Marseille : Kréol Konexyon

Montrer que les cultures créoles existent

13 décembre 2006

Par souci de défendre les cultures créoles à Marseille, Jagdish Kinoo, Mauricien d’origine, Marseillais d’adoption, est un de ceux-là qui s’engagent par des actions culturelles, musicales et poétiques. « Les Créoles de l’océan Indien existent », déclare-t-il simplement.

C’est un fait. Les Créoles de l’océan Indien profitent de la ténacité d’un des plus fidèles défenseurs des cultures du monde. Ne pas se tourner juste vers les cultures dominantes, pour aseptiser nos traditions.
L’uniformisation culturelle est dangereuse, et Jagdish Kinoo, membre fondateur de Massilia Sound System, aujourd’hui fer de lance de Kréol Konexyon, entreprend de révéler à la conscience française, humaine, toute la richesse du savoir des îles de l’océan Indien.
« Réunionnais, Rodriguais, Seychellois, Mauricien, et n’oublions Madagascar parce que c’est notre famille, c’est indissociable. Notre séga, le moutia, le salegy et la maloya, nous devons les défendre », fait observer Jagdish. Pour ce faire, il a initié un festival kréol, le Kisisa Kréol. « Attention, nous ne voulons pas coloniser Marseille avec les cultures créoles, mais montrer que l’on est là, que l’on existe », explique le musicien mauricien.
Kréol Konexyon propose également des compilations des musiques de l’océan Indien. Ecouter des morceaux choisis de Jimmy Toave, Théâtre Vollard, René Lacaille, Lindigo, etc..., et nous n’abordons que la musique réunionnaise. C’est un réconfort de savoir que l’on défend un travail, des cultures.

Transmission et partage

La transmission des savoirs, des cultures, c’est le mot d’ordre de Jagdish, qui s’évertue à œuvrer pour des jeunes artistes, toutes influences confondues. « Nous sommes âgées tous de plus de 40 ans, si ce n’est 50, il faut penser à la suite à donner. En tout cas, nous ne pourrons pas continuer longtemps, il faut que les jeunes s’investissent », note le musicien.
Peut-être que des réseaux culturels changeront la donne, comme l’association Mic Mac, qui intervient de la Catalogne à l’Italie, en passant par Marseille où est basée l’association, et qui regroupe une quinzaine de groupes. Déjà, faire connaître les cultures régionales et les divers styles musicaux, mais aussi encourager la jeunesse, créatrice et dynamique.
Se pencher sur les styles traditionnels musicaux de l’océan Indien et encourager les jeunes à s’en inspirer pour donner le goût du piment en plus, c’est un credo chez Jagdish, qui défend l’apport culturel indocéanique.
Et dieu sait qu’il entreprend des choses, des affaires, des rencontres, des scènes. Bref, au Balthazar, la rencontre était organisée par ses soins, et je peux sûrement parler au nom de l’artiste réunionnais Babou B’Jalah, qui a pu s’affilier à la mouvance marseillaise pour son nouveau groupe Jala. Ce seront des musiciens réunionnais et marseillais qui se rencontreront, sûrement dans le courant 2007, pour créer ensemble.
L’artiste Tantine Zaza a ouvert la voie, en mêlant ses complaintes aux sonorités marseillaises. Et puis, quel bonheur de voir des jeunes rappeurs, revendiquant la modernité de leurs propos, se prendre au jeu sur des rythmes binaires ou ternaires, et slamer accompagnés du kayanm, du djembé et d’une ravane. Bref, la colle a pris.

« Que justice soit faite »

Mobilisé dans cette reconnaissance, Jagdish n’en reste pas moins un créateur engagé aux causes nobles. Les Chagos par exemple. « Cette histoire me bouleverse, par rapport à la liberté ; certains d’entre nous étaient enchaînés ailleurs, sans pouvoir continuer de profiter de leur terre », déclare Jagdish.
Se sentant presque coupable, « parce que le gouvernement mauricien de l’époque est impliqué au même titre que l’Angleterre et les Américains », il définit ce transfert « illégal » de populations comme un génocide.
Le nombre compte peu. Celui qui a connu Charlésia, alors qu’il n’avait que 12 ans, décrit une situation de vie intolérable, alors que les Chagossiens étaient parqués au Dockers Flat à Port-Louis, sans repères, humiliés, dépossédés de leur bien, de leur terre, de leur culture, de leur langue, de leur musique, de tout. « Que justice soit faite », demande Jagdish. Il y contribue, en sensibilisant sur Radio Galère à Marseille. Et puis, en créant. Bientôt, Kréol Konexyon produira "Diego", une composition dédiée à cette histoire "noire", marquée par la guerre en Irak, en Afghanistan, marquée surtout par l’hégémonie « pétrolière » des Etats-Unis.
L’histoire se répéterait-elle ? sans aucun doute. L’artiste mauricien, volontiers solidaire de ces populations exilées et meurtries, veut transmettre un message en faveur des Chagossiens : « On ne veut pas de base militaire », « sans permission, les Américains font déporter la population ». Le texte entre français et créole appelle à une prise de conscience, à un sursaut des peuples libres. "Diego", une compo à entendre bientôt. Nout tout nou lé frèr.

Patrick Julie


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