Culture et identité

Les dossiers de l’A.R.C.C. : des documents à voir et à écouter

Témoignages.re / 2 janvier 2006

Depuis 2 ans, l’Association réunionnaise communication et culture (ARCC) a entrepris de publier au format CD audio les archives qu’elle constitue lors des manifestations auxquelles elle est associée ou qu’elle organise.
L’ensemble des 15 publications actuellement disponibles est présenté sur le site Internet de l’association :
http://www.arcc.asso.fr/nouveau/cdaudio.html
En souscrivant une adhésion à cette association, vous recevrez gratuitement un de ces volumes ; voici le formulaire d’adhésion :
http://www.arcc.asso.fr/nouveau/adhesion.html
Sur simple demande, vous pourrez recevoir par voie postale le catalogue des publications de l’ARRC.
Voici la présentation par l’ARCC de quelques-uns de ces dossiers disponibles.

o Volume 11

“Le coolie, histoire d’un paria et d’une méprise”

Un CD audio de 66 minutes avec Véronique Bragard, Raphaël Confiant, Hubert Gerbeau et Khal Torabully.

Le début du 19ème siècle marque le départ de ce candidat idéal pour l’exode. Avec la décision de cultiver la canne à sucre de facon intensive et l’abolition de l’esclavage, l’odyssée coolie se développe. Des centaines de milliers d’hommes vont, au gré de nouveaux besoins, peupler d’autres terres, complexifiant les rapports entre Blancs, Noirs et Mulâtres.
La méprise naît entre créoles émancipés ou affranchis et coolies quand, symboliquement, ce dernier est assimilé à l’esclave. Le coolie débarque au port, va à pied, selon le rituel immuable de l’esclavage, aux cases délaissées par les anciens esclaves qu’il occupera. Il est esclave après l’esclavage, bête de somme au rabais, et pire, il est percu comme esclave "volontaire" : il "casse" le prix du travail, "sauve" le maître d’une revanche de l’ancien esclave. Le coolie, "allié de l’oligarchie sucrière", "vole" son ascension sociale à l’émancipé...
L’itinéraire symbolique qu’emprunte le coolie, calqué sur le tracé de l’esclavage, ne doit pas masquer les différences majeures dans leur poétique originelle.
La complémentarité des intervenants délibérément souhaitée a permis une heureuse approche des mondes Caraïbe, océan Indien et Sud-américain.
Les intervenants :

- Khal Torabully est l’auteur d’une quinzaine d’ouvrages poétiques. Il donne une tonalité marine à la coolitude dans “Cale d’Etoile - Coolitude”, texte fondateur de cette migration. Il insiste sur la centralité du voyage océanique dans la traversée du coolie devenue l’essence du voyage, en prenant la mer comme espace de dé-création et de création d’identité, de langues et de visions du monde. Il décline le corail comme métaphore de ce brassage des imaginaires.

- Hubert Gerbeau, agrégé d’Histoire, est spécialiste de l’esclavage et des relations interethniques et interculturelles. Il a effectué des recherches au Mali, en Martinique et aux Mascareignes. Auteur de nombreux articles, il a aussi publié “Les esclaves noirs”, “Pour une histoire du silence, Martin Luther King”, ainsi que des poèmes et deux romans : “Noc et Swedjama”, “Le fou d’Afrique”.

- Véronique Bragard, auteur d’une thèse sur la coolitude, investit cette poétique en choisissant un corpus féminin des Antilles anglaises. Elle alimente son étude des Sociétés du Divers par l’esthétique, l’Histoire, la psychanalyse, l’anthropologie, la linguistique et la littérature.

- Raphaël Confiant, originaire de la Martinique, est l’un des théoriciens de la créolité. Son roman “La panse du chacal” (2003) propose une approche suggestive de la coolitude en Martinique. Dans “La vierge du grand retour” (1993), une de ses créations mosaïques, il s’attache à faire revivre aussi le visage du coolie.


o Volume 13

“Identité et métissage à La Réunion”

Un CD audio de 59 minutes, avec Laurence Pourchez, Yu-Sion Live et Dominique Aupiais.

