Océan Jeunesse : deux nouveaux albums pour les 6/9 ans

Lire avec plaisir

30 octobre 2007

On en redemande, et Océan Jeunesse est là pour nous servir. Avec “Un fil rouge pour le Père Noël” de Joëlle Ecormier, illustré par FloàFleur, et “Pourquoi c’est toujours moi qui ?” de Julia Billet, mis en images par Nana Margabim, celle qui s’impose comme l’incontournable maison d’édition jeunesse de la place nous gratifie d’un 5ème et 6ème albums, toujours de qualité. Des textes qui s’avalent avec gourmandise, des thèmes pertinents qui régalent petits et grands, des illustrations éclairées qui conjuguent la lecture au temps du plaisir, bref, une recette qui fonctionne. A consommer sans modération.

“Un fil rouge pour le Père Noël”

Revoilà Joëlle Ecormier, encore, et c’est tant mieux. On ne saurait se lasser de cette plume fertile qui, album après album, a su fidéliser enfants et parents, assurés de passer un agréable moment de partage autour du livre. Une plume qui trouve ici sa complicité dans l’encrier de l’illustratrice Floàfleur dont le trait tendre, simple et vrai trace les contours noirs sur fond blanc d’un Noël sous les Tropiques nous invite à suivre ce fil rouge, couleur des signes annonciateurs d’un Noël Flamboyant.

Noël à La Réunion : « aussi vrai et sincère que partout ailleurs ! »

C’est l’histoire du petit Edouard qui vient d’emménager à La Réunion et qui, décembre s’annonçant, craint d’être oublié par le Père Noël sur « cette île à l’envers du monde ». A l’envers, car ici, tous ses repères de Noël sont chamboulés : pas d’hiver enneigé, pas de marrons, pas de grand sapin vert...
Pas de Noël alors ? Impensable ! Edouard décide de dérouler un fil rouge pour guider le Père Noël jusqu’à lui. Un fil auquel il attachera les marqueurs de notre Noël à nous : une fleur de flamboyant, un letchis, un pétard... Et c’est là que l’on dit merci à Joëlle Ecormier. Merci, car en tant que parents, il est parfois difficile de faire entendre à nos enfants que d’avoir deux saisons plutôt que les quatre apprises en classe n’est pas un manque, une omission de la nature, mais une spécificité. Difficile de défendre un cycle des saisons décalé par rapport à la Métropole ; d’expliquer que notre hiver, même dépourvu de neige ou de grands froids, est un hiver ; que notre été sera chaud certes, mais aussi ponctué de pluies et de cyclones. Difficile de trouver une autre voix de passage pour le Père Noël que le conduit de la cheminée. Un Père Noël qui, contrairement au chant qui lui est dédié, entonné en boucle par nos bambins, n’aura pas besoin, avant de partir, de bien se couvrir, car dehors, il n’aura pas froid. Difficile de trouver justement des ouvrages pour enfants qui dépeignent un Noël plus proche de la réalité réunionnaise.
Cet album répond véritablement à un manque : c’est une ode à notre Noël, une façon de le réhabiliter, de permettre aux petits Réunionnais de s’approprier ce qui en fait l’originalité, de défendre sa différence. Comme le souligne Joëlle Ecormier : « A minuit, les pétards, héritage chinois, retentissent, et les feux d’artifice illuminent les cieux dans un grand “Joyeux Noël” aussi vrai et sincère que partout ailleurs ! ». Destiné à traverser la mer, cet album permettra aussi aux enfants de Métropole et d’ailleurs d’imaginer ce à quoi peut ressembler un Noël dans l’hémisphère Sud. Ils souriront à n’en pas douter de découvrir l’image d’un Père Noël d’un autre genre qui a troqué son gros manteau pour un débardeur, ses bottes pour une paire de savates deux-doigts, sa hotte pour un bertèl et qui assure ses livraisons de jouets à dos de baleine. L’illustratrice Floàfleur a été bien inspirée. Heureuse découverte pour le lecteur que le coup d’encre de cette dessinatrice qui signe là sa première illustration de livre comme son premier petit personnage masculin. Encouragement à récidiver.

“Pourquoi c’est toujours moi qui ?”

Passionnée d’écriture, Julia Billet ne tourne pas sa plume dans le vide, mais aime à interroger le sens, les sens, l’essence même de l’écriture. Elle questionne le lecteur comme son personnage Lison cherche des “parce que” à ses “pourquoi” auprès de son ami le ravenale. Un texte empreint de philosophie, riche, à l’image des illustrations de Nana Margabim dont la patte “bidouilleuse” coud, coupe, colle, crayonne, scanne, teinte le récit d’un grand éclat de vie, apporte un complément de voix aux mots. Collaboration réussie.

Les questions appellent les questions

Pourquoi c’est toujours moi qui doit aller me laver les mains la première ? Toujours moi qui débarrasse la table ? Qui doit m’asseoir à cette place-là ?... Chaque jour est empreint pour Lison de son lot de “pourquoi c’est toujours moi qui ?” Elle interroge son ami, son confident, le ravenale, cet arbre du voyageur, symbole de la source à laquelle l’on s’abreuve de cette eau qui nourrie le corps et l’esprit. Sage, avant de se prononcer, le ravenale préfère interroger à son tour l’oiseau, les nuages, la fourmi, pour savoir ce qu’ils répondraient, eux, à la petite fille. En somme, il interroge la vie, tout comme Lison. Aura-t-elle une réponse ? Y’en a-t-il au moins une pour chaque question ? Confrontés à cette avalanche d’interrogations de tout acabit, les parents ont parfois bien du mal à assouvir la curiosité de leurs enfants. Comme le ravenale, il leur faut parfois le temps de la réflexion, sans pour autant être assurés de trouver une réponse, des réponses. Et ce n’est pas si grave au fond de ne pas en avoir pour tout. Ce récit met surtout l’accent sur la démarche de questionner, qui, chez l’enfant, comme chez l’adulte d’ailleurs, est le marqueur de la construction d’un esprit critique. S’interroger, c’est penser, réfléchir, rêver, imaginer, grandir, vivre ; c’est avancer sur le passionnant chemin de la philosophie, à la recherche du sens. Un chemin semé de “ ?”, de “ !” (de “ ” parfois aussi), signes de ponctuation omniprésents dans les illustrations de Nana Margabim, d’une créativité et originalité tel que chaque page est une surprise, une découverte, un récit d’images qui accompagne celui des mots. Un style vivant qui nous interroge lui aussi. C’est bon signe. Que répondre au talent ? On peut juste conseiller de se procurer cet album, d’apprécier, de lire, car finalement, plus que de répondre à nos questions, les écrivains comme Julia Billet, en enfantent de nouvelles. C’est un peu ça aussi la magie de l’écriture, la beauté du livre.

Stéphanie Longeras


Signaler un contenu

Un message, un commentaire ?


Témoignages - 82e année


+ Lus