Salon du Livre d’expression populaire et de critique sociale d’Arras (28 avril - 3 mai 2008)

Les auteurs en parlent...

26 mai 2008

• Huguette Payet, auteur, présidente de l’association Laféladi

Arras, en une valse à trois temps.

« Pour moi, l’invitation à Arras au 7ème Salon du Livre d’expression populaire et de critique sociale avec, entre autres, son pôle Littérature Jeunesse, s’est faite sur un rythme à trois temps, comme une valse.
Réminiscence de celle émanant du vieux phonographe avec son beau liseron parme, strié de rouge, qui inondait les couloirs de la mine de craie d’airs d’autrefois, sous le parking proche de la Grande Place de la ville médiévale ?... ou de celle que chantait Brel ? (plus “moune du Nord” que lui, tu meurs, c’est bien pour cela que j’ai choisi quelques paroles de sa “Valse à mille temps”).
Un peu des deux, sans doute...

« Au premier temps de la valse,

... toute seule, tu souris déjà ». Ce qui était vrai pour M. Brel ne le fut pas d’emblée pour moi. Ce premier temps de la valse, qui a commencé à La Réunion, a été celui de l’“avant-salon”, placé en effet, pour moi, sous le signe de l’hésitation. Partirai-je ? Ne partirai-je pas ? Telle était la question...
C’est ma tout’ toute première fois ! Je n’ai jamais été invitée à un quelconque “salon-dëor”, et de plus, je crains “la fré” de ce début de printemps nordique, comme tout petit oiseau des îles qui se respecte.
Rien à faire ! Laféladi, notre association, a été unanime. Les trois autres fées ne sont pas disponibles. C’est toi qui pars ! Le bec cloué, pas pour longtemps, je vous rassure, je pris donc ma décision de départ, ce qui donna une accélération inattendue au premier temps de la valse à peine commencée. En témoignent toute la documentation et la correspondance qui arrivèrent alors sur mon ordinateur, sans compter les réunions d’information émanant à qui mieux mieux de “La Réunion des livres” avec Yannick Lepoan et de “An grèn koulër” avec Reynaldo Monserrat. Chapeau bas, en passant, Messieurs, pour votre efficacité ! L’un n’a pas manqué d’assister même au départ de la délégation de La Réunion, le dimanche 27 avril - Ne rougis pas Yannick ! -, l’autre nous attendait le dimanche soir du même 27 avril, à Orly - pran pa la kolèr lo prézan, Reynaldo ! Mi koné vi ème pa konpliman !

« Au deuxième temps de la valse,

... on est deux, tu es dans mes bras », continuait le poète. Pour moi, “tu”, c’est toi, Arras, que je ne connais pas, bien sûr ! Toi qui nous réunit, Daniel Honoré, Isabelle Hoareau, Bernadette Thomas et moi, Huguette Payet, les auteurs, qui allons vivre ensemble pendant 6 jours. Une première pour des gens qui ne se connaissent qu’un tout petit peu dans leur propre pays et qui se verront, à partir de maintenant, d’une autre manière, assurément ! Et oui, c’est cela aussi l’un des nombreux miracles du Salon...
Les kilomètres défilent parmi les champs de colza, qui ont mis leurs belles robes jaunes pour nous accueillir et auxquelles un soleil tardif met ses derniers feux. Et les langues vont bon train. On se demande si les prédictions du clown de service à Gillot ne vont pas se réaliser vraiment. Le séjour commence en effet sous le signe de la bonne humeur et de l’amitié, comme lui, il l’avait pressenti en nous jouant la joie au saxophone, même s’il le faisait d’abord pour Air Austral ! Sans compter les fleurs de saison en prime que nous apercevons par les vitres du minibus : tulipes aux mille nuances, fleurs de cerisiers japonais dans les arbres et sur le gazon et qui embaument l’air printanier...
Terminus au “Gîte Bleu” à Arras, que nous attendions comme un rêve bleu, car la fatigue commence à se faire sentir et où sont réunies, pour le dîner, des délégations venues des quatre coins du monde : il y a là le Sénégal, le Mali, la Martinique, la Nouvelle-Calédonie, Madagascar, la Guadeloupe, la Corse un peu plus tard, et La Réunion, car j’aperçois des musiciens du groupe “Ziskakan” et un slameur plein de talent, bien de chez nous. J’en oublie sans doute... Une palette de peaux de toutes les couleurs, des accents chantant toutes leurs différences, autre miracle du Salon ! C’est avec tous ces représentants de leur pays que nous allons partager pendant notre séjour des moments inoubliables faits de spectacles, de remise de Prix, d’un hommage à François Béranger, de séances de slam à l’Université, de conférences de presse ou autres, de la projection d’un film original “Les jolies colonies de la France”, réunissant les artistes présents en une fresque émouvante sur le colonialisme, en live, avec arrêts sur images, de visites de la ville aussi, reconstruite presque entièrement après la dernière guerre, de son Beffroi, de son marché forain hebdomadaire avec ses primeurs et ses vêtements s’étalant sur plusieurs rues, en face de notre hôtel. C’est avec tous ces gens que nous vivrons des émotions inoubliables, entre autres celle de la veille du départ, avec la remise d’un Livre d’or, couvert des écritures des délégations invitées au Salon, pour des remerciements plus que sincères, avec même des perles dans les yeux de certains...