La formation de l’identité individuelle ou collective du Créole réunionnais est en interaction avec l’environnement social dans lequel il vit. Elle est un processus dynamique, en mutation constante, en changement continuel. Dans leur vie quotidienne, les Réunionnais sont constamment situés entre un ou plusieurs milieux ou groupes : ils en intègrent, de facon plus ou moins implicite, les normes et les valeurs, en s’y identifiant consciemment ou inconsciemment. Une part de leur identité se construit sur les manières de penser et de vivre des autres groupes : toute culture se nourrit de son environnement immédiat et de son enracinement historique.
Forts de leurs expériences respectives, les 3 intervenants nous invitent à déchiffrer et retrouver, en écho, les sonorités de nos mémoires.
Les intervenants :

- Laurence Pourchez est anthropologue, ethnocinéaste associée au CNRS-UMR 5176. Elle a notamment entrepris des recherches sur les dynamiques culturelles à La Réunion.

- Dominique Aupiais : poète, écrivain, militant culturel pacifiste et humaniste chrétien, il participe à une réflexion sur les risques de dérives sociales de la société réunionnaise liés à l’acculturation de ces dernières années. Le groupe Renésens, dont il est l’inspirateur et l’auteur-compositeur, présente une fusion des instruments celtiques (cornemuses, bombardes), enracinés dans le maloya, le séga et d’autres genres musicaux (funk-rock, reggae, rock celtique, ragga, etc...).

- Yu-Sion Live : enseignant-chercheur à l’Université de La Réunion. Yu-Sion Live assure des cours de sociologie et d’anthropologie, effectue des recherches sur les relations interculturelles, en référence aux sociétés insulaires de l’océan Indien occidental. En 2002-2003, il a enseigné à l’Université de Tokyo (TODAI). Il a été "visiting fellow" à l’Institute of Languages and Cultures of Asia and Africa-Tokyo University of Foreign Studies.


o Volume 14

“La religion créole à La Réunion”

Un CD audio de 60 minutes avec le Père jésuite Stéphane Nicaise.

Stéphane Nicaise nous propose une réflexion libre sur le phénomène religieux propre au monde créole réunionnais. Un phénomène qu’il a baptisé
depuis plusieurs années “religion créole”. Son observation l’a conduit en effet à quitter le point de vue confessionnel, c’est-à-dire l’appartenance affichée à une religion institutionnalisée. Sous-entendu qu’une telle adhésion confessionnelle est normalement exclusive : "Si je suis catholique, je ne peux être simultanément hindou ou musulman".
La réflexion la plus usuelle impose en effet une telle détermination. D’où le dialogue très difficile à La Réunion entre les responsables de l’Église catholique et les fidèles baptisés qui fréquentent des services malbars tout en revendiquant leur conviction à participer à une pratique catholique.
Le dialogue est difficile parce que les interlocuteurs en conflit ne se rendent pas compte qu’ils ne débattent pas du même sujet. Autrement dit, il y aurait à faire un effort de clarification des termes du débat : de quoi parle-t-on lorsque l’on tente de rendre compte de sa démarche religieuse ?
Par exemple, l’emploi d’un seul terme, celui de "dieu" ou "bondieu", fait-il référence à la même réalité spirituelle pour tous les protagonistes du débat ? La réponse est certainement "non" ! En prendre acte, c’est se donner les moyens d’aller plus loin ensemble. Et en particulier de mieux repérer ce qui unit les uns et les autres : la référence vitale aux aïeux, à ces esprits des défunts familiaux dont le sentiment partagé est que notre vie sur Terre dépend pour une grande part de la bonne relation entretenue avec eux.
Cette expérience peut être présentée comme le fondement commun à l’ensemble des Réunionnais. La question de la foi en une divinité unique vient alors en continuité. Mais elle se déclinera selon la structure propre au monde créole et à ses représentations les plus communes, c’est-à-dire à ce qui constitue l’identité des Réunionnais en decà des distinctions "ethnoculturelles" dont la validité est très relative. Car ces différenciations volontaires sont surtout dépendantes des stratégies, sociales, individuelles et collectives, pour un meilleur positionnement, dans la société, en particulier par rapport aux lieux de pouvoir : nous sommes alors bien loin de la mystique !
L’ntervenant : Stéphane Nicaise est jésuite, prêtre, aumônier de prison et "curé" du cirque de Mafate ; docteur en anthropologie (1999, “Le continum religieux créole : une matrice du catholicisme à l’Île de La Réunion ?”, sous la direction du Professeur Jean Benoist) ; Il est également chargé de cours à l’Université de La Réunion ainsi qu’au Grand Séminaire de Maurice, à
l’Institut Catholique d’Antananarivo et aux Facultés Jésuites de Paris
(Centre Sèvres). Il est par ailleurs responsable du Centre Saint-Ignace à Saint-Denis, lieu de débat sur les questions de société.
http://centre.st.ignace.run.site.voila.fr/


o Volume 15

“Le Sud-Ouest de l’océan Indien du 18ème siècle à nos jours : Les élans partagés entre tradition et modernité”

Un double CD audio de 75 et 40 minutes, avec Yvan Combeau, Prosper Ève, Sudel Fuma, Edmond Maestri et Beseat Kifle Sélassié.

