Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Nout mémwar
18 octobre 2013

Dans cette chronique ’Nout mémwar’, voici la suite du 9e chapitre (’L’embuscade’) du texte de Louis-Timagène Houat paru quatre ans avant l’abolition de l’esclavage à La Réunion sous le titre ’Les Marrons’, au sujet des esclaves et des traitements imposés aux marrons dans les colonies françaises. L’auteur raconte comment un membre d’un groupe d’esclaves marrons, ’le Câpre’, échappe aux chiens des chasseurs de marrons puis rencontre dans une grotte un jeune couple de marrons, « une jeune femme blanche (Marie) tenant dans ses bras un enfant mulâtre » et « un grand jeune nègre » (Frême) ; ce couple avait suivi un vieil esclave qui décède d’un tétanos et ’le Câpre’ leur dit qu’il doit rejoindre son grand-père...
— Est-ce loin d’ici ?
— Vers deux lieues, près du Piton des N eiges.
— C’est encore assez loin. Et comment se nomme votre grand-père ?
- Jean, répondit le Câpre, je ne le connais pas autrement.
À ce nom, Frême et Marie tressaillirent ; car leur bon vieillard s’appelait aussi Jean. Toutefois, dans la crainte d’éveiller quelque inquiétude chez le Câpre, qui ne connaissait guère son aïeul, ils s’abstinrent de lui en communiquer la remarque, comme ils ne firent aussi que plus d’instances pour l’engager à rester avec eux, sinon toujours, du moins jusqu’au lendemain. Mais il parut si décidé, et témoigna tant d’envie de reprendre sa route, qu’il fut impossible de le retenir davantage.
La bonne Marie lui adressa ses souhaits, Frême lui fit passer le pont du vieux nègre, et voulut l’accompagner jusque sur l’autre versant du morne. Dans un ravin profond et boisé, non loin de là, venaient de se poster deux hommes basanés, misérablement vêtus, mais armés jusqu’aux dents, sans compter trois ou quatre dogues qui se tenaient près d’eux en manière d’avant-garde.
— Les as-tu bien vus ? dit tout bas à son compagnon l’un de ces hommes qui s’étaient tous deux tapis dans la broussaille et lorgnaient d’un regard de chat-tigre le creux sillon du ravin.
— Pardi ? répondit l’autre, j’étais niché sur le grand palmiste ; et je crois que de là on pouvait bien pointer les gibiers, pas avec la carabine, bien entendu. Ils ont gagné le mamelon qui donne sur cette pente ; il n’y a pas de doute qu’ils descendent maintenant...
— En ce cas, ils sont à nous, reprit le premier, car, à moins de faire la dégringolade comme celui de ce matin, ils n’ont pas d’autre escalier qu’ici... Mais chut ! J’ai comme entendu quelque chose ! Tiens bien les chiens !...
(à suivre)
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