Les Souprayenmestry depuis la source

Lire l’histoire de l’île dans l’histoire d’une famille

29 septembre 2008

Engagé indien, Rangapamodély Souprayenmestry, dit l’Indien, débarqua à La Réunion en 1873. Le portrait de ces 1.500 descendants est un concentré de l’histoire de la population réunionnaise. A l’encontre d’un discours communautariste, ces portraits réalisés par Frédéric Souprayenmestry disent la force des valeurs réunionnaises : tolérance, solidarité, plasticité.

La présentation de l’ouvrage de Frédéric Souprayenmestry a eu lieu dans la maison où travaille l’équipe scientifique de la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise (MCUR) au nom de laquelle Françoise Vergès a salué cet ouvrage qui « raconte l’histoire de cet homme, indien engagé, et de sa famille, et qui est à l’image du peuplement de La Réunion. Quand nous regardons le travail exceptionnel accompli par Frédéric Souprayenmestry, que voyons-nous sinon l’image de la société réunionnaise porteuse des valeurs de tolérance, de solidarité et de plasticité ? Il nous montre qu’il est possible d’écrire l’histoire à partir du singulier, et que cette histoire d’un itinéraire rejoint l’histoire globale, car l’engagisme est venu transformer une société réunionnaise déjà créolisée ».

Frédéric Souprayenmestry terminait sa présentation par cette phrase : « Contrairement à ce qu’on m’a appris à l’école, tous nos ancêtres ne sont pas des Gaulois ».(photo AIC)

Quels sont nos ancêtres ? Quelle est l’histoire de notre famille ?

Frédéric Souprayenmestry, l’auteur, a fait une allocution devant les membres de sa famille rassemblés : « Quels sont nos ancêtres ? Quelle est l’histoire de notre famille ? Voilà cinq ans que je m’intéresse à mon arrière grand-père. Cette recherche a été une rupture professionnelle, agent technique puis créateur d’entreprise, je n’avais jamais fait de recherches généalogiques, j’ai eu le temps de me former.
Mes enfants cherchaient à mieux connaître le passé. D’après les archives, notre aïeul est né en Inde en 1845, débarqué à La Réunion en 1873. Il semble être à l’origine de tous les Souprayenmestry du monde puisque son nom a été créé par l’addition de souprayen (un adepte de mourouga) et de mestry (engagé interprète ou chef de chantier). Il a été celui qui, le premier, a introduit le culte de Vishnou. J’ai eu l’impression dans mes recherches de toucher une facette de l’histoire de La Réunion.
Un siècle et demi plus tard, nous sommes 1.500 descendants, de tous horizons, de toutes les religions. Sur sept générations, nous pouvons lire ce métissage qui est la force de La Réunion. Ce travail a été un cheminement intérieur et je souhaite qu’il serve à l’union de la famille.

Honorer la mémoire

Le 26 juillet 2008, pour honorer la mémoire de notre ancêtre, j’ai dévoilé l’ouvrage en appelant la famille à se rencontrer, à se découvrir, à savoir ce que nos parents ont fait, connaître nos racines pour mieux avancer. Souvent, j’ai failli abandonné, mais une photo, un nouveau nom toujours venaient m’encourager et j’ai persévéré. J’ai fouillé dans les mairies, dans les cimetières, dans les archives, dans les musées, ici, à Maurice, en Inde, en Métropole. J’ai obtenu l’aide scientifique du laboratoire CIRCI (Centre Interdisciplinaire de Recherche sur la Construction de l’Identité) qui a facilité mes contacts avec l’Université de Pondichéry. J’ai contacté plus de 500 familles.
Dans l’ouvrage, il y a plus de 3.000 personnes citées, 2.000 prénoms, 800 patronymes, 2.500 photos, 60 portraits...

Une association : AGDEIR

L’association de Généalogie des Descendants d’Engagés Indiens de La Réunion a été créée pour encadrer la recherche et recenser les engagés indiens qui sont plus de cent mille après 1848 à arriver à La Réunion. Ils ont influencé l’histoire individuelle et collective des Réunionnais. Nous voulons construire une base de données, un outil généalogique, toutes les bonnes volontés seront les bienvenues ».

Remerciement de la famille

Julien Ramin est également intervenu, car son grand-père est un des fils de Rangapamodély Souprayenmestry. Il estime que « cet ouvrage nous permet de nous retrouver, de nous mieux connaître et de nous ressouder ». Au nom de l’ensemble de la famille, il a remercié Frédéric pour son travail monumental. Il résume la vie de l’ancêtre : « Débarqué en 1873, il se marie en 1886 à la Saline et implante le temple de Vishnou. Ils ont neuf enfants, deux disparus sans laisser de petit-fils. Les autres, trois filles et quatre garçons, sont à la source de notre famille actuelle qui compte 1.521 personnes et reflètent les diverses cultures et professions réunionnaises ».

Patrimoine immatériel

Jean-Marc Boyer, directeur régional des Affaires culturelles, est intervenu pour dire son émotion : « Ça donne le frisson de voir cette force de l’histoire réunionnaise. Ce mélange de pays, de nations, de races est exprimé de manière forte. Je veillerai dans mon travail à faire en sorte que cette culture de l’île de La Réunion soit encore plus forte ». Il a une nouvelle fois, après l’annonce des Journées du Patrimoine, montré son attachement au patrimoine immatériel.

Paul Vergès a tenu à être présent au regard de l’extrême importance de la soirée. Il déclarait : « Il est évident que notre pays a une histoire très courte, trois siècles. L’île inhabitée a été peuplée de gens de France, de Madagascar, d’Afrique, des Comores, d’Inde, de Chine... En quelques siècles, ils ont connu ici une histoire violente, ont vécu dans la souffrance et l’humiliation. La moitié de l’histoire de La Réunion est marquée par l’esclavage qui est la négation totale de toute dignité humaine. Après 1848, La Réunion a connu un phénomène démographique exceptionnel, car jusqu’à 1885, ce sont cent mille personnes qui sont venues d’Inde pour connaître la dure vie d’engagés. Et en 1946, après une colonisation assimilationniste, nous sommes intégrés dans la République. Jamais en un temps si court une société a connu autant de changements, de violences sociales...

Le miracle réunionnais

Il nous faut comprendre comment on a pu constituer cette société réunionnaise d’aujourd’hui. Le développement, ce n’est pas que l’histoire de notre économie. Il est typique que ce qu’on a le moins étudié est le plus important. Comment une société réunionnaise, issue de tous ces peuples, arrive à créer une identité commune. Ce livre est aussi important qu’un édifice car il est né de la volonté réunionnaise elle-même : des compatriotes ont réussi à trouver les ancêtres.
Nous ne serons jamais suffisamment reconnaissant envers nos ancêtres d’avoir montrer que nous avons pu entrer en échange culturel. C’est l’affirmation de l’égalité au-delà de toutes les violences. C’est le miracle réunionnais et nous avons une responsabilité considérable. Frédéric Souprayenmestry nous montre l’exemple en allant chercher les racines, en les illustrant, pour, à partir de là, aller vers la multiplication, la diversification, le partage ».

Francky Lauret


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Messages

  • Bonsoir,
    Aimant beaucoup la Réunion je m’intérèsse tout naturellement à son histoire. L’histoire de cette famille est-elle racontée dans un livre ? si oui comment se le procurer quand on habite la métropole ? Merci de me renseigner. Amitiés à vous tous. Michelle

  • qui écrira l’histoire de ceux qui n’écrivent pas ? QUI SONT DANS L’EXCLUSION : prisons, hôpitaux , émigration, chomage ...
    A la Réunion, le communautarisme a des racines très profondes ; les communautés qui ont su s’enrichir grâce à la départementalisation, écrivent leur histoire et celle des autres, comme cela les arrange et voilà que d’autres applaudissent !Comme s’il suffisait d’avoir de l’argent pour être historien ! Malcolm
    Malcolm


Témoignages - 82e année


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