Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Fête des Lentilles à Cilaos
15 octobre 2007

Comme chaque année depuis 17 ans, Cilaos va vivre du 16 au 21 octobre au rythme de la traditionnelle et attendue Fête des Lentilles. Stands artisanaux, animations foraines et musicales, rencontres avec les agriculteurs : blondes ou grises, rondes ou plates, quelle que soit leur qualité, les lentilles de Cilaos attireront cette semaine encore des milliers de visiteurs au cœur du, habituellement paisible, Cirque accroché aux pieds du Piton des Neiges.
Les lentilles de Cilaos, un produit du terroir mais aussi et surtout une culture qui, entre tradition et modernisation, doit trouver de nouvelles perspectives de développement tout en prenant en compte le phénomène d’érosion des sols qui pèse sur la pérennisation de la filière.
80 tonnes de lentilles produites cette année
Initiée en novembre 1984, la Fête des Lentilles, comme celles du chouchou à Salazie, du goyavier à la Plaine des Palmistes, devait permettre de favoriser le développement économique, culturel et social du Cirque et de ses îlets. Cet objectif a été atteint. Cette manifestation, ce coup de projecteur sur ce savoureux produit du terroir local a également engendré une modification du paysage agricole. En 17 ans, la culture des lentilles s’est considérablement développée. Le Cirque compte aujourd’hui près de 150 producteurs et l’on est passé de 20 tonnes de lentilles produites en 1984 à 80 tonnes en 2007, l’objectif étant de parvenir aux 100 tonnes d’ici 5 ans.
La lentille a été un élément moteur, constitutif, du lien social entre les Cilaossiens. Il y a 10 ans encore, la technique traditionnelle du battage à la gaulette pour récolter les précieux grains était un véritable spectacle. Les familles de cultivateurs, aidées par des amis, se donnaient la main pour récolter tour à tour les champs des uns et des autres. « Avant, il y avait ce que l’on appelle le "coup d’main", atteste Yannis Yebo, délégué à la Culture à la Mairie de Cilaos. Aujourd’hui, ça n’est plus dans les habitudes, c’est un peu chacun pour soi. On peut déplorer que la mécanisation ait conduit à la perte de ce lien social ,mais c’était le prix à payer pour pérenniser la culture ». Les deux tiers des producteurs utilisent aujourd’hui de nouveaux outils, de nouvelles techniques d’exploitation : motoculteur, peseuse ensacheuse, batteuse-trieuse, table densimétrique, produits phytosanitaires... Certains, en raison de leurs terres pentues, difficiles d’accès et donc inadaptées au semoir pneumatique, continuent à planter manuellement. Mais s’agissant de la récolte, 99% des agriculteurs sont passés au battage à la machine. A l’occasion de la Fête des Lentilles, on ressortira tout de même la gaulette pour faire plaisir aux touristes, ne pas oublier la tradition.
Quel avenir pour la filière ?
La mécanisation s’est avérée nécessaire pour favoriser le développement économique du produit, pallier la pénibilité physique de la tâche et permettre aux agriculteurs d’être plus autonomes. Là où il fallait compter 20 personnes par jour pour semer 1 hectare de lentilles, deux personnes suffisent à présent. On ne trie plus les petits galets à la main, on ne vend plus les lentilles à l’emportée, on ne se relaie plus pour surveiller les plantations, les protéger des oiseaux qui viennent piller les graines, mais on envisage de passer à la culture sous serre. La mécanisation a profondément modifié la filière, mais elle a eu aussi pour conséquence, revers de médaille, d’engendrer l’érosion des sols. « Avant, on plantait en pente, explique Yannis Yebo. Mais avec la mécanisation, on a défriché les terres, labouré, aplani, conduisant aujourd’hui au problème d’érosion ».
Le vendredi 19 octobre, la Chambre d’Agriculture tiendra justement une conférence-débat sur l’avenir de la filière où seront abordées les questions de la lutte contre l’érosion, le développement agricole sur le territoire. L’Association des Producteurs de Lentilles de Cilaos (APLC), qui compte près de 120 adhérents, proposera des procédés de terrassement, d’empierrage. Très impliquée dans la promotion et le développement de la filière, l’APLC sensibilise aussi les producteurs à l’utilisation des produits phytosanitaires dans le respect de l’environnement, participe à des formations adaptées aux bonnes pratiques agricoles.
Pas encore de Label Qualité
Sur le site de Matarum, concédé par la mairie, elle expérimente la culture d’autres produits pour permettre aux cultivateurs de lentilles de diversifier leur production, au-delà de la vigne, et ainsi de compléter leurs revenus.
Bourbon Pointu, agrumes traditionnels : ce petit laboratoire a permis de créer 6 emplois dans un Cirque qui souffre d’un taux de chômage de 50 à 51%. L’association bénéficiera bientôt de deux autres terres pour étendre ses activités, soit, là encore, de nouvelles sources d’emplois pour les habitants de Cilaos.
Enfin, son Président, Pierrick Noé, milite pour parvenir à un label Qualité qui permettrait d’ouvrir à la lentille des débouchés hors de l’île. On peut s’étonner que comme pour la vanille de l’Est, la lentille de Cilaos ne bénéficie pas encore de ce label. Il semble que ce soit la variété des semences, le fait qu’il n’existe pas une qualité, mais bien différentes qualités de lentilles qui entrave cette reconnaissance. Cela n’entrave pas pour autant la vente du produit, écoulé sans difficulté à l’intérieur même de l’île, ni même sa qualité. La lentille de Cilaos est un met très prisé par toutes les tables réunionnaises. Son prix varie autour de 10 euros le kilo, peut aller jusqu’à 12 à 13 euros en basse saison. Comme le souligne Yannis Yebo, « on est encore loin d’une certaine lentille du Pérou qui se commercialiserait à 30 euros le kilo ».
Déguster et acheter des lentilles
Et en parlant d’achat, la Fête des Lentilles sera justement l’occasion pour les cultivateurs d’écouler une partie de leur production, présentée en bonne place à côté du vin et de la broderie de Cilaos, autres richesses du patrimoine local qui ne seront pas délaissées. En même temps que l’évolution de la filière, les producteurs ont aussi modifié leurs pratiques de vente. Il y a eu celle à l’envolée, puis les producteurs ont traité directement avec les grossistes, majoritairement des commerçants du Cirque, pour être aujourd’hui de plus en plus nombreux à vendre directement au public. C’est plus intéressant financièrement pour les deux parties, et cela permet au consommateur d’avoir une totale traçabilité du produit. Les producteurs participent donc activement à cette fête, à la promotion même des lentilles qui pourront être dégustées sur le stand de l’APLC.
Une soixantaine de forains et d’exposants seront présents. La musique sera à l’ordre du jour durant toute la semaine à partir de 17 heures (François DAL’S, mardi 16 ; KM David et G.O.K jeudi 18 octobre, des groupes du Cirque...). Didier Mangaye et Léonus feront leur show le mercredi 17 octobre, Sandrine Blard et Joël Vigne le vendredi 19. Radio Crochet, danse, karaoké, élections de Mamie Lentilles, parc forain... bref, une fête riche en festivités organisée avec le soutien financier de la CIVIS au titre des manifestations intercommunales, de la Région Réunion au titre des manifestations à caractère économique, de la commune bien sûr, et avec les soutiens de partenaires public et privé essentiellement pour le plateau artistique.
Stéphanie Longeras
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