L’ensemble indocéanique comprend les espaces situés entre la côte Est de
l’Afrique, une partie de l’Asie du Sud et toute la zone Ouest de l’Australie. Les îles Mascareignes baignent dans l’océan Indien, 3ème océan du globe par sa superficie. Situé dans l’hémisphère méridional, on l’appelle aussi Océan de l’Islam.
Véritable lieu de passage, l’océan Indien constitue un carrefour qui a permis une fertilisation croisée des peuples depuis l’Antiquité. Les îles
créoles, peuplées pour servir les intérêts coloniaux, vont souffrir d’un
contexte difficile avec l’esclavage.
Face à cet univers carcéral apparaissent diverses formes de résistances : physique (marronnage et révoltes) et culturelle qui s’expriment notamment à travers la musique permettant ainsi à l’esclave de conserver ses repères identitaires.
Quelque temps après l’abolition de l’esclavage aux 18ème et 19ème siècles, les influences de la métropole se font de plus en plus sentir : la mode parisienne va influencer les modes de vie des femmes de l’océan Indien.
Deux catégories de femmes vont s’opposer : la femme blanche et la mulâtresse. Ainsi, fortune et blancheur de peau sont de réels atouts tant
sur l’île de France qu’à Bourbon.
Au cours des décennies 1940 et 1950, les choix politiques métropolitains
vont avoir des répercussions sensibles sur l’avenir de Madagascar et de La
Réunion : les 2 îles vont prendre des chemins différents pour sortir de la colonisation.
Madagascar sera longtemps préférée de la France sous la 4ème République jusqu’à ce que se produise un revirement de situation avec l’arrivée au pouvoir du Général De Gaulle : une colonie perdue, un département retrouvé.
Les intervenants :

- Sudel Fuma, professeur des Universités, directeur de la Chaire UNESCO de La Réunion.

- Prosper Ève, professeur d’Histoire moderne à l’Université de La Réunion.

- Beseat Kifle Sélassié, philosophe, écrivain.

- Yvan Combeau, professeur d’Histoire contemporaine à l’Université de La Réunion, directeur du Centre de recherches sur les sociétés de l’océan Indien (CRESOI).

- Edmond Maestri, doyen honoraire de l’Université de La Réunion, professeur émérite des Universités.


o Volume 16

“Le complexe de l’esclavage à La Réunion”

Un CD audio 60 minutes, avec le docteur Jean-Francois Reverzy.

Existerait-il dans l’espace humain de La Réunion, de l’océan Indien et des DOM-TOM un “complexe de l’esclavage”, soit un organisateur de la vie psychique et sociale de la citoyenneté ultramarine ? Ce “complexe”, né des origines tragiques du peuplement de ces îles, ne serait-il pas un obstacle au développement ? Le vecteur sous-jacent des violences sociales et de la pathologie mentale ?
Telle est l’hypothèse énoncée par Jean-François Reverzy, psychanalyste et psychiatre installé à La Réunion et dans l’océan Indien depuis 1985. Plus loin, le praticien tente d’écouter l’inconscient créole, et la mémoire secrète, des “îles à sucre” et des paradis tropicaux au travers de ce qu’il a désigné comme le transfert insulaire, soit ce lien énigmatique qui noue l’être humain à un territoire, le transforme et dénoue quelquefois ses métamorphoses.
Insularité, clôture, souffrance, l’île portée dans ce transfert peut être aussi véhicule de libération, une île thérapeute, offrant à l’étranger ou à l’autochtone un asile et une renaissance. Croyances et foi, guérissages et métissages, chants et poésies sont les blasons de cette opération singulière.
L’intervenant : fils de l’écrivain Jean Reverzy, le docteur Jean-Francois Reverzy a rencontré La Réunion en 1983. Il y exerce des activités multiples : psychiatre des hôpitaux et chef de service au Groupe Hospitalier Sud Réunion, psychanalyste, écrivain, anthropologue et chercheur, il totalise plus de 200 publications, dont 10 monographies ; poète et auteur, il a aussi créé il y a 15 ans les Éditions "Grand Océan", qui rassemblent les auteurs de l’océan Indien.