“Ti Zétinsèl gran fé” de la compagnie Baba Sifon

Léone Louis : « le conte ouvre les portes de l’imaginaire »

25 avril 2007

Depuis sa création en 2004, la compagnie Baba Sifon a réalisé deux pièces. La première, “Ti Zétinsèl gran fé” a été jouée une trentaine de fois l’année dernière. Cette année, le théâtre de Champ-Fleuri accueille cette pièce ce soir à 18h et vendredi à 20h. Quant au théâtre d’Azur, au Tampon, il vous invite à applaudir la compagnie Baba Sifon les 8 et 10 mai à 15h et 18h.

Mounawar et Léone.

Quels sont les éléments qui ont mené à l’écriture de “Ti Zétinsel, Gran Fé” ?
On avait envie de travailler entre les différences entre le Nord et le Sud et entre les Hauts et les Bas. Au sein de la troupe, on s’est rendu compte qu’on avait envie de bouger, de voyager, mais on avait aussi envie de revenir sur la vie à la Réunion. Nous sommes allés interviewer des gramoun dans les clubs de troisième âge pour discuter avec eux de l’oralité. L’arrivée de la télévision a beaucoup changé les rapports sociaux. Avant les gens se racontaient beaucoup plus d’histoire entre eux. Ce qui nous plaisait, c’était que le conte nous permettait à la fois la parole et la musique. Nous nous rapprochions ainsi de l’imaginaire par les sens, la sensualité. Il faut fermer les yeux et laisser la place à son imagination. L’acteur doit être actif et nous misons sur une interactivité avec le public.

La place de la musique semble centrale. Pourriez-vous nous en dire plus ?
Mounawar est le musicien. Depuis quelques années, je conte et, si possible avec un musicien, car cela crée un rythme propice à l’imaginaire. Il y a des instruments assez traditionnels, un kayamb, un rouler ou encore de la guitare. Nous essayons d’illustrer les mouvements de la conteuse avec la musique. Mounawar chante aussi. Ce chant est comme une respiration par rapport à la voix parlée. Cela constitue un lien de plus avec le public qu’il soit jeune ou moins jeune.

Une des clés de votre approche semble d’aller à la recherche du public réunionnais. Quelle est votre démarche ?
La compagnie Baba Sifon a eu à coeur la notion de théâtre « tout terrain ». La Réunion dispose de peu de salles. Mais ce n’est pas la seule raison. Nous avions vraiment envie d’aller à la rencontre du public réunionnais et notamment celui qui n’avait pas l’habitude d’aller dans les salles de spectacle. Par ce biais, nous essayions de répondre aux besoins de rêve pour les enfants, autrement que par la télé, qui explique tout. Pour nous c’est une urgence.

(L’année dernière, vous avez réalisé une trentaine de dates avec ce spectacle. Quel est le retour du public et avez-vous éventuellement changé des choses ?
Notre création évolue selon les publics. Il y a effectivement des choses qui ont bougé. Il y a des publics qui ont à coeur de chanter, de participer. Les adultes, eux, sont plus dans l’intime. En tant que petite compagnie, il faut donner au public l’envie de revenir. Mais notre objectif n’est pas seulement commercial car nous croyons vraiment dans le rôle du théâtre. Pour illustrer notre travail de mise en scène, Philippe Moulin et Jean-Marie Pernelle, les photographes ont mis dans l’entrée du théâtre des photos de gramounes pour casser l’image du « vieux » théâtral. Au contraire, il fallait que le public se figure qu’il entre chez un vieux gramoune et s’approprie son logement. Le conteur, c’est le faiseur de lien, et on a vraiment envie de recréer ce lien intergénérationnel.

Dans votre dernière création, vous revenez sur l’article 39 du Code noir. Savez-vous déjà si vous poursuivrez dans cette veine politique à l’avenir ?
Nous aimons donner la parole à des jeunes auteurs réunionnais. La première avait été l’oeuvre de Jean-Laurent Faubourg. La seconde est celle de Florian Goetz. Florian est en train d’écrire une nouvelle pièce qui aura pour cadre la Réunion des années 70 mais je ne peux pas en dire plus.
En revanche, à partir de juillet, nous proposons à nouveau des contes dans un spectacle appelé “Baramine...” que je considère comme engagé. Cela nous intéresse de montrer aux enfants comment il est intéressant de passer d’un conte d’un peuple à un autre. Nous envisageons le passage d’une culture à une autre comme un enrichissement et nous cherchons à promouvoir la culture de l’imaginaire de l’Océan indien. Il y a encore trop de méconnaissance de part et d’autre des îles de l’Océan indien. Les contes sont universels mais c’est la façon avec laquelle Baba Sifon les met en scène que nous vous invitons à venir découvrir. À travers le conte, il y a forcément un message. Cela va être notre création collective. Dans un conte, on peut transmettre des enseignements aux enfants et aux adultes qui se révéleront à plusieurs moments de leur vie. C’est comme une extraordinaire commode dont on ouvre certains tiroirs. En tout cas, derrière chaque conte se cacheront toujours des symboles et des mystères que chacun devra aller chercher.


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Témoignages - 82e année


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