Les Harkis brisent le silence

24 octobre 2006

Considérés comme traîtres en Algérie, traités en parias en France, ils furent environ 90.000 à débarquer dans le Sud de la France après les accords d’Evian. Qui étaient les harkis ? Des vaincus de l’Histoire, des histoires au cas par cas : certains parlent de traîtrise, d’autres de choix orientés, de convictions... Ils sont restés longtemps silencieux. Ceux qui parlent aujourd’hui racontent comment la France s’est défaussée après la guerre, en les enfermant dans des camps.

« Tout était fait pour que nous n’ayons aucun contact avec la population locale et nous n’avons pu ni apprendre le français correctement, ni avoir une scolarité normale. L’un des camps, celui de Bias, près de Villeneuve-sur-Lot, entouré de barbelés, était un ancien camp militaire où chaque famille disposait de baraque d’une ou deux pièces. Il était administré par des pieds-noirs, dont les enfants allaient, eux, à l’école du village, alors que nous fréquentions l’école du camp dont les élèves étaient destinés, au mieux, à faire un BEP. Les agriculteurs du coin avaient repéré un vivier de main d’œuvre bon marché qu’ils venaient chercher et payaient à très bas prix, toujours au noir, sans aucune assurance ». Ainsi s’exprime un fils de harki, né en France en 1964, dans “Les Voix du silence”*. C’était l’année qui a suivi la révolte des enfants des harkis, dans la prise de conscience que leurs parents avaient été trompés et qu’ils étaient eux-mêmes victimes d’injustices.
Mon père, ce harki, est le récit d’une journaliste, Dalila Kerchouche, co-auteur du scénario du film réalisé par Alain Tasma (1). Elle vient de faire paraître un deuxième livre “Leïla, avoir 17 ans dans un camp de harkis” (Seuil, 2006).

« La souffrance des harkis est une plaie béante »,
a-t-elle déclaré à un site africain (afrik.com) à la sortie de cette fiction, dont elle attend une prise de conscience proche de celle qu’a provoquée le film “Les Indigènes”.
Depuis 2001, le 25 septembre est devenu Journée nationale d’hommage aux harkis. Aujourd’hui, le gouvernement français reconnaît leur sacrifice : enrôlés comme supplétifs musulmans dans et aux côtés de l’armée française, abandonnés après la guerre, des milliers d’entre eux ont été désarmés et massacrés à l’Indépendance. Les autres ont quitté l’Algérie. Il a fallu attendre 40 ans pour qu’un gouvernement de France reconnaisse qu’ils ont été parqués dans de véritables ghettos.
N’ont-ils eu que ce qu’ils méritaient ? Dans une guerre, les positions sont tranchées. Irrémédiablement. Mais 40 ans après ? Dalila Kerchouche rejette la haine pour appeler à la réconciliation. « Le fait de s’être battu du côté français est un choix honorable. Dans beaucoup de familles algériennes, il y avait un fils harki et un fils FLN. Quelquefois, c’était le conseil du village qui décidait de qui s’engageait dans un camp ou dans l’autre... », évoque-t-elle. On pouvait devenir harki pour des raisons liées à un lieu de naissance et de vie, pour des motifs liés à de vieilles querelles de village, pour assouvir une vengeance... etc., ou pour toutes sortes de raisons ayant trait au poids de 130 ans de présence française en Algérie.

P. David

* Une émission d’Arnaud Spire sur les Harkis, diffusée par France Culture le 5 septembre 1992 et citée par Gilles Manceron et Hassan Remaoun dans D’une rive à l’autre - La guerre d’Algérie de la mémoire à l’histoire (Syros, 1993).
(1) Réalisateur, il s’était auparavant frotté au 17 octobre 1961 de sinistre mémoire, dans “Nuit noire”.


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Messages

  • bonjour...je suis toujours en quete d’informations sur les motifs qui ont poussé des algeriens harkis a choisir un camp belliqueux a l’encontre de toute la population algerienne ??


Témoignages - 82e année


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