Obsèques de Pierre Thiébault : un départ en chantant
4 juin, parNos peines
Stèles de Fort-Dauphin
8 janvier 2005

Le 16 décembre dernier, étaient inaugurés à Fort Dauphin un jardin endémique et deux stèles, symboles du “lien de roc” qui unit La Réunion à la Grande Île (voir “Témoignages” du 6 janvier 2005). À cette occasion, Fernand Payet, sous-directeur de la Maison de la Montagne, a lu son poème “Les Yeux de Louise”, en hommage à l’une des trois premières Réunionnaises.
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Passionné par son île et l’Histoire de son pays, Fernand Payet, le sous-directeur de la Maison de la Montagne, ne se contente pas de dévoiler les richesses cachées de La Réunion. Amoureux des belles lettres, il écrit également des poèmes sur notre île. Un talent sur lequel il tient à rester discret.
Au cours de la cérémonie d’inauguration des stèles et du jardin endémique de Fort-Dauphin qui s’est tenue le 16 décembre à Madagascar, nous avons pu découvrir l’une de ses œuvres que nous vous proposons ici.
C’est toute une histoire qui se cache derrière “Les Yeux de Louise”...
Invité à une soirée où il rencontre le chanteur de “Ton lamba blanc”, Henri Ratsimbazafy, Fernand Payet en profite pour lire un de ses textes. Son ami, Sudel Fuma, l’un des coordinateurs du projet des stèles, est alors agréablement surpris.
Le lendemain matin, il vient trouver Fernand Payet et lui demande d’écrire "un petit quelque chose" pour la cérémonie d’inauguration qui devait avoir lieu quelques heures plus tard. L’homme reconnaît bien là l’humour de son vieux camarade. Il relève le défi.
"C’est un challenge que je me suis donné. Heureusement, j’avais déjà quelques données historiques." Il part donc, comme prévu, prospecter dans les environs de Fort-Dauphin. C’est à bord de son petit bateau que l’homme écrit “Les Yeux de Louise”, en hommage à Louise Siarane, l’une des trois femmes malgaches venues s’installer dans l’île en 1663.
Sur la lagune de Fort-Dauphin, Fernand Payet se rappelle... Il se replonge dans l’Histoire. Il repense à celle dont il se sent "l’arrière-petit-fils", aux conditions dans lesquelles nos ancêtres malgaches ont quitté la Grande Île.
Comment ? Pourquoi ont-ils abandonné ce coin de paradis ? L’auteur se laisse envahir par ses émotions et écrit en un tour de main ce poème qu’il intitulera “Les Yeux de Louise”, en clin d’œil aux “Yeux d’Elsa” d’Aragon, un de ses poètes préférés.
Marie E.
“Les Yeux de Louise”
"Au Sud de l’île rouge,
Adossé entre nature sauvage,
Et le balcon du temps qui bouge,
Sous le regard lumineux de Louise, Fort-Dauphin se dévisage.
Là, face à la mer,
Embarqué dans la galère de mes pensées,
Sur un fond de “lanitia manga” je décrypte l’univers.
Envie de partir, de découvrir, je m’accroche au fil de mon passé.
Porté par l’émotion de l’Histoire d’antan,
Je me roule dans le vent pour remonter le temps.
Une seule obsession me guide et m’envahit l’esprit :
Comment et pourquoi ces hommes ont-ils quitté ce beau pays ?
Aventure, richesse, espoir étaient-ils vraiment avides ?
Souhaitaient-ils véritablement partir pour faire le vide ?
Pau, Payen, les tuteurs de mes ancêtres,
Pourquoi délibérément avoir embarqué Hoareau, Grondin et Payet ?
Cap sur “l’Indian Océan”,
Était-ce l’ordre ou la consigne du moment ?
Chahutés par la houle de l’Histoire,
La terre promise de Bourbon, leur nouveau territoire.
Petite montagne dans la mer,
Île déserte, tous débarqués là-bas, ils étaient semble-t-il fiers.
Ô Louise, toi notre mère à jamais gravée dans nos mémoires,
Là où tu te trouves, allongée dans le jardin de l’espoir,
Garde nous, à l’abri du temps pour toujours,
Au pied du berceau des peuples retrouvés, une vraie place pour l’Amour."
Nos peines
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