La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Rencontre avec Olivier Araste, leader du groupe Lindigo
29 mai 2006

Comme une tisane guérisseuse, les textes d’Olivier Araste nous mènent jusqu’aux pays fondateurs de notre civilisation créole. Lindigo est un groupe indissociable du monde musical réunionnais. A entendre, à voir, à réécouter, chez soi, sur les scènes locales, et pourquoi pas sur celles nationales et internationales.
Depuis 1999, Lindigo sévit sur notre île, avec une touche profondément malgache, une couleur de l’Océan Indien prononcée. Lindigo, c’est un appel à honorer nos ancêtres, ceux qui ont fait La Réunion. En portant l’oreille sur le message du groupe panonnais, il ne vous sera pas difficile de comprendre qu’il utilise le malgache comme langue privilégiée. "Dawar avan té zwé komsa" déclare Olivier Araste (23 ans), qui souhaite ramener l’ancestralité dans le maloya, sans misérabilisme, sans séparatisme, sans passéisme. "Nou sé in maloya pa pou dir nou lé mizèr, ou zorèy déor. Anou, nou fé in maloya la zoi, in maloya i retourn o sours" poursuit l’artiste, qui déclarait par ailleurs pour expliquer l’utilisation du malgache "lo promié larivaz sété bann malgas l’ariv La-Rénion, é mon maloya po moin sé in tradision fami. Moin lé né dann sèrviss malgas. Po moin, sak mi fé, sé in retour o sours, ousa n’i sort. Kan mi sant maloya, sé in lomaz avan-tou po bann zansèt. Mon bann granparan i sort Fort-Dauphin". Voilà pourquoi l’artiste a cherché à mettre en avant ses origines. Son premier CD sorti en 2004, "Misoatra Mama" (merci maman), témoigne de cette volonté à mettre en valeur notre histoire, notre quotidien, notre culture, notre langue aussi.
Enfant du maloya
Cette année, le groupe Lindigo, qui participait au tournage sur Firmin Viry, nous concocte cette année un autre CD pour les fils de la planète Maloya, 12 nouvelles compositions qui méritent d’être au-devant de la scène, connues par le grand public, les oreilles averties, les programmateurs, les institutions culturelles. "Zanatany", enfants de la terre en malgache, donne à voir les contrées de la Grande Île, les traditions qui persistent sur notre île, par un regard aguerri sur les pratiques originelles pourvoyant au sens même du maloya. Pour autant, l’œuvre d’Olivier Araste proclame la mixité des peuples, de toutes ses richesses. Son maloya brut, intègre, accueille harmonieusement l’accordéon sur une de ses compositions. Il faut savoir qu’Olivier Araste est un touche-à-tout, qui passe aussi bien des percussions à la guitare, à l’accordéon, à la batterie. Depuis l’âge de 9 ans, il joue dans diverses formations, l’orchestre Dalleau, El Diablo, Destin, Grinn Dofé, Paille en queue, Françoise Guimbert, entre autres. Les réunionnais ont rencontré son groupe sur toute l’île, et plus récemment au Kabardock dans le staff de Maloya All Star, et aux manifestations culturelles saint-leusiennes. Information inédite : Lindigo, au nom très "Jean-Albanien", rendant hommage au célèbre poète réunionnais, devrait reprendre pour une autre création de CD, un texte de l’auteur de "Bal Indigo", un maloya kalou. Deux grandes dates à retenir : vous retrouverez les 9 musiciens de Lindigo au Festival Sakifo. Ceux-là s’envoleront en décembre 2006, pour participer à Africolor, si les partenaires culturels daignent apporter leur aide au titre de la continuité territoriale. Ce groupe mériterait même de nous représenter sur les plus grandes scènes nationales, si elles ne sont internationales.
Engagé dans la reconnaissance de la culture réunionnaise
Olivier Araste aborde avec philosophie l’aide apporté aux artistes réunionnais. Pour lui, rien ne doit décevoir ceux qui nous ont délégué cette tradition musicale ancestrale. Même sur la terre battue, Lindigo chante. Peut-être doit-on dire qu’on peut les retrouver dans les Servis Malgas de La Réunion. Il tient à remercier tous ceux qui programment le maloya traditionnel, tâchant ainsi de préserver une tradition vive, revisitée jusqu’aux sources. L’artiste note cependant le manque d’attention aux jeunes artistes. "Mi voudré di : èd in pé pliss la mizik rénioné, rouv azot pliss dési la mizik lokal, é là mi koz po tout bann zartiss" déclare Olivier Araste. Récemment, il n’hésitait pas à boycotter la scène de la foire de Bras-Panon, notant que les têtes d’affiche raflaient toute la caisse, alors que les artistes de la localité devaient se contenter d’un maigre cachet, qui ne permet pas de payer les musiciens et faire la promotion du groupe. Heureusement que le Lindigo dispose de l’attention du Département, pour certains de ses projets. Nous espérons que les autres institutions culturelles feront preuve d’un aussi grand intérêt pour la jeunesse créatrice, la jeunesse artistique.
Babou B’Jalah
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