« Au troisième temps de la valse,

... il y a toi, y’a l’amour et y’a moi », toi, ici, c’est toujours Arras, bien entendu ! Mais il y a aussi tout plein d’autres souvenirs dans chacune de nos têtes. Celui du désir d’être là, de la part des Arrageois, le jour du 1er Mai, pour l’ouverture du Salon, dans l’Hôtel de Guînes. Qu’ils étaient beaux à voir, tenant leurs marmots par la main bien emmitouflés dans leurs petites laines et leurs chaussures montantes, car ce jour-là, il y a eu le tonnerre, le vent, la grêle, la pluie, la totale quoi !... Il y a eu aussi des tas de questions qu’on nous a posées sur La Réunion, bien que certaines personnes ne la verraient sans doute jamais au prix où sont les voyages. Besoin de rêver quand même... Il y a eu des visiteurs réunionnais des environs, venus spécialement à Arras pour rencontrer des compatriotes... Il y a eu des actes montrant une envie de changer le présent en quelque chose de plus humain, une envie de partager ses inquiétudes sur un avenir qu’on pressent lourd, de dire ses colères sous des tas de formes... Il y a eu l’envie d’en savoir plus sur mon appareil photo numérique, et puis soudain, le rayonnement de ce quidam, rencontré par hasard au marché, de dire qu’il était déjà venu à La Réunion... Il y a eu des poèmes lus avec beaucoup de passion par l’un ou l’autre poète des délégations - je pense surtout au poète corse, intarissable ! - et des tas d’autres témoignages d’initiatives littéraires. Il y a eu de plus, comme retombée immédiate, l’envie d’écrire quelque chose ensemble par deux des nôtres, et jusqu’à des notes prises par une autre d’entre nous, pour un nouveau projet d’écriture ! Servèle ziska la bouzé, mi di a zot !
L’image d’une fraternité universelle, de l’espérance d’un vivre ensemble qui, parfois, semble un mirage, une utopie, ne nous a-t-elle pas parue possible lors du Salon du Livre 2008 à Arras ? A nous d’y croire et de nous en donner les moyens. Je pense au prochain Salon du Livre, à Saint-Louis du Sénégal, auquel a travaillé, à Arras avec les autres partenaires, M. Bernard Payet du Conseil régional.

Les derniers pas de la valse nous menèrent vers Orly, déjà ! Avant le rituel « dann poulaiyé na pu volaiy », survint le point d’orgue du séjour, que je vous laisse découvrir à travers la chanson de Brassens sur Les Lilas, dont j’ai un peu transformé les paroles pour vous faire sourire. Je l’offre à Didier, l’un des piliers de l’organisation de ce Salon d’Arras 2008, qui a vu la scène de cueillette de lilas, et à tous les autres organisateurs du Salon à Arras, qui se sont démenés pour qu’il soit réussi, sans oublier Eric Robin des Editions Epsilon, dévoué compagnon de voyage qui s’est occupé des livres et de l’arrangement du stand de La Réunion avec le plus grand soin.
Si quelqu’un veut savoir, dame,
Comment la valse a fini,
Si quelqu’un veut savoir, dame,
Comment la valse a fini,
Les messieurs cueillirent aux dames,
Des lilas à Antony... »

* Antony est le nom d’un quartier proche d’Orly.

Huguette Payet


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