La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Nout mémwar
5 juillet 2013

Dans cette chronique ’Nout mémwar’, voici la suite du 5ème chapitre (’Le négrillon’) du texte de Louis-Timagène Houat paru quatre ans avant l’abolition de l’esclavage à La Réunion sous le titre ’Les Marrons’, au sujet des esclaves et des traitements imposés aux marrons dans les colonies françaises. L’auteur raconte comment un groupe d’esclaves marrons malgaches quitte « l’habitation coloniale » réunionnaise « au pied des Salazes » pour se réfugier dans les Hauts. L’un d’eux, ’le Câpre’, laisse ses camarades dans « un établissement », échappe à des chiens de chasseurs de marrons puis rencontre dans une grotte « une jeune femme blanche (Marie) tenant dans ses bras un enfant mulâtre » et il est rejoint par « un grand jeune nègre » (Frême), qui leur raconte comment il est arrivé dans un camp d’esclaves à l’île Bourbon « sur la rive gauche de la rivière, au pied de la colline, à Saint-Denis »...
C’est le camp des noirs de l’État, espèce de village à part où l’on dépose et où demeurent tous ceux qui, tels que Frême, proviennent des captures de traite ; et, c’est une justice à rendre, ils sont, ces noirs, aussi bien logés que nourris et vêtus. On ne les tue, ceux-là, ni de coups ni de travail. Les traitant au contraire avec une certaine sollicitude, on leur fait apprendre des métiers, on les emploie à des travaux d’utilité publique, et l’empire d’un bon régime fait qu’ils ont tous l’air plus dégagé, plus intelligent et beaucoup mieux que les autres esclaves.
Frême, qui était donc de cet élite, s’appelait Coudjoupa dans son pays, ce qui veut dire lion ou panthère. En l’immatriculant dans l’Atelier colonial, l’État changea ce nom baroque pour les blancs en celui de Frême ; et, comme il n’avait alors que six ans au plus, le directeur des noirs, qui s’appelait Bolvin et qui habitait la jolie maisonnette dont nous venons de parler, le prit chez lui et le donna à ses enfants pour les distraire et les amuser.
Le petit nègre avait un air avenant comme une humeur charmante ; et, avec l’instinct imitateur et gai, il n’eut pas de peine à se tirer d’affaire, et à s’acquitter de son emploi à la satisfaction générale. Il badinait, il faisait mille folies, moins par devoir que par caractère ; et les enfants du directeur, qui se composaient de deux petits garçons et d’une petite fille, s’en trouvaient au comble de la joie et riaient bien souvent à perdre haleine. Tantôt il contrefaisait la poule, le chien ou le chat, d’autres fois c’était l’éléphant ou le bœuf qu’il singeait, et alors il se mettait à quatre pattes et marchait ainsi, en criant par intervalle et de sa plus grosse voix : moom, moom ! Si bien qu’il devint le favori, le joujou indispensable. On ne pouvait plus se passer de Frême.
(à suivre)
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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