Notre Histoire : “La question des ancêtres chez les esclaves de Bourbon” - 1 -

Les cultes rendus aux ancêtres

10 janvier 2005

Vous trouverez ci-dessous la communication faite par l’historien réunionnais Prosper Ève lors de l’inauguration de la salle des Fêtes du Bocage, qui porte le nom du Rwa Kaf. Le texte a été porté à la connaissance du public lors de la conférence-débat organisée par l’Association pour la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (AMCUR) le 20 décembre dernier.

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Avant qu’un gouvernement de gauche ne décide de faire de cette date commémorant l’abolition de l’esclavage un jour férié, le 20 décembre était surtout fêté dans les familles où la mémoire de l’esclavage avait été transmise de génération en génération, sans crainte, aux heures les plus sombres de l’Histoire.
Comme toute fête familiale, celle-ci occasionnait un repas familial, un repas de partage, composé essentiellement de produits consommés par les esclaves. Cependant, elle correspondait surtout au seul moment de l’année où la parole sur la période de l’esclavage se libérait, où les souvenirs étaient transmis dans les moindres détails avec une certaine fierté, non pas pour faire étalage gratuitement d’un savoir sur le sort pénible des premiers membres de la famille, mais pour émouvoir les cœurs et faire comprendre à tous leur devoir envers leurs aïeux esclaves.
Aussi, avant de consommer les mets préparés, le plus vieux prenait la parole et restituait à sa famille toute l’histoire de ses ancêtres enfouie dans sa mémoire, et à la fin de son exposé, il leur rappelait leur devoir de respect et de fidélité à leurs ancêtres connus, morts ici en terre réunionnaise.

Un difficile combat

Alors, puisqu’en ce 20 décembre 2004, l’Association pour la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise, par la voix de son trésorier, mon ami Marcel Comarapoullé, m’a prié d’intervenir devant vous, je me dois de respecter cette tradition. Je suivrai la même démarche qu’autrefois. Même si je ne suis pas le plus vieux de cette assemblée (je demande pardon à la personne la plus âgée ici présente), je prendrai le temps, et en même temps, un peu de votre temps, pour vous parler de ce temps, puis, sans verser dans le moralisme, je vous fournirai, une fois n’est pas coutume, quelques sages conseils.
Le thème qui m’a été proposé étant l’ancestralité, j’ai intitulé sobrement mon exposé : “La question des ancêtres chez les esclaves de Bourbon”. Pourquoi chez les esclaves ? Tout simplement, parce qu’aujourd’hui un débat est ouvert sur le thème de l’ancestralité et parce qu’en Histoire, tout problème ne peut être correctement compris que si ses origines sont bien sues.
Quel héritage les esclaves nous ont-ils laissé sur ce thème de l’ancestralité ?
Une minorité d’esclaves ont mené un difficile combat pour se forger dans cette île une lignée d’ancêtres, pour faire corps avec cette terre et perdre leur statut d’étrangers. Le culte rendu aux ancêtres naît et grandit dans des conditions difficiles. Si leur action ne connaît pas un franc et total succès, leur effort offre d’excellents éclairages et ne peut être passé sous silence.

I - La quête ancestrale, une réalité flagrante, mais un culte aux ancêtres dans l’impasse

Les individus libres réduits à l’état d’esclave perdent tout repère avant leur arrivée à Bourbon. Les esclaves qui débarquent dans cette île qui leur est étrangère, sont objets de capture, ils n’ont aucun rapport de parenté, d’affinité ou de voisinage.
Les Africains et les Malgaches qui tiennent à bien mourir pour rejoindre aisément leurs ancêtres dans le tombeau familial sont angoissés par la rupture du lien avec eux. La mort n’est jamais pour eux destruction de tout.

