Docu-fiction

“Les mémoires de la mer”

22 juin 2006

L’océan a-t-il avalé à jamais la mémoire des humains qui y ont fait naufrage ? La Confrérie des Gens de la Mer s’efforce depuis 10 ans de ramener à la surface les éléments de notre patrimoine maritime engloutis. “Les mémoires de la mer”, un docu-fiction de 52 minutes co-produit à La Réunion, est un appel au débat culturel et identitaire.

Il y aurait autour de notre île 150 à 200 épaves de navires de tous genres et de toutes les voilures qui ont accompagné le peuplement de l’île : elles sont les seules traces des drames humains qui se sont joués sur l’océan aux abords de nos rivages pendant près de 3 siècles.
Une association, la Confrérie des Gens de la Mer, se bat depuis une dizaine d’années pour faire connaître et respecter ce patrimoine maritime. C’est ce qui a donné l’idée à la productrice Myrose Hoareau, d’un court film qui raconterait un parcours individuel inscrit dans cette Histoire collective méconnue. Un très large partenariat, soutenu par l’ADCAM et la Région, le Département, le Ministère de l’Outre-mer, le CNC, Canal Réunion, France 3 Ouest et le réseau France O, a permis de mener à bien le projet.
"Les mémoires de la mer", présenté en avant-première mardi soir à Saint-Denis, a été réalisé sur cette idée originale par Bernard Crutzen avec le concours d’Olivier Fontaine, un jeune historien spécialisé dans les recherches sur les Mouvements maritimes.

Un personnage, Guy Auber, se découvre des origines réunionnaises en apprenant qu’un de ses arrières arrière grands-pères a fait souche en Bretagne après avoir quitté cette île de l’océan Indien. Il se rend à La Réunion et, là, va de surprise en découverte. Il rencontre la Confrérie des Gens de la Mer et apprend que sa famille a été présente dans l’île entre le 17ème et le 19ème siècle, et que le premier Auber est arrivé ici en 1689 sur le Saint-Jean-Baptiste, un navire qui s’est écrasé 1 mois après son arrivée pendant un cyclone, entre l’embouchure de la Rivière des Galets et l’étang de Saint-Paul. Il découvre aussi, avec la réalité du peuplement de l’île, son propre métissage.
Sur une trame fictive, les réalisateurs ont écrit un documentaire appuyé sur des faits historiques. Le résultat est très intéressant, vivant, plein de mille questions auxquelles les réalisateurs ne cherchent pas forcément à répondre.
Certains objecteront sans doute que le récit est plus centré sur la quête de l’épave du Saint-Jean-Baptiste que sur le brassage humain constitutif de La Réunion. Dans les faits, les 2 histoires sont très imbriquées - c’est ce que tend à montrer le documentaire - et le propos principal reste la mise au jour des épaves enfouies, à partir desquelles il faut tenter d’écrire quelques pages manquantes d’une Histoire trop souvent marquée du sceau du silence et de l’effacement.
Vu de La Réunion, l’océan n’est pas ce “Grand Bleu” montré par Luc Besson, mais le “grand blanc” (sans mauvais jeu de mot) d’une mémoire oblitérée. Et il faudra encore bien des recherches et des documentaires pour faire dire à l’océan ce qu’il a englouti de notre histoire de l’esclavage.
Demain, “L’île a une histoire maritime de 3 siècles”, interview d’Olivier Fontaine, historien.

P. David


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus