La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Institut de Linguistique et d’Anthropologie
26 septembre 2006

De par sa position géographique, son histoire, La Réunion se situe au confluent des cultures de l’Océan Indien qui constituent sa richesse, son originalité. C’est avec l’ambition de faire rayonner cette originalité, de permettre le dialogue des cultures, des langues et sociétés de l’Océan Indien, que l’Institut de Linguistique et d’Anthropologie (ILA) a vu le jour. 30 ans à enseigner la diversité et l’ILA est toujours là, méconnu de beaucoup mais toujours ouvert à tous.
À l’époque, alors que le créole réunionnais n’était pas encore considéré comme une langue et que celles de l’Océan Indien, en lien avec le peuplement de l’île (malgache, tamoul...), souffraient de stéréotypes, Robert Chaudenson, Michel Carayol, Paul Ottino, Jacques Némo et Christian Barrat firent le pari audacieux d’élargir la (re)connaissance réunionnaise aux langues, cultures et sociétés qui donnent aux îles et archipels du Sud Ouest de l’Océan Indien leurs spécificités.
Créé en 1977, l’Institut d’Anthropologie sociale et culturelle du Centre universitaire de La Réunion devient en 1981 - avec un statut de centre d’enseignement et de recherche, de publication et de documentation - l’Institut de Linguistique et d’Anthropologie. Arabe, créole, malgache, tamoul, hindi, japonais, vietnamien, comorien et swahili : l’ILA propose 9 options d’études à près de 250 élèves, qu’ils soient étudiants, salariés ou non, sans emploi.
"Le professeur doit être un allumeur d’étoiles"
Au début de l’aventure, l’ILA recevait principalement des élèves intéressés par le lien direct que tissaient les enseignements proposés avec leur pays d’origine. Puis au fil du temps, ce département est apparu comme un formidable outil d’échange et de dialogue des cultures qui a su suscité chez certains un appétit pour les langues insoupçonné. Des étudiants sont ainsi fidèles à l’ILA depuis plusieurs années enchaînant avec boulimie l’apprentissage des langues, l’enrichissante découverte d’autres cultures. Cédric par exemple, 26 ans, employé dans les télécommunications, après un Diplôme Universitaire Langues et Cultures de l’Océan Indien (DULCOI) en japonais - qui lui a d’ailleurs ouvert une opportunité professionnelle de 3 mois au Japon - se tourne aujourd’hui vers les études vietnamiennes. "À l’origine, je ne suis pas littéraire, je n’ai pas beaucoup de mémoire, confie le jeune homme, mais les voyages m’ont donné le goût des langues." Et l’ILA est aussi pour Cédric "un excellent moyen de décompresser. Deux heures de langue, le soir, rien de tel pour déstresser, après le travail... Je ne sais pas encore qu’elle sera la prochaine, on verra."
Cette année, Malika, salariée dédiera ces soirées à l’apprentissage de l’arabe, une option qu’elle a suivi dès la primaire en métropole. L’ILA est la structure qui va enfin lui permettre de réactiver et d’approfondir ses connaissances, "de trouver quelqu’un avec qui parler l’arabe." Christian Barrat, directeur du département, aussi omniprésent au sein de l’Institut que modeste quand il s’agit de parler de son implication, anthropologue "fou des langues" et de leur poésie, se dit agréablement étonné de rencontrer des gens aussi passionnés par les langues. Il n’en est que plus réconforté dans son travail, tout comme la petite équipe de chargés de cours qui l’accompagne, professeurs généralement issus des pays dont ils enseignent la langue et la culture et qui se disent unanimes motivés par l’engouement des élèves. "Le professeur doit être un allumeur d’étoiles", poétise l’anthropologue qui souligne que finalement l’enseignement de la diversité efface "tout jugement de valeur sur l’autre."
"La diversité nous rapproche plus qu’elle nous sépare"
"On a tenu la maison contre vents et marées quand les langues de l’Océan Indien n’étaient pas bien en vue. Nous étions dans des baraquements pour enseigner le malgache, le créole, l’arabe", se rappelle Majasoa Picard, enseignante et chercheuse en langue, chargé de cours en malgache à l’ILA. A côté de l’enseignement classique de l’anglais, de l’espagnol ou encore de l’allemand, cette filière, unique en France de part sa situation géographique, traite selon elle "en toile de fond l’interculturalité." "La diversité nous rapproche plus qu’elle nous sépare", confie l’enseignante qui estime que l’ILA mériterait une plus large médiatisation. "Au moment où les relations se développent entre La Réunion et les pays de la zone, il est important de porter à la connaissance du grand public ce que peut offrir l’ILA."
