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“Mémoire collective” et l’Université de La Réunion présentent...
23 février 2008

Depuis le Nouvel An chinois, qui a marqué l’entrée dans l’année du Rat, l’association ”Mémoire Collective” organise des projections d’un document DVD qui constitue la première partie d’une trilogie intitulée “Mémoires sino-réunionnaises”, réalisée avec l’Université de La Réunion et le soutien des collectivités territoriales, en particulier le Conseil général.
Après Saint-Denis, le Tampon et Saint-André, la prochaine projection a lieu ce soir, au Port, à 16h à la médiathèque Benoîte-Boulard.
“Mémoires sino-réunionnaise” a été réalisé par Yu-Sion Live, sociologue et Président de l’association Mémoire Collective. Il se compose au total de trois parties, dont les deux dernières sont encore en préparation.
La première partie s’intéresse aux premières générations de Chinois encore présents parmi nous. Le documentaire évoque rapidement, dans l’introduction, les trois vagues d’engagés du 19ème siècle, puis ceux qui sont venus libres de tout engagement, à partir de 1862.
Les Réunionnais présentés dans ce premier volet sont arrivés dans l’île dans les années 30 à 40. Certains ont voyagé très jeunes : à 13, 14 ou 17 ans, garçons ou filles. Ils expliquent qu’à l’époque, leurs familles les ont désignés pour le voyage, dans l’espoir d’une vie meilleure. Même lorsqu’ils étaient très jeunes, à peine adolescents, ils étaient seuls de leur famille à partir, accompagnés quelquefois de compatriotes originaires du même village ou de la même région qu’eux. La plupart ont quitté une famille de commerçants ou de paysans. Quelques-uns ont fui l’invasion japonaise ; d’autres la guerre intérieure, ou une trop grande misère, surtout dans les campagnes. Mais ce qui est frappant, c’est qu’ils gardent en général de bons souvenirs de la Chine qu’ils ont quittée. La “Chine imaginaire” qui a imprimé leur mémoire est celle de relations familiales heureuses, resserrées, dans des vies de villages hakka - pour certains - auréolées d’une certaine douceur de vivre, en dépit de conditions matérielles assez rudes.
Ces premiers immigrants ont presque tous aujourd’hui entre 85 et 100 ans. Rares sont ceux qui ont pu aller à l’école. La plupart ont travaillé très tôt, le plus souvent dans un commerce tenu par d’autres Chinois. Leur insertion dans la société réunionnaise s’est faite par le travail, et aussi par les mariages, la plupart arrivant ici sans famille. Leur vie professionnelle, pour pratiquement toute cette génération, a été le commerce alimentaire de détail : à Saint-Denis pour les plus chanceux, et souvent dans les Hauts et les écarts les plus reculés de l’île pour beaucoup. Ces anciens évoquent à demis mots la solidarité des familles chinoises entre elles, par le biais des “tontines” qui ont permis à certains d’entre eux, après des années de dur travail comme commis chez un parent, d’acheter leur propre commerce, quelquefois à l’autre bout de l’île - ce qui semble indiquer que les “réseaux” fonctionnaient bien.
Les plus jeunes de cette génération ont traversé la Seconde Guerre mondiale et le blocus anglais. Ils se souviennent des rationnements, des bons d’alimentation... et du marché noir. Les commerçants chinois - dont les boutiques étaient à l’époque très nombreuses et fournissaient les quartiers en presque tout - ont dû jouer un rôle important à cette époque.
Certains, notamment dans les Hauts de l’Ouest, faisaient le lien entre les circuits commerçants et exportateurs des villes, et le milieu agricole, en particulier autour de la culture du géranium, florissante jusque dans les années 60.
Les projections organisées dans le cadre du Nouvel An Chinois sont l’occasion de découvrir - ou revoir - des documents filmiques ou photographiques d’archives d’un grand intérêt. Les archives internationales (sur la guerre sino-japonaise, les liaisons maritimes, etc...) proviennent de l’INA, et les documents sur La Réunion d’autrefois permettent de revoir les anciennes boutiques, leurs comptoirs à vitrine et les balances à poids, entre autres documents - dont certains viennent de collections familiales et sont inédits. Les interviews sont réalisées en chinois (sous-titré), en créole ou en français - ce qui ajoute au documentaire un intérêt linguistique, au regard de la conservation des parlers du Sud de la Chine.
Le travail de collecte de cette mémoire vive, coordonné par Yu-Sion Live, a été entrepris en 2004, “L’année de la Chine” en France, à la faveur d’une initiative du Conseil général - qui devait aussi organiser un voyage en Chine l’année suivante.
P. David
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