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A l’IUFM : Rencontres autour du livre et de la lecture
21 novembre 2007

L’IUFM organisait lundi 19 une opération “Lire en Fête” décalée par rapport aux manifestations officielles, pour rester plus proche du calendrier étudiant. C’était une première édition à l’IUFM, qui a cherché à sensibiliser les futurs professeurs des écoles à la question : Comment donner le goût de lire ?
Les organisatrices de cette journée du livre à la médiathèque de l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres (IUFM) auront tout loisir de revenir, après cette première édition, sur les questions d’organisation et de choix d’une date appropriée. La journée du 19 s’est organisée autour d’une présentation de livres par des éditeurs et d’actions pour la diffusion de la lecture par les Centres Académiques de Lecture et Ecriture (CALE) de La Réunion, à la médiathèque de l’Institut de Bellepierre ; puis par des rencontres-conférences dans l’amphithéâtre avec des formatrices et formateurs impliqués dans la promotion de l’écrit à différents niveaux, que ce soit dans/autour de l’institution scolaire ou dans l’édition. Les rencontres de l’après-midi ont été retransmises à l’Université du Tampon par visio-conférence, mais n’ont pas davantage trouvé leur public dans le Sud.
« Des idées pour lire la poésie »
Pourtant, la question est centrale pour un Institut qui prépare des jeunes, hommes et femmes, au contact avec les enfants. “Comment leur donner le goût de lire ?” C’était le thème développé par Liliane Pelletier, coordinatrice du réseau des Centres académiques de lecture-écriture, au nombre de quatre dans l’île. Ce sont des centres de lecture pour l’accueil d’élèves en difficulté - des petites classes jusqu’au lycée professionnel - qui, dans le cadre de projets d’écoles ou d’établissements, viennent y faire un séjour en internat ou en externat, se plonger dans les livres et dans diverses activités liées à la maîtrise des langages et des langues. Dans la médiathèque, un long panneau présentait les actions mises en œuvre dans les CALE de Saint-Leu, Saint-Denis (au Brûlé), Plaine des Palmistes et Entre-Deux.
Leur coordinatrice suggère que, pour le moins, les étudiants de l’IUFM y fassent eux-mêmes un séjour en fin de stage, « afin de vérifier qu’il existe des lieux d’approche et d’appropriation de la lecture, hors du temps et de l’espace scolaires ».
C’est aussi en marge de l’école que l’association Lire-Dire-Ecrire, qui gère depuis 1999 le CALE de l’Entre-Deux, a créé en 2004-2005 une “Ecole des Parents” qui est devenue une interface entre l’institution scolaire et les familles. Hélène Navarro, Présidente de l’association Lire-Dire-Ecrire, a présenté l’activité de lutte contre l’illettrisme menée par l’Ecole des Parents en direction des adultes : ateliers d’écriture autour d’écrivains réunionnais et ateliers de maîtrise de l’outil informatique, soutenus par le Réseau d’Écoute, d’Appui et d’Accompagnement aux Parents (REAAP), ont permis à de nombreux adultes de mieux suivre la scolarité de leurs enfants et d’entrer eux-mêmes dans le plaisir de la lecture et de l’écrit.
Guillemette de Grissac, Formatrice au département des Lettres de l’IUFM, impliquée par ailleurs dans la manifestation “Le printemps des Arts”, créée il y a trois ans à l’Institut, a essaimé « des idées pour lire la poésie » : une façon d’inviter à la lecture par des textes dont la liberté affranchit le réel de ses pesanteurs quotidiennes. Son propos a souligné l’importance de réveiller l’enseignement de la poésie en dissociant cette dernière de la mémorisation et de la versification. « La poésie existe sans les vers (Todorov) et sans la rime », a-t-elle dit, en évoquant une liste d’auteurs contemporains qui, bien que présents dans les documents officiels publiés par le ministère, ne trouvent pas toujours place dans les enseignements.
Pour le jeune public, la collection Folio Junior a réédité en poésie des auteurs comme Char, Guillevic, Tardieu, Prévert, Supervielle, Queneau ou Ponge... Et beaucoup d’autres éditions - Cheyne, Cherche Midi, Pluie d’étoiles, Seghers... - permettent de découvrir des textes de Jean-Pascal Dubost, Georges Jean, Jean Joubert, René Obaldia, Andrée Chedid, ou Jacques Roubaud, le mathématicien poète. “Le Farfadet bleu” est une collection poétique créée par la maison d’édition Le dé bleu, devenue “L’idée bleue” (www.aspoesie.fr/idee-bleue/) dont le site répercute des publications récentes, des collections de textes poétiques et autres ressources, ainsi que différentes manifestations de la région vendéenne. On y trouve, entre autres auteurs, Louis Dubost, Pierre Gabriel ou Gérard Noiret - ce dernier, connu des Réunionnais pour avoir préparé dans les années 80 un n° d’Action poétique dédié à La Réunion et à ses auteurs.
