Maloya : musique de cœur de nos ancêtres « à nou l’atendi le roi dans lé boi, la reine l’arivé ».

10 avril 2009

Le maloya, c’est la musique des camps, de nos calbanons.
Cette musique afro-malgache est liée à l’esclavage. Pour ces hommes et femmes, esclaves déracinés, désidentifiés, désociabilisés, déculturés, le maloya est le rite qui les accompagne et leur permet de garder un lien étroit avec leur terre perdue en restant en communication avec leur "razana", ancêtre.
Pendant très longtemps, pratiqué en secret, ce culte des ancêtres aujourd’hui veut se démocratiser, se libérer de chaînes que constituent encore l’incompréhension et la honte de ce qui reste perçu comme païen et sorcier, disons le complexe colonial.
Dans beaucoup de foyers, aujourd’hui le tambour roulèr continue à honorer nos ancêtres.
Qui ne connaît pas ce refrain « à nou l’atendi le roi dans lé boi, la reine l’arivé ».
Ces paroles nous rappellent l’époque des royaumes malgaches et de la sacralisation des forêts, ces lieux sacrés qui constituent le domaine des esprits et des énergies. Ces lieux sacrés respirent la plénitude, la liberté.
Nos esclaves marrons qui occupaient les forêts des cirques se désignaient eux-mêmes rois et reines. Le maloya les entraînait sur le chemin des bois sacrés ici et ailleurs. Le maloya pendant cette période esclavagiste est le mode de relation privilégié à l’ancêtre et à sa famille.
Ces rites religieux animistes (anima : l’âme !) ont permis à nos marrons de survivre dans nos montagnes. Plusieurs rapports, sur le marronnage, relatés par les chasseurs de marrons évoquent la présence des rois et des reines qui sont en réalité des chefs marrons ayant réorganisé un petit "rova" espace de leur univers d’origine c’est à dire l’univers de royaumes où l’homme retrouve dignité et honneur.
Le maloya pendant ces époques troubles participait bien de la continuité du culte des ancêtres.
Aujourd’hui le pont culturel et cultuel entre l’Afrique et Madagascar se trouve aussi dans de nombreux servis kabaré où le maloya tient une grande place, mais aussi dans beaucoup d’actes de la vie quotidienne des Réunionnais.
Continuons à perpétuer ces rites, cet héritage ancestral.

Aline Murin Hoarau, adjointe au maire de Ste Suzanne


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