La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
31 mars 2007

Cette pièce de théâtre a été donnée jeudi soir au Petit Théâtre de Saint-Denis dans le cadre des Théâtrales. Elle est l’oeuvre d’Alain-Kamal Martial, un auteur contemporain originaire des Comores. Elle constitue une nouvelle réussite de ce festival.
Un chef d’État est mort. Le problème c’est qu’il est passé dans l’autre monde dans les bras d’une prostituée. Il en était fou amoureux.
Autour de ce premier tabou qui tombe, l’adultère d’un homme d’État, une succession d’autres faits se révèlent, dans le même ordre de remise en cause des apparences. La prostituée et la femme se rencontrent. La première apprend que son client est mort. Elle ne s’en préoccupe guère. En revanche, elle souhaite avidement obtenir les promesses que ce dernier lui a faites. Elle se bat notamment pour faire d’une des propriétés du haut politicien son bien. La femme, elle, est également moins gênée par la mort de son mari que de la fuite éventuelle des conditions dans lesquelles celle-ci s’est produite. La femme ne cesse d’invectiver sa rivale par les mots de "pute" ou autres amabilités. Puis, lorsqu’elle entend récupérer le corps de son chef d’État, elle découvre qu’il n’y a rien dans le cercueil. Le rite funéraire est donc moqué et pourquoi pas si les deux femmes ne respectent pas leur homme en tant que tel ?
La mère, thème récurrent dans l’oeuvre d’Alain-Kamal Martial, tient incontestablement le haut du pavé. Pour faire place face à sa belle-fille, elle l’accuse de ne pas être une femme du fait qu’elle n’a jamais enfanté. A ses yeux, elle est inutile. Quant à la prostituée, elle n’est bonne qu’à faire son métier. Les propos et les attitudes qu’elle a pour la défense de son fils tiennent de l’inceste. C’est un autre tabou de nos sociétés sur lequel revient l’auteur. Cette passion est destructrice non seulement pour la personne qui la subit mais aussi pour celle qui en la destinataire. La pièce se ressent de ce déferlement de sentiments dans la tenue des propos, d’une extrême rudesse. Tout est vu sans filtre. Or, tous les comédiens portent des masques, sauf un, le fils ou le mari, c’est selon. La raison ? Pour porter un masque, il faut être vivant.
Le chef d’État ressuscite alors un instant, sans masque. Lorsque la mère voit son fils s’affaiblir à nouveau, elle lui lance des formules pour le tenir en vie. Elle possède une énergie de vie considérable et c’est un autre thème fort de l’oeuvre d’Alain-Kamal Martial. Au cours de cet éveil, elle espère le retrouver. Malheureusement, le chef d’Etat ne désire que sa prostituée... Devant le spectacle de son fils torturé par le désir pour une "pute", la mère éructe de rage et lui rappelle que s’il est là, c’est avant tout parce qu’il est sorti de ses entrailles. Et elle dégueule sa rage sur la maternité, à la façon d’un Lautréamont.
Une prestation à saluer
C’est une vraie performance que celle réalisée par cette troupe. En effet, les personnes viennent des Comores, de la République Démocratique du Congo ou encore du Mozambique. Leur spectacle est entièrement donné dans une langue étrangère à la leur. En outre, lors du spectacle, des extraits sont passés en lingala (langue bantou), en ronga (mozambique), en portugais et en comorien. A un moment, les acteurs effectuent même un clin d’oeil au public en enlevant le masque et en parlant dans leur langue, que nous ne comprenons pas ! Selon le metteur en scène, un tel moment a été inséré afin de montrer que les comédiens africains sont bien meilleurs que ce que certains veulent en dire, dans les milieux culturels, en métropole.
Une autre remarque de forme : jouer avec des masques requiert du mouvement. Qui dit mouvement, dit espace. Or, la troupe ne dispose que d’une scène de sept mètres sur huit. Malgré ces contingences, leur manque de place ne se remarque pas puisque les artistes sont toujours en train de virevolter.
Une des forces de l’auteur réside dans le mélange culturel qu’il nous présente. Lors de l’enterrement du chef d’Etat, telle partie souhaite qu’il y ait un requiem et l’autre veut des versets coraniques, selon son origine. La dernière proposition débouche sur un requiem avec des versets coraniques ! De même, les masques constituent une thématique qui tient à coeur Alain-Kamal Martial. En effet, il souhaiterait, dans un futur proche, que l’on exploite plus, au Mozambique, la tradition millénaire des masques Mapiko pour les utiliser comme la Commédia dell’Arte ou le théâtre Nô au Japon. Il montre également l’irruption de la modernité dans les sociétés dites traditionnelles en faisant porter le masque à une femme jeune alors qu’une telle pratique n’avait pas lieu, auparavant, au Mozambique. Seuls les hommes avaient le privilège de revêtir un tel cache. Quant aux autres habits, l’oncle est habillé comme on l’est, de façon traditionnelle, dans la région du Mapiko, au Mozambique.
Enfin, autant le dire, la dernière qualité de cette pièce réside dans l’amoncellement de questions qu’elle suscite. A évoquer des tabous, l’auteur vient sur des territoires bien souvent laissés en friche par l’esprit. Parfois, il frappe particulièrement juste. Nous ne citerons que deux exemples. Le premier est une question : "Quel frère connaît sa soeur ?" Le second réside dans l’opposition entre la force du lien filial (l’irrationnel) et la morale (ce qui doit être) lorsque l’oncle demande à sa soeur d’enterrer son fils et donc, de faire le deuil. Au sujet de ce bouillonnement d’interrogations, le metteur en scène répond, de façon globale : "Une femme m’a dit l’autre jour qu’elle n’avait compris la pièce que le lendemain". Le lecteur qui se rendra à l’unique autre représentation donnée par la troupe, au théâtre Luc Donat, ce soir, au Tampon, pourra s’en rendre compte par lui-même.
Matthieu Damian
Une troupe en tournée en Afrique orientale
Par la suite, la troupe d’Alain-Kamal Martial se rend au Malawi, en Zambie, au Swaziland, au Botswana, avant de finir au Mozambique, dans la capitale, Maputo. On rappellera au public réunionnais que l’auteur de Les veuves a également fait partie du collectif d’écrivains qui a rédigé L’improbable vérité du monde, l’excellente pièce présentée l’année dernière au Théâtre du Grand-Marché. Le travail et le talent paient puisque Alain-Kamal Martial a été invité au festival d’Avignon cette année pour présenter une pièce récente : Epilogue d’une trottoire.
M. D.
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Messages
17 avril 2007, 13:34, par Marie-Christine Rauner
L´oeuvre d´Alain-Kamal Martial est-elle éditée et chez quel éditeur ?