La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Une question complexe en débat
18 novembre 2006

Pour ne faire perdre de temps à personne, disons d’entrée de jeu que la réponse est “non”. Mais... Cette affirmation, très catégorique, de Cendrine Marro, Maîtresse de Conférences en Psychologie et Sciences de l’Education, n’en est pas moins contredite par toute une série de faits sur l’analyse desquels il ne faut pas se tromper d’appréciation. Ce fut notamment l’objet de son introduction à la conférence donnée par sa collègue de l’Université de Nanterre, Nicole Mosconi, professeure en Sciences de l’éducation et agrégée de philosophie. Toutes deux sont cette semaine, à l’invitation de l’association Chancégal, en mission dans notre île, pour former les acteurs des centres d’Information et d’Orientation (CIO) et les acteurs de l’orientation professionnelle, aux questions de l’orientation des filles et des femmes.
Admettre l’équation “filières scientifiques = filles”
D’où vient que la question de l’accès au savoir scientifique puisse être posée par référence à l’identité sexuelle, homme ou femme ? D’où vient aussi que le sens commun, mais aussi les milieux académiques au plus haut niveau, ont bien du mal à admettre l’équation “filières scientifiques = filles” ?
« Dans l’imaginaire social, le technique, c’est STI et en STI “il n’y a pas de filles” », a résumé Cendrine Marro pour décrire à gros traits l’idéologie la plus courante relative aux choix d’orientation des filles en lycée. Si « l’imaginaire social » est aussi tenace, c’est qu’il est conforté par des « enjeux de pouvoirs » qui à la fois orientent et masquent la réalité des faits - du moins certaine réalité - que les conférencières ont sollicitée au travers de quelques chiffres puisés à la source du ministère de l’Education nationale.
Il faut faire la part des choses entre le poids de la langue et la réalité des résultats au Baccalauréat (national), où les filles se défendent plutôt bien : elles sont 58,7% à obtenir le bac général (pour 48% de garçons) et plus de 59% en Bac technologique, là où les garçons sont présents à moins de 30%. Il reste qu’au niveau d’une classe d’âge entière, seul 17% des candidats (au plan national) obtiennent un baccalauréat scientifique et ce nombre tombe à 13% à La Réunion.
Les filles ne sont pas scientifiques ? Alors qu’elles vont à 40% vers la filière S et à 34,7% en ES ? « En fait, les chiffres du ministère montrent que ce sont les garçons qui ne diversifient pas leur orientation : ils vont à 65% vers le Bac S », note Nicole Mosconi. Ainsi l’idée que les filles n’iraient pas vers les filières scientifiques a été décriée comme relevant de l’imaginaire - un imaginaire fortement marqué d’idéologie. « On s’échine à vouloir faire entrer ces questions dans l’ordre du biologique ou du naturel, alors qu’elle relève de l’idéologie », a appuyé Cendrine Marro.
Du pouvoir des hommes sur celui des femmes
Cette notion d’idéologie a été précisée par Nicole Mosconi dans une intervention centrée sur l’histoire de l’évolution entre Sciences et Lettres dans l’Education nationale, depuis les préconisations de Jean-Jacques Rousseau, dans l’Emile - « Leurs études, dit-il des jeunes filles, doivent se rapporter à la pratique » - jusqu’à la création, à la fin du XIXe siècle, de l’enseignement secondaire féminin ; essentiellement littéraire, il ne conduisait qu’exceptionnellement les jeunes filles vers le Baccalauréat.
« L’idéologie - avance la conférencière, en citant Olivier Reboul, philosophe de l’Education - consiste en un discours collectif qui, sous des apparences scientifiques, affirme un pouvoir sans le dire. Il est question ici du pouvoir que le groupe des hommes exerce sur celui des femmes ».
Bien sûr. Mais toutes ces choses sont connues depuis bien longtemps. Nicole Mosconi date de la fin de la Seconde Guerre mondiale la “rupture” qui voit le taux de scolarisation des filles s’envoler et leur présence s’affirmer dans le secondaire et le supérieur. Et les grands axes de l’intervention des deux femmes rappelaient beaucoup les thèmes choisis par les groupes féministes, il y a 30 à 40 ans, en France, pour ébranler l’emprise des hommes sur l’ensemble des leviers du pouvoir.
Et si les choses n’avaient pas tant changé que cela ? Si nous n’avions pas posé les bonnes questions ? Ou si elles avaient été posées de telle façon qu’aucun des leviers de pouvoir historiquement détenus par les hommes n’aient pu être sérieusement ébranlé ? Nicole Mosconi n’est pas loin de le penser lorsqu’elle constate que « l’imagination créatrice, l’invention, la théorie restent du domaine réservé des hommes ». Encore aujourd’hui. Au plus haut niveau, il se trouve des hommes pour théoriser, non plus « l’infériorité intellectuelle » des femmes comme on le faisait au XIXe siècle - c’est devenu insoutenable - mais une différenciation des sexes (homme et femme, ce n’est pas la même chose, n’est-ce pas ?) justifiant les inégalités d’emploi. Aux hommes, les grandes théories et le pouvoir de les mettre en œuvre tandis que les femmes, même parvenues jusqu’au domaine de l’expérimentation et de la recherche, en restent le plus souvent les petites mains.
« L’explication de cette situation réside dans l’analyse des rapports de pouvoir dans la famille, dans l’école et dans l’ensemble des institutions » ajoute Nicole Mosconi. Encore faut-il articuler cette critique des institutions au fonctionnement global des rapports sociaux qui leur permet de se reproduire en gardant globalement des rapports de pouvoirs justifiant les inégalités. En ce début de XXIe siècle, l’idée de différence est encore trop souvent détournée de sa fonction égalitaire (différents et égaux) pour justifier dans les faits des inégalités.
« Tout le champ social est structuré ainsi, l’imaginaire aussi... Mais on n’est pas obligée de se laisser faire ! », a dit Nicole Mosconi en manière de conclusion.
En appeler à la révolte ou à l’insurrection individuelle risque toutefois d’être notoirement insuffisant pour remettre en question un édifice social dont tous les rouages - en dépit des grandes proclamations en faveur de l’égalité - concourent à la reproduction d’inégalités multiformes - l’inégalité des sexes apparaissant comme une variable - certes très importante, mais pas unique - des inégalités globales à combattre.
P. David
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Mézami pou sak la viv lontan dann nout péi La Rényon-dizon pou sak la konète la loi disnèf mars 1946 kan l’arivé, zot téi panss sirman la fain (…)
In kozman pou la rout
36 % de personnes âgées à La Réunion en 2050
Contraste avec La Réunion base de l’OTAN en l’Afrique australe
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes (…)
Au lieu de reproduire la France, les Réunionnais devraient s’inspirer de Madagascar
Retour sur le séminaire organisé par la Section PCR de Saint-Denis
Conséquence de la crise et de la pénurie de logements sociaux
Condoléances du Parti Communiste Réunionnais
Face aux difficultés de trésorerie à cause des retards de paiement
À la veille de la manifestation organisée par des élus devant la préfecture