Christian Barrat concède que l’Institut souffre effectivement d’un déficit d’information. Entrer dans la mouvance de la communication n’est pas vraiment de son ressort, mais ses portes restent grandes ouvertes à qui vient à lui. Tous ses enseignants, chargés de cours, exercent un autre métier à côté. Le maintien de l’ILA dépend principalement de la demande. "Je ne gère pas la quantité, mais la qualité", souligne Christian Barrat qui estime que la motivation des élèves est le point fort de l’Institut. Néanmoins, "plus il y aura d’étudiants, mieux on fonctionnera et plus on pourra créer de postes." Plus il y aura d’étudiants donc, plus cette bataille pour faire vivre et reconnaître l’originalité culturelle de La Réunion ouvrira les portes de son rayonnement.
Stéphanie Longeras
[email protected]
An plis ke sa
Les études des langues, cultures et sociétés de l’Océan Indien se déroulent sur deux ans et permettent l’obtention d’un DULCOI. L’enseignement en créole se décline aussi au niveau de la licence et du master pour l’obtention d’Unités de Valeurs dites mineures. Actuellement, l’ILA propose d’ailleurs un Master qui porte sur les langues créoles. Les inscriptions sont encore ouvertes. Le niveau baccalauréat est demandé. Tarif à l’année, soit 80 heures de cours : 400 euros pour les salariés en formation continue (se renseigner auprès de son employeur pour un soutien financier éventuel) et 100 euros pour les étudiants et les personnes sans emploi . Pour tout renseignement, téléphoner au 0262. 93.27.21 ; e.mail : [email protected]
Témoignages
- Nelly, 20 ans, étudiante en 1ère année d’Histoire suit sa 2ème année d’hindi :
"En petit groupe, on apprend mieux"
Nelly est réunionnaise. "Je ne suis pas indienne quoique si l’on considère que La Réunion est le fruit de plusieurs cultures, je dois avoir une part indienne en moi." Son choix s’est porté sur l’hindi car d’une part, la culture indienne l’intéresse et d’autre part, elle souhaite se rendre dans le Nord de l’Inde. Elle pourra ainsi mieux s’immerger et pratiquer la langue car à La Réunion, c’est surtout dans un cercle confidentiel, au sein des familles que l’hindi est parlé. Ce sera peut-être aussi l’occasion d’initier son compagnon, "malbar comme on dit" qui ne pratique pas sa culture. Si en 1ère année, les élèves étaient plus nombreux, pour Nelly se retrouver à 3 dans la classe "est une bonne chose. En petit groupe, on apprend mieux, on s’entraide."
- Anna et Thomas, élèves ERASMUS venus d’Allemagne, ont choisi l’hindi
"C’est utile (...) de parler plusieurs langues"
Ils nous confient que dans leur pays, il leur serait impossible de se familiariser à l’hindi en un semestre. L’ILA leur offre cette opportunité. Pourquoi l’hindi ? Parce que l’Inde est une puissance montante sur le marché international et que la culture indienne, riche et "exotique", les attire. Selon Anna, "pour le futur, c’est utile et très enrichissant de parler plusieurs langues."
- Tirou Sangari, professeur des écoles, chargée de cours en tamoul
"Des élèves de tous horizons"
Tirou Sangari a deux classes de tamoul et une autre de perfectionnement. Elles y retrouvent "des élèves de tous horizons, chinois, allemands... établis à La Réunion, un professeur chilien... des étudiants entre 16 et 60 ans." Elle accueille aussi des salariés qui occupent des postes à responsabilité à La Réunion et qui ont envie d’apprendre la langue, comme à des personnes sans emploi. Son papa, Anadan Nadaradga enseignait le tamoul avant elle et c’est un peu pour prendre la relève qu’elle s’est greffée à l’équipe de l’ILA. "Cela me plaît bien. Les élèves sont volontaires, sérieux, ils sont en demande et c’est pour cela que je continue." Soulignant également que l’Université de La Réunion et celle de Pondichéry développent des échanges, elle encourage ses élèves à s’inscrire dans ce partenariat enrichissant.
- Adéric, Willy et Matthieu en 2ème année de tamoul
Comprendre le sens des textes écrits en tamoul
Tous trois, de descendance indienne, affichent les mêmes motivations pour apprendre la langue tamoule : c’est pour comprendre pleinement les enseignements et les prières délivrées par les prêtres lors des cérémonies. "On comprend le sens général, mais déchiffrer les textes est
plus délicat", confie Adéric, conseiller à l’emploi à l’ADI. "En plus, beaucoup de livre à La Réunion sont écrits en tamoul, poursuit Willy, j’ai beaucoup d’écrits de mes ancêtres chez moi que j’aimerai comprendre."
