Maryse Condé, commandeur dans l’Ordre national du Mérite

8 novembre 2007

Romancière de renom et femme de lettres engagée, la Guadeloupéenne Maryse Condé a reçu l’insigne de commandeur dans l’Ordre national du Mérite, des arts et des lettres des mains de la Ministre de la Culture, Christine Albanel, pour l’ensemble de son œuvre. Une récompense qui réjouit la récipiendaire qui estimait ne pas être suffisamment « considérée » dans son pays.

La romancière guadeloupéenne, Maryse Condé, née à Boucolon le 11 février 1937, est un véritable personnage de roman. Une femme "poto-mitan" de la littérature antillaise. Elle vient de l’île où les houles des champs des cannes se prolongent et se fondent dans les houles de l’océan. De là, dans son petit coin de rivière, elle inventait des histoires pour mieux comprendre le monde et trouver des réponses. Quittant son enfance sombre et solitaire, elle décide, dès l’âge de 16 ans, de fuir sa Guadeloupe natale pour partir étudier les lettres à la Sorbonne à Paris.


Une dimension universelle avec “Ségou”

Elle est devenue une femme à la plume d’or. Aujourd’hui, c’est la romancière la plus importante de la littérature caribéenne. Ses écrits ont trouvé une dimension universelle dans “Ségou”, en 1984. C’est la reconnaissance, la consécration internationale. Un livre magique qui ne laisse personne indifférent. Encore une soif de liberté et une face cachée de sa personnalité qu’elle livre au monde. Maryse condé vit avec le désir d’ailleurs au plus profond de son âme. Elle provoque, elle dérange, mais elle force le respect. Elle force à regarder ce que les autres ne veulent pas voir. Dans ce parcours singulier, la romancière a développé un langage original en puisant sans cesse dans le répertoire universel au gré de ses périples.

Une femme attachée à ses racines

Ce désir féroce d’aller voir l’ailleurs n’a jamais empêché Maryse Condé d’être attachée à ses racines guadeloupéennes. Elle les a décrites dans ses romans avec exaltation et passion, avec de grands moments de sensibilité et de tendresse en livrant ses souvenirs d’enfance, notamment dans le “Cœur à rire et à pleurer”. Pourtant, elle ne cesse de dire : « j’écris pour trouver des réponses aux questions que je me pose ». Alors, que sortira-t-il de cette thérapie demain ?

Une femme d’engagement

Maryse Condé, c’est aussi une femme d’engagement qui n’a pas cessé de militer tout au long de sa vie. Partout où elle est passée, elle a inlassablement défendu la cause noire. Aux USA où elle enseigne, elle s’est attelée à la création d’un Centre d’étude française et francophone au sein de l’Université de Columbia, à New York. C’est encore elle qui est à l’origine du Prix littéraire des Amériques insulaires et de la Guyane. Aujourd’hui encore, elle est Présidente du Comité pour la mémoire de l’esclavage et ses abolitions. C’est sur sa proposition que Jacques Chirac, alors Président de la République, a fixé au 10 mai la journée de commémoration de l’esclavage, célébrée pour la première fois en 2006.
On trouve chez Maryse Condé ce besoin profond de reconnaissance. Cette volonté de dénonciation des conditions de vie de Noirs. Il y a surtout chez celle qui signait son premier livre à l’âge de 35 ans une quête identitaire constante. Une façon sûrement d’éteindre en elle son désir d’ailleurs.

A. Jocksan


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