Exposition

« Les enfants du Monde » de Rachid Khimoune

4 juin 2007

Naomie l’Africaine, Rania l’Arabe, Mu-Man la Chinoise, Mahatma l’Indien et leurs 17 camarades, enfants issus de tous les continents, sont de passage à l’Hôtel de Ville de Saint-Denis. Leur créateur, Rachid Khimoune, peintre et sculpteur de renommée internationale, expose ses 21 statuettes de bronze et quelques autres pièces de son oeuvre résolument originale.

Hier au soir, lors du vernissage de l’exposition, l’artiste s’est déclaré « très ému et heureux de découvrir l’ile de La Réunion. » Cette première visite dans notre île constitue une surprise de taille pour Rachid Khimoune. On lui avait bien parlé de la diversité des peuples et des cultures qui en constitue la richesse mais jamais, de sa propre confidence, il n’aurait imaginé en retrouver une expression aussi troublante dans la physionomie même des Réunionnais.

«  Extraterrestres  » à l’Hôtel de ville

Mais commençons en quelques lignes à présenter le travail de Rachid Khimoune, celui qui résume sa démarche artistique comme : « voir ce que l’on ne voit plus, regarder autrement dans la magie et le rêve. »
Né en 1953 à Decazeville (Aveyron) de parents d’origine berbère, il obtient son diplôme de l’École supérieure des Beaux-arts de Paris en 1974. Il aiguise sa créativité d’abord à travers la peinture puis s’intéresse à la sculpture. C’est au début des années 80, alors que le leader du Front National Jean-Marie Le Pen déverse son discours nationaliste en France que, observant sa fille former une ronde avec ses camarades dans la cour de son école, lui est apparu l’idée des Enfants du Monde ; flash génial qui le conduira aux quatre coins du globe pour donner souffle de vie à son oeuvre majeure. Il sillonne alors tous les continents et prélève dans chaque grande ville « la peau des rues ». Sous le regard des passants, il moule à l’élastomère des pavés, des plaques d’égout, des bitumes fracturés, empruntes urbaines, tatouages qui serviront à constituer chacun de ses personnages, de ses enfants qu’il aime à appeler ses « extraterrestres » car justement extraits du sol. Il nous offre à voir, à partager, la version réduite de ces 21 personnages de bronze, sachant que leurs doubles de 2 mètres 50, grâce à la générosité de prestigieux parrains, sont retournés dans leur pays d’origine alors que leurs jumeaux géants ont pris une place très appréciée de part et d’autre de la passerelle Simone de Beauvoir, en face du Ministère des Finances à Paris.

Peut-être un 22ème enfant naîtra de sa rencontre avec La Réunion ?

Une démarche artistique des plus originales pour un artiste de la récupération qui se plait à exploiter des matériaux auxquels on ne porte pas attention. Plus que sur l’horizon, son regard se porte sur le sol : « regarder où l’on marche est important », confiait hier au soir Rachid Khimoune. Que lui inspire alors la peau des rues de la capitale dionysienne ? Arrivé il y a 4 jours, il n’a pas attendu pour poser son élastomère sur celle qui fait face à l’Hôtel de Ville afin de solliciter l’aide du Maire, à titre symbolique, pour en prélever le moule qui pourrait servir à faire des négatifs si on lui passe commande et pourquoi pas constituer le 22ème Enfant du Monde, fruit de son passage à La Réunion. Il s’était arrêté à 21 comme le XXIème siècle mais peut-être sa rencontre avec notre île marquera-t-elle pour l’artiste l’aube du XXIIème siècle. Car son travail a d’autant plus de résonance ici que l’enfant réunionnais est marqué par un bout de chacun de ses personnages. Il qualifie d’« incroyable » la physionomie de notre population, d’« extraordinaire » ce patchwork qui transfigure la beauté des Réunionnais. Une rencontre troublante d’un artiste avec un peuple, d’une île avec le monde.

Stéphanie Longeras

L’exposition de Rachid Khimoune est visible jusqu’au 23 juin à l’Hotel de Ville de Saint-Denis, entrée libre du mardi au samedi de 9 à 17 heures. A côté de ses statuettes, on pourra retrouver leurs peintures ainsi que son travail sur les tortues et’un échantillon de son bestiaire, fatras d’objets, peuple d’animaux réels ou inventés, fruit de son imaginaire.


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