Toujours dans le domaine éditorial, mais plus proche des éditions Jeunesse, Maryvette Balcou, auteure publiée par Océan Edition (collection Tropicante), a présenté quelques produits éditoriaux parus dans l’île ou dans le Lot. Dans cette région du Sud de la France, les éditions Où sont les enfants ont pour particularité d’avoir ouvert leur comité de lecture à des enfants et de travailler les illustrations en lien avec la photographie « pour ouvrir sur une relation nouvelle entre réel et imaginaire ».
Un lectorat à construire
Enfin, le Rédacteur en chef de “Nout Lang”, Teddy Iafare-Gangama, a fait part de son expérience depuis deux ans au sein du comité de rédaction de l’unique magazine (en) kréol. La revue a fait paraître 13 numéros depuis 2001. Les numéros 1, 2 et 5 sont épuisés, mais les autres sont encore disponibles, et le prochain - et dernier, dit-il - pour lequel il cherche encore un illustrateur, parlera des “Plantes rares et espèces protégées” (en créole dans le texte)... fort à propos pour une revue en voie de disparition. La difficulté de maintenir en vie longtemps un magazine qui fait appel à des écrivants bilingues renvoie à la problématique du créole réunionnais ici - des créoles en général et des langues régionales et minorées.
Outre la difficulté à trouver des auteurs dans un pays dont la langue ne peut toujours pas compter assez solidement sur le système éducatif pour s’ancrer dans l’univers culturel des Réunionnais, il faut en plus construire un lectorat. « Néanmoins, il y a bien plus de lecteurs que d’écrivants », constate Teddy Iafare-Gangama, non sans une solide logique. Mais dans l’état actuel des choses, et tant que les Réunionnais ne pourront pas compter sur une école du bilinguisme pour s’ouvrir à la lecture en français et en créole, la diffusion d’un magazine culturel de cette ambition ressemblera à la conquête des moulins à vents. Et Don Quichotte est fatigué...
Cette journée de l’IUFM - comme celles qui l’ont précédée - a eu beaucoup de mérites, mais il faut se rendre à l’évidence : Lire n’est pas encore une Fête à La Réunion. Il reste beaucoup trop à faire “en amont” pour faire découvrir l’importance de l’écrit dans la conservation et la consolidation du patrimoine linguistique - qu’il soit parlé ou chanté - et pour faire que les Réunionnais se reconnaissent dans cette transmission.
P. David
Pour toute commande ou demande d’informations : écrire à Met Ansanm - BP 507 - 97449 Saint-Pierre cedex ou [email protected].
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Messages
22 novembre 2007, 20:56, par Françoise Charrat
Merci pour cet article et ces informations. Je découvre votre revue. L’article en question m’intéresse particulièrement puisque je suis formatrice à l’IUFM du Limousin, sur le site de Guéret plus exactement dans le département de la Creuse, qui, il y a bien longtemps a reçu des jeunes enfants et adolescents réunionnais à qui on avait laissé croire (surtout à leur famille sans doute) qu’ils allaient découvrir un monde meilleur, un paradis.
Cet article m’intéresse car je suis responsable depuis cinq ans d’un stage de formation continue sur la littérature de jeunesse pour des enseignants du premier degré. Un des axes de ce stage est de travailler sur le goût de lire, le plaisir de partager la lecture d’ouvrages, de partager des émotions : cela déjà au niveau des enseignants pour que ces émotions et ce plaisir partagés leur donnent envie de le faire vivre auprès de leurs élèves. Ce qui me paraît être une base fondamentale pour que le goût puisse être développé chez les élèves.
Le travail avec les parents me paraît être tout aussi important ; l’intervention qui avait lieu à ce sujet devait être intéressante.
Enseignants et parents sont des éducateurs dont le rôle est bien ici de faire naître chez l’enfant ce plaisir. Pour cela, il faut sans doute l’avoir déjà rencontré soi-même. Vaste sujet, vaste projet.