Culture et identité

Maurice Gironcel : « Tout être humain a droit au souvenir »

Sainte-Suzanne : hommage aux ancêtres morts sans sépulture

Témoignages.re / 2 novembre 2019

Jeudi 31 octobre, la commune de Sainte-Suzanne a rendu hommage aux ancêtres morts sans sépulture. Cet hommage a été rendu par le Maire, Maurice Gironcel, son Conseil Municipal ainsi que des enfants de deux classes de la nouvelle école Antoine Bertin. Voici le discours prononcé à cette occasion par Maurice Gironcel.

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Depuis le 31 octobre 2009 et à l’initiative de la Maison des Civilisations et de l’Unité Réunionnaise, nous rendons hommage, ici à Sainte-Suzanne, à nos ancêtres morts sans sépulture.
En effet, il est de notre devoir de nous rappeler d’où nous venons pour mieux appréhender là où nous voulons aller.
En effet, il est de notre devoir de redonner vie à ceux qui ont été arrachés à leur terre et qui n’ont hélas pu, à cause des sévices et des souffrances, atteindre leur terre d’exil.

« Notre devoir »

Il est de notre devoir de redonner vie à ceux qui ont préféré mourir dignes et humains au lieu d’être réduits à un bien meuble.
Il est de notre devoir de redonner vie aussi à ceux qui ont choisi la liberté.
Il est de notre devoir de redonner vie à ceux qui ont été pourchassés comme des animaux sauvages et abattus.
Il est de notre devoir de redonner vie à ceux encore qui, fuyant l’injustice, sont morts.
Le peuple réunionnais n’est pas un peuple sans Histoire, il est issu de la rencontre de brillantes civilisations, dont les représentants furent réduits en esclavage. Mais dès le début de ce peuplement, des Réunionnais se sont levés pour apporter au cœur de notre île le flambeau de la liberté. Sur 370 ans d’existence, 300 ans ont été marqués par l’esclavage, l’engagisme et le colonialisme.
Pendant près de 3 siècles, le peuple réunionnais n’a pas été considéré comme tel. Aujourd’hui encore, nous sommes dans un système colonial.

« Comprendre aujourd’hui »

Cette journée du 31 octobre, nous donne l’occasion de poser un regard historique sur notre passé et de comprendre toutes les problématiques d’aujourd’hui : discrimination, inégalité de traitement, violences notamment pour les femmes, chômage record, pauvreté…
Toutes ces problématiques, qui sont, aujourd’hui, au centre des débats sont le résultat d’une politique d’intégration.
Se souvenir c’est donc donner un sens à la situation sociale et à nos actions.
Rendre hommage à nos ancêtres, esclaves, morts sans sépulture, c’est contribuer à l’émergence d’une conscience réunionnaise. Car oui, nos ancêtres ne sont pas que des Gaulois.

« Réparons cet oubli »

De cette mémoire partagée, nous devons faire la source d’une espérance nouvelle.
En ce jour, nous devons prendre l’engagement de continuer l’œuvre de ces combattants de la dignité, de la liberté et de l’égalité.
Nous devons, sans cesse, relever ce défi. Le défi de l’égalité entre les Femmes, les Hommes et entre les Citoyens.
Nous avons tous, autant que nous sommes, le devoir de redonner vie à ceux qui sont morts pour un idéal, morts restés sans sépultures !
Le Code Noir les réduisait à l’état de « biens meubles ». (Art.44)
L’esclavage colonial les a privés de sépulture et a effacé toute trace de leur présence.
Tout être humain a droit au souvenir.
Par cet hommage, nous réparons cet oubli.
Nous rendons hommage à leur vie, à leur courage et à ce qu’ils nous ont légué.
Le combat continue…