Les Caryatides

28 décembre 2006

En allant à La Chasse aux Contes, nous avons rapporté des histoires en tout genres. Histoire fantastique, invraisemblable, touchante, vraie, simple, tragique, histoire triste ou histoire drôle, histoire à dormir debout, histoire merveilleuse, histoire de brigands, de fantômes, de fées, de sorcières...
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Il était un temps, un artiste sculpteur qui mettait jour après jour tout son cœur à l’ouvrage. Il ne comptait pas ses heures et exposait ses œuvres parfaites au regard émerveillé des contemplateurs, au regard jaloux des spéculateurs, tant il était guidé par l’excellence.
De temps en temps, je me réjouissais d’aller lui rendre visite, envahi par l’admiration que je porte à ce métier d’art.
De son immense portail, on distinguait une allée de gravier et, comme scellés sur les bas-côtés, des lions de pierre aux yeux vifs côtoyaient des fontaines d’eau brillante, et des Caryatides fixaient de leur regard vide les portes de l’atelier.

Un beau jour, je me décidais à aller le voir pour lui demander conseil. A mon grand étonnement, le sculpteur m’apprend que ses Caryatides ont disparu dans la nuit. Il était certain qu’elles avaient été volées. Il jugeait inutile de prévenir les autorités, préférant les rechercher seul. Mais je le vis tellement absorbé par son travail que je lui demandais, comme un honneur, de me confier la tâche de les retrouver.
Il me laissa une liste de noms de marchands d’art, de brocanteurs, de passionnés de mythologie grecque et je commençais mes recherches. Je fis d’abord la connaissance d’un ami à lui, un passionné qui décida aussitôt de m’accompagner dans les recherches.

D’administrations en archives, de musées en galeries, nous avions suivi toutes les pistes en une semaine. Il ne restait plus qu’un nom sur la fameuse liste, celui d’un homme dont le sculpteur nous avait dit de n’aller le voir qu’après tous les autres.
- Il n’est pas commode, nous dit-il, et il a très mauvaise réputation.
A peine franchi le seuil de l’endroit poussiéreux, la clochette de la porte retentit et deux magnifiques femmes s’avancèrent vers nous, avec une telle volupté dans leurs mouvements qu’on en aurait presque oublié l’objet de notre visite.
Evidemment, le marchand d’art s’empressa de les renvoyer dans l’arrière boutique. Nous ne pûmes même pas leur adresser un mot. Tandis que le marchand d’art essayait de nous convaincre de son innocence, j’eus l’amère sensation qu’il nous mentait. Ses indications étaient pleines de non sens et nous le laissâmes bientôt à ses élucubrations.

De retour vers l’atelier, au crépuscule, nous nous préparions à annoncer que nos recherches étaient restées vaines. Le sculpteur était au travail. Nous fûmes surpris au portail par la présence des deux créatures aperçues le matin chez le marchand d’art. Elles étaient vêtues d’un voile transparent et lumineux, qui les faisait briller dans l’obscurité tombante, telle la lune dans un ciel noir.
Leurs yeux de turquoise et un soupçon de sourire nous mirent en confiance. Nous entrâmes. L’allée de gravier crissait sous nos pas. En silence, elles reprirent leur place et, en un instant, redevinrent de pierre.

Alain Reisse
PASARTIC/ILOI (Droits de reproduction réservés)


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