Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
31 mai 2023, par

Le 18 mars 1962, les accords d’Evian mettent fin à la guerre d’Algérie (1954-1962) qui aura occasionné des centaines milliers de morts. Une date, entre autres, est à retenir, celle du 13 mai 1958 et tournant du conflit. Ce jour-là, un comité composé de colons, d’activistes et d’officiers factieux, appelle à la rébellion contre la République et pour la poursuite de la guerre.
Ils soupçonnent le gouvernement de vouloir négocier avec le FLN (Front de Libération Nationale). Des émeutes ont lieu, le bâtiment du gouvernement général à Alger est pris d’assaut.
Pour protester contre ce push, des manifestations ont lieu dans l’Hexagone mais également à la Réunion à l’initiative du Comité de Défense des Libertés Républicaines fondé et présidé par Dutremblay Agénor, originaire de Saint-André, figure marquante du syndicalisme enseignant et du communisme réunionnais, adhérent à la section réunionnaise du PCF dès sa création en 1947, par le Dr Raymond Vergès et à laquelle, faut-il le rappeler, suivront trois décennies marquées par une répression sans limites envers les communistes.
Les autorités complices
Le jeudi 29 mai 1958 -il y a cette année 65 ans- à l’appel du Comité un meeting est tenu par Dutremblay Agénor et Paul Vergès à la Cour Lucas (Espace situé à proximité du carrefour des Rues Voltaire et Gl de Gaulle- autrefois Rue Dauphine) aux abords de laquelle viennent se poster massivement des CRS et gendarmes, mais également un groupe de contre-manifestants insultant les deux orateurs pendant toute la durée de leurs interventions.
Après la réunion, les participants rentrant chez eux sont chargés par les forces de l’ordre. Les coups de crosse et de matraques pleuvent. L’un d’entre eux, François Coupou, est sauvagement frappé à la tête et s’écroule.
Transporté à l’hôpital, il décèdera le lendemain vendredi en début de soirée. Bien entendu, aucune justice ne lui sera rendue, les « Autorités » ayant conclu que François Coupou est décédé d’une « crise cardiaque » !! Le préfet de l’époque n’étant autre que Jean Perreau Pradier, en poste à La Réunion depuis 12 juin 1956, missionné pour détruire les communistes, après la retentissante victoire de Paul Vergès et Raymond Mondon aux législatives du 2 janvier de la même année. François Coupou avait 63 ans et était père de 7 enfants.
Un modeste citoyen
Originaire de Sainte-Anne (Saint-Benoit) François Coupou avait travaillé pendant plusieurs années à Saint-André, chez les gros propriétaires de vanille- en tant que préparateur - avant d’aller s’installer à Saint-Denis avec sa famille, où il exercera comme colon, puis garçon de bureau, ou encore bazardier.
Il résidait dans le secteur de la Cour Lucas et avait l’habitude, écrit Eugène Rousse, de s’y rendre pour s’informer, écouter les orateurs communistes ou ceux de l’ancien CRADS du Dr Vergès. François Coupou avait- au cours de la période passée à Saint-André, reçu l’aide du Dr Vergès, et avait gardé une grande fidélité à son mouvement. Il le paiera de sa vie.
François Coupou est inhumé le dimanche suivant 1er juin. Un vibrant hommage lui est rendu par Agénor Dutremblay, le président du Comité , devant une foule qui aura du mal à contenir son émotion , au cimetière de Saint-André. Le même où huit années plus tard sera inhumé Edouard Savigny, lui aussi victime de violences néo-coloniales, lors des élections locales partielles du 1O décembre 1967 auxquelles Paul Vergès était candidat.
Paul Dennemont
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