Nos ancêtres les Vazimba, premiers Réunionnais ?
20 juin, parQui peut prétendre à une antériorité à La Réunion ?
Qui peut prétendre à une antériorité à La Réunion ?
20 juin, par

L’idée d’une La Réunion totalement déserte avant la colonisation française mérite d’être réexaminée.A Antananarivo, le musée de l’Université montre une carte des courants marins de l’océan Indien. C’est en suivant ces courants que les navigateurs venus de Sumatra, Java et Borneo ont peuplé les îles de notre océan, dont Madagascar. Il semble difficile d’imaginer que ces navigateurs n’ont pas croisé La Réunion, une des Nosy Mascarene, plusieurs siècles avant sa découverte par les explorateurs arabes et portugais. Comme les Vazimba de Madagascar, d’éventuels premiers habitants auraient pu se réfugier dans les hauts de l’île et échapper aux observateurs. L’archéologie pourrait explorer cette hypothèse, susceptible d’enrichir notre compréhension des origines du peuplement réunionnais. Des preuves scientifiques de l’existence d’un peuplement datant de plusieurs siècles avant la colonisation seraient de nature à ébranler les certitudes des aliénés et des communautaristes. C’est un champ considérable à explorer pour l’archéologie réunionnaise.
A l’heure où un courant communautariste revendique de prendre des places pour être la classe dominante fustigeant le « privilège » de Réunionnais d’origine européenne au nom d’un principe d’antériorité, il est bon de s’interroger sur un champ inexploré par l’archéologie, celui des premiers habitants de La Réunion. Les victimes du « privilège » zorey sont-ils des descendants en droite ligne des vazimba ? Une question mérite d’être posée : qui furent réellement les premiers habitants de La Réunion ? À Antananarivo, le musée de l’Université présente une carte des grands courants marins de l’océan Indien. Ces routes naturelles ont permis à des navigateurs austronésiens venus de Sumatra, de Java ou de Bornéo de peupler les îles de l’océan Indien, notamment Madagascar. Dès lors, il paraît difficile d’imaginer que ces marins expérimentés aient systématiquement ignoré La Réunion, située sur la route de Madagascar, et ne se soient pas installés dans notre île, plusieurs siècles avant son repérage par les explorateurs arabes puis portugais. À Madagascar, les traditions rapportent que les premiers royaumes rencontrèrent des populations plus anciennes, les Vazimba. Repoussés ou assimilés, ceux-ci se seraient réfugiés dans les forêts et les régions reculées des Hautes Terres.
Pourquoi un phénomène comparable n’aurait-il pas existé à La Réunion ? Les habitants d’un peuplement ancien auraient pu se retirer dans les hauts de l’île afin d’échapper aux marchands d’esclaves qui parcouraient l’océan Indien et capturaient les populations côtières. À une époque où l’intérieur de l’île regorgeait de ressources naturelles, une petite communauté pouvait subsister durablement sans entretenir de contact avec les visiteurs de passage. Cette hypothèse offrirait une autre lecture de la légende de l’île déserte. Les Français chassés de Taolagnaro à Madagascar, venus s’installer à La Réunion au XVIIe siècle, après avoir été expulsés de Madagascar, n’auraient tout simplement pas pu rencontrer ces groupes discrets établis dans les régions les plus difficiles d’accès. L’absence de témoignages directs aurait alors progressivement nourri le récit d’une île vierge de toute occupation humaine avant la prise de possession au nom du roi de France.
Par la suite, les royaumes malgaches qui résistaient à l’ordre colonial dans les hauts de l’île auraient pu entrer en contact avec ces populations anciennes et se mêler à elles, comme cela s’est produit à Madagascar entre les Vazimba et les nouveaux arrivants. Une telle hypothèse reste