Suivant un rythme de séparation et d’intégration, la vie du Noir africain est ponctuée de morts suivies et de renaissances successives. S’inaugure dès la naissance - et même avant, s’il a réincarnation d’un ancêtre clanique - une histoire d’accès à l’être marquée par les rites initiatiques. La mort n’est qu’une “à peine mort” puisque le défunt n’a pas encore accédé au statut d’ancêtre. Le passage à l’ancestralité est avant tout, lié au respect strict des rites post-mortem, lesquels renvoient à une distinction, omniprésente dans la pensée négro-africaine, entre bonne et mauvaise mort.
La mauvaise mort, dispensatrice d’impureté, est la marque du courroux de la nature ; elle désobéit aux normes du clan, soit par caractère violent (crime, noyade, suicide), soit par son aspect insolite (mort d’une femme enceinte ou d’un sorcier). Les ancêtres étant les détenteurs des pouvoirs, ils veillent au respect des interdits et à la fécondité terre-femme. Pour l’Africain, "vivants et morts sont unis par une dialectique sacrificielle, l’ancêtre se nourrit des offrandes du vivant et le vivant trouve dans l’ancêtre l’assurance et la continuité du groupe". Pour que cette union soit possible et totale, il lui faut bien mourir, c’est-à-dire s’inscrire dans une harmonie avec le lieu - mourir près des siens -, avec le temps - mourir vieux -, doté d’une nombreuse descendance, afin d’assurer le cycle normal des rites, l’anniversaire du disparu. Bien mourir, c’est s’éteindre paisiblement, en communion avec les ancêtres. Un défunt devient mort quand il n’a plus personne pour l’appeler ou lui sacrifier. La mort apparaît comme un acte collectif de régénération. La communauté prend en charge le défunt, guidé, accompagné dans son voyage vers les ancêtres.

L’homme, fruit d’un rituel

Pour le Malgache aussi, le culte dû aux ancêtres est vital. Les ancêtres veillent sur leurs descendants. S’ils obtiennent la nourriture qu’ils réclament, ils sont heureux et rendent leurs enfants heureux. S’ils sont oubliés, si par coup du sort, ils n’ont pas la sépulture qu’ils attendent, si faute d’un sacrifice les anciens morts ne les accueillent pas dans le tombeau, s’ils ne reçoivent plus d’offrandes, alors ils errent, ils deviennent des “lolo” : des esprits malfaisants, des fantômes qui tourmentent les vivants.
Pour l’Indien, l’homme est le fruit d’un rituel en cinq degrés, c’est pourquoi dans tous les sacrifices, la dernière oblation (offrande à Dieu - NDLR) est appelée “l’homme”. Lui aussi est perturbé par la mort et l’après mort. Comme il croit en la réincarnation, il doit bien y prendre garde, s’il ne veut pas connaître dans sa nouvelle vie le sort d’un insecte ravageur. Selon le Rig-Veda (1), l’être rend d’abord au cosmos certains de ses éléments : la parole retourne au feu, l’œil au soleil, le souffle au vent, le mental à la lune... L’âme aborde alors des séjours intermédiaires, enfers ou paradis, où elle recueille les fruits de son karma.
À côté de la voie des dieux, il existe la voie des ancêtres. Avant de se réincarner, l’âme doit passer d’abord par le séjour des ancêtres. De ce fait, pour chaque défunt, la famille doit observer strictement les rites de séparation et d’anniversaire : le jour de l’inhumation, le lendemain, huit ou douze jours après le décès, afin de l’aider à être racheté de ses péchés terrestres, seize ou quarante jours après, au moment de la montée de l’âme au ciel, un an et un jour après le décès pour clore la période de deuil pendant laquelle les membres proches de la famille du défunt marquent un réel respect pour la mémoire du défunt, puis chaque anniversaire de la mort. Cette conception des ancêtres est conforme à l’enseignement de la Brihad-âranyaka Upanishad. (2)

(à suivre)

Prosper Ève

(1) Grand livre sacré de l’hindouisme dédié principalement au dieu Agni, le feu et prêtre sacré.
(2) Une des plus anciennes Écritures sacrées hindoues.


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Messages

  • Je remercie d’abord à la personne ki a fourni cette rubrik je suis une reunionaise et c pour ca ke j’aimerais savoir beaucoup dans le temps de l’esclavagiste,j’adore connaitre notre culture içi et j’aimerai défendre la réunion car nos ancêtre ont subi l’esclavagiste et c pvs juste aurevoir a tout et à bientôt.....


Témoignages - 82e année


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