luttes de libération.

La création du Parti communiste réunionnais en 1959 a placé la question de l’identité culturelle au coeur des batailles. Malgré la répression, le 20 décembre continuait d’être célébré par les communistes. Dans les années 1970, les célébrations ont commencé à sortir de la clandestinité dans les communes dirigées par le PCR, et également ailleurs dans l’île où le PCR était la première force d’opposition.

Le premier aboutissement de ces combats a été d’obliger le gouvernement français à reconnaître officiellement la date du 20 décembre qui est devenue depuis 1982 un jour férié. Une démarche analogue a conduit à la même reconnaissance dans les anciennes colonies devenues départements français en 1946.

Proposition de loi du PCR

La bataille n’était pas terminée. Car les descendants des victimes de l’esclavage ont milité pour que la France se penche sur son passé de puissance coloniale, qui a utilisé l’esclavage pour enrichir une classe de possédants.

Comme pour l’abolition du statut colonial, c’est encore des Outre-mer que l’initiative est venue. Le 22 décembre 1998, les trois députés communistes réunionnais, Elie Hoarau, Huguette Bello et Claude Hoarau, ont déposé une proposition de loi « tendant à la reconnaissance de la traite et de l’esclavage en tant que crime contre l’humanité ». Quelques semaines plus tard, le groupe PS et apparenté, groupe majoritaire alors à l’Assemblée, a présenté un texte porté par Christiane Taubira qui limitait la portée de la reconnaissance à la traite transatlantique. Les députés du PCR ont alors fait prospérer l’idée de fusionner les deux propositions dans un seul texte. Cela déboucha sur la proposition de loi dont Christiane Taubira fut rapporteuse, et qui fut alors adopté à l’unanimité par l’Assemblée nationale. C’est le 10 mai 2001 que le Sénat a voté également à l’unanimité le même texte.

Un combat permanent

L’article Premier de la loi stipule que « la République française reconnaît que la traite négrière transatlantique ainsi que la traite dans l’océan Indien d’une part, et l’esclavage d’autre part, perpétrés à partir du xve siècle, aux Amériques et aux Caraïbes, dans l’océan Indien et en Europe contre les populations africaines, amérindiennes, malgaches et indiennes constituent un crime contre l’humanité ». La proposition d’une date commémorative pour la France était alors du ressort d’un Comité pour l’histoire de la mémoire de l’esclavage présidé par Maryse Condé puis par Françoise Vergès. La date du 10 mai a été acceptée par Jacques Chirac. Elle fut officiellement commémorée pour la première fois le 10 mai 2006.

À La Réunion, Paul Vergès avait rappelé l’importance de la commémoration de cette date. Il soulignait que la connaissance de l’histoire permet de se renforcer pour faire face aux combats à venir. Il avait notamment tenu ce discours lors de l’inauguration du lycée de Saint-Paul IV situé à la Plaine, et il avait proposé que cet établissement porte le nom de « Lycée du 10 mai ». C’était en 2007, et malgré la succession de différentes tendances politiques à la tête de la municipalité, cette proposition ne s’est toujours pas concrétisée.

Cela rappelle que le combat pour la connaissance de l’histoire de La Réunion est toujours d’actualité. C’est une bataille que le PCR mène depuis sa création en 1959.

M.M.