S. L.
Les élèves de Master Interculturalité s’initient au Malgache
Un outil de médiation culturelle
Vendredi soir, Majasoa Picard accueillait les élèves, étudiants et/ou salariés, du master interculturalité mis en place à l’Université de La Réunion depuis deux ans et qui forme des médiateurs culturels. "On part d’une connaissance familière pour faire toucher du doigt ce qui différencie une langue", explique l’enseignante. Cette première approche avec la langue malgache les a rendus très enthousiastes. Toujours présente, cette envie de découvrir une autre culture qui est la nôtre aussi, de resserrer des liens avec la Grande île. Mais l’intérêt est aussi de mieux comprendre et aborder la population malgache de La Réunion, de mieux cerner sa mentalité comme nous confie Didier, salarié des assurances. "Il y a des attitudes que l’on peut mal interpréter. Cela peut m’aider à éviter de faire des erreurs d’interprétations, de mieux comprendre les Malgaches que je reçois dans le cadre de mon travail." Pour Marie, enseignante, la maîtrise et la compréhension de la langue peut l’aider à "mettre les primo arrivants en confiance." Elle prend pour exemple le fait qu’avec les élèves des Comores ou de Madagascar c’est une erreur de vouloir appuyer son travail en classe sur le commentaire d’images car "ce n’est pas dans leur culture. Il faut alors rectifier sa pédagogie." Après seulement deux heures de cours, les élèves savaient déjà échanger les premiers mots d’usage, dans la bonne humeur sous le regard bien veillant de leur professeur.
S. L.
La zénès lérop i fé in kont ék la lang kréol
"On a envie de faire partie de la culture"
Kom moin la ariv in pè avan lèr l’ILA, moin la parti bat in karé parkoté la sal Georges Gauvin té aprè donn in kour kréol relasion internasional bann zélèv ERASMUS. La pa léss amoin su padport. La invit amwin asiz in kou é mi di alu gran mersi akoz frison lémosion la mont su moin.
"On a pas choisi de venir en France, mais à La Réunion"
Kan ou antann bann zétidian i sort l’Allemagne, l’Ecosse, Pays Bas, Belgique, Suisse, Islande, Colombie, Québec sinonsa Etats-Unis, larg soman de troi mo kréol, ék zot prop laksan, out ker i lèv. Kan ou kalkil lo somin la lang la fin fé é tout sat i rèt ankor pou fé, tout bann koudkoyn la ginyè, lo soubat domoun pou fé arkonèt aèl, ou sant aou fyièr lintéré zènzan leurop i port aèl, lanvi zot nana konèt plis ankor la kiltir ék lo pep réyioné. Epi té i falè oir Georges Gauvin donn la lang kom in kado, mèt in lénerzi inkroyab dann sak mo, fé sort le ti ginn la zèn domoun kant in lang nouvo i doi sort out boush. Lo kèr té la pouvréman, la lang kréol réyoné té a lonèr.
Aprésa la less amwin koz in ti pe ék bann zélèv. Zot lé la pou in semest ék 25 èr lansenman kréol (lang, kiltir, sivilisasion) alors i pe pa dir zot i sar konèt koz kréol pouvréman aprésa. Soman sa lapa zot lanvi. Thomas i sort Pays Bas, la di amwin tout domoun dann bus i koz kréol. Si ou ve kalkil inn afèr, i fo alé rodé. Kinm nou lé an Frans, atèrla, tout domoun i koz kréol. Epi na osi la kuriosité pou nout kiltir lé for. Maryse, i sort Québec la di amoin sa : "Quand on vient ici, il faut pas croire que c’est pour faire le touriste. On a envie de faire partie de la culture, d’être avec le peuple, d’échanger avec lui." Eve, i sort osi Québec, lé dakor ék sa : "On veut mieux connaître la culture dans laquelle on s’immerge. On a pas choisi de venir en France, mais à La Réunion." Li ve èt anséniant a Montréal é li pans son lespérians dann la klass Georges Gauvin i pe aport aèl. Pou Béatrice, i étudi la linguistik, riskap lo gouté nout lang i sa amèn aèl fé inn disertasion kréol su la kestion sociolinguistink. Akoz pa ? Pou Georges Gauvin, sat lé sir, bann zétidian-la, zot nana in louvertir su le mond, zot lé interessè, zot i koné akoz zot lé la. Kant li artrouv alu dan in klass ousa bann zétidian i sort tout koté lerop, li lé dann "in paradi". Fo kroir.
S. L.
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Mézami pou sak la viv lontan dann nout péi La Rényon-dizon pou sak la konète la loi disnèf mars 1946 kan l’arivé, zot téi panss sirman la fain (…)
In kozman pou la rout
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Face aux difficultés de trésorerie à cause des retards de paiement
À la veille de la manifestation organisée par des élus devant la préfecture