13 août :Ouverture de la Maison des Projets dans l’ancienne usine de Quartier-Français à Sainte-Suzanne

Les usines : âmes culturelles et identitaires de La Réunion

12 août 2025, par Bernard Batou

’ancienne usine sucrière de Quartier-Français fut pendant plus d’un siècle le poumon économique, social et humain de la Réunion. Fondée aux XIXe siècle, dans le sillage du développement de la canne à sucre à La Réunion, elle a accompagné la naissance de l’industrie sucrière moderne et structuré le quotidien des centaines d’habitants.
Fermée en 1982, cette usine fut aussi le témoin de grandes luttes sociales.
Ce mercredi 13 août de 9h à 17 heures dans la cour de l’ancienne usine, la Cinor présentera le grand projet de construction d’un Centre Culturel à Quartier-Français ainsi que les projets de Pôle Social et Baobab. L’occasion pour le public de découvrir l’histoire de cette usine à travers une exposition. Des ateliers seront également proposés aux visiteurs.
Ces différents projets permettent à Quartier-Français de retrouver son âme historique, économique et culturelle.

Au-delà de leur fonction économique, les usines sucrières de La Réunion ont profondément marqué l’imaginaire, la culture et l’identité réunionnaise. Elles ne sont pas seulement des lieux de production industrielle : elles sont des symboles de mémoire, de résistance, de solidarité et de fierté populaire.

Un monde à part, une culture à part

La vie autour de l’usine était structurée comme un véritable univers : les “cités usines”, les quartiers ouvriers, les cantines, les écoles, les bals du samedi soir… Tout un mode de vie s’est formé autour de ces lieux. Les enfants grandissaient dans l’ombre des cheminées, avec pour horizon le rythme de la campagne sucrière.

Cette culture ouvrière a forgé un langage commun, des habitudes, des gestes, des histoires racontées le soir, des solidarités familiales et de quartier.

Le maloya et les mémoires populaires

Le maloya, chant de révolte, de deuil et d’espoir, a souvent été chanté par les ouvriers et ouvrières des usines, en particulier pendant les veillées ou après les journées de travail. Ce chant devenu patrimoine mondial de l’UNESCO est profondément lié à la mémoire de l’usine et des conditions de vie difficiles.

Les rythmes du rouleur et du kayanm résonnaient dans les cours, exprimant la douleur, la colère, mais aussi la joie d’être ensemble. Le maloya a ainsi gardé vivante l’âme de ces lieux.

Une mémoire ouvrière forte

Même après leur fermeture, les anciennes usines continuent de vivre dans les souvenirs des familles. Des grands-parents racontent “l’usine Bois-Rouge”, “Stella”, “Savannah”, “Quartier-Français”, “Le Gol” comme d’autres parleraient d’une maison natale. Ce sont des lieux où l’on a souffert, mais aussi où l’on s’est construit.
La mémoire de ces lieux est aujourd’hui transmise à travers les récits oraux, les archives, les chansons, les expositions, et les initiatives patrimoniales.

Un patrimoine à valoriser

Reconnaître les usines comme patrimoine culturel signifie aussi reconnaître les luttes, les douleurs, les savoir-faire et la dignité de ceux qui y ont travaillé. Certaines usines sont aujourd’hui classées, d’autres deviennent musées, lieux de visite, ou sites culturels.

Elles doivent être préservées comme des repères identitaires majeurs, au même titre que les temples, les églises ou les cases créoles.

Un socle pour l’avenir

Dans une île en mutation, marquée par la modernité et la mondialisation, les usines rappellent l’histoire d’un peuple travailleur, digne, solidaire. A Sainte-Suzanne à travers le grand projet de création d’un centre culturel sur les friches de l’ancienne usine de Quartier-Français, la ville honore sa mémoire, sa culture populaire, et transmet aux nouvelles générations l’esprit de résistance, de courage et d’identité qui anime encore les cœurs.

Bernard Batou

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