Entre Grand mariage et choléra

Les vacances d’été et les ’je viens’

1er septembre 2007

La fièvre habituelle qui embrase l’île de Ngazidja en cette période a dépassé tous les pronostics cette année. Il faut bien plus que le choléra, une pénurie d’eau, d’électricité, de riz ou de ciment pour décourager les mariages coutumiers.

Rêve accompli pour ce "je viens".
(Photo MA)

De notre correspondant permanent

La plupart de Comoriens qui émigrent en Europe ont pour principale motivation d’amasser pièce après pièce la coquette somme de 20.000 à 30.000 euros nécessaires à la célébration du grand mariage coutumier au village. Il s’agit principalement de danses publiques, de gros festins collectifs et d’échanges publics de cadeaux de très grandes valeurs, notamment de l’or.
Le mois d’août qui correspond aux vacances d’été dans l’hémisphère nord, est la période habituelle pour ces Comoriens "d’Outre-mer" de réaliser leur rêve en s’acquittant de cette dette sociale.
Ces dernières années, cette période de vacances est systématiquement consacrée aux mariages si bien que tous les week-ends étant réservés dans chaque localité, on assiste à des célébrations les lundis, mardis.
Abdou Mbama, Chef de village dans le Nord de l’île est obligé d’arbitrer le calendrier des mariages entre les familles : « Avant, c’était facile car nous laissions le mois d’août aux "je viens"(1). Il s’avère maintenant que les "je reste" convoitent cette période car chacun tient à ce que sa famille vivant en France soit présente » ; difficile de faire autrement puisque ce sont les "je viens" qui doivent payer la note.
Le résultat est que même en étalant de la mi-juin à fin août, on arrive plus à caser tout le monde et cela à faire dire à une vielle dame « ... finalement août c’est combien de mois ? »

Festin et santé publique

Cette année pourtant tout a mal commencé. Une pénurie de ciment a retardé et bloqué pour certains la finition de la maison nuptiale, quoique habituellement, l’une des scènes standards d’un grand mariage, c’est de voir d’un coté ceux qui mélangent le ciment pour terminer la maison, et de l’autre, ceux qui mélangent la farine pour préparer les gâteaux. Les longues coupures d’eau dans la capitale et les fréquents délestages de l’électricité hors du périmètre urbain n’ont en rien découragé les résidents de la douce France. Pourtant ces deux phénomènes ont entraîné une grave épidémie de choléra qui a contaminé des centaines de personnes et en a tué une vingtaine.
Face à ce problème aigu de santé publique, les autorités ont convoqué une importante assise à la Grande Mosquée de Moroni. Le Gouvernement de l’union et celui de l’île autonome de Ngazidja ont sollicité des responsables religieux et des notables présents, la suspension de tous les festins publics. Conscients du danger mais soucieux de ne pas gâcher l’élastique mois d’août, de nombreux villages ont pris la décision de distribuer de l’argent à la place des repas nuptiaux.
Avec la fin des vacances, le choléra perd de sa vitalité puisque le pavillon aménagé à l’hôpital El Maarouf enregistre de moins en mois de cas... A moins qu’il n’ait pris l’avion en "clandestin".

A. Mohamed

(1) Résident en Europe.


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