Lu dans Témoignages du 29 septembre 1975

29 septembre 2006

Les femmes ont la parole :
Préparation au 4ème Congrès des Femmes de La Réunion :
Dimanche 12 octobre 1975, au Port

Les femmes ont la parole :
Préparation au 4ème Congrès des Femmes de La Réunion :
Dimanche 12 octobre 1975, au Port

À Saint-Denis, six femmes parmi d’autres

L’île de La Réunion est l’île des poètes, dit-on. Elle n’est cependant pas l’île des écrivains. Si nous avions eu, ou si nous avions ici un Maxime Gorki ou un Jorge Amado, quels “Bas fonds” ou “Capitaines des sables”. Les personnages parleraient dans leur langue réunionnaise, et dans une langue populaire et, savoureuse et argotique comme toutes les langues populaires. C’est à quoi, je songeais en écoutant ces jeunes femmes autour de leur aînée, raconter ce qu’était leur vie. Il n’est pas question ici de broder ou de romancer, mais de dire les faits tels qu’ils sont.

Honorine a 54 ans. Elle n’a jamais été à l’école et ne sait ni lire, ni écrire. À l’époque, dit-elle, la question ne se posait pas. Elle était noire. Sa mère, matelassière, son père jardinier. Elle même s’est mariée à un journalier. Et dans ce quartier populaire de Saint-Denis, elle a passé sa vie, entre la rivière où elle lavait le linge des officiers de la caserne, et sa case où elle élevait avec amour ses enfants.

Avec amour, oui. Car dans sa misère, Honorine considérait ses enfants comme sa joie. Elle en a eu 12. Mais 6 sont vivants. Les autres n’ont pas survécu à la misère ; et c’est avec émotion qu’Honorine évoque la mort de deux de ses fillettes de 3 et 4 ans. Elles avaient eu la rougeole. Pour les faire piquer, elles les a emmenées (car il n’y avait pas de soins gratuits à domicile à l’époque) sous un s’rind pluie”. Elles ont pris froid. L’une est morte et alors que l’on veillait son petit corps, la deuxième est morte à son tour. "Mon mari l’a voulu dev’nir fou", dit Honorine. Les "gens biens" disent pourtant que les pauvres ne souffrent pas, qu’ils sont "fatalistes" !

Malgré leur nombreuse famille et la misère, Honorine et son mari ont recueilli le fils d’une voisine, petit garçon abandonné à la mort de sa mère (...)

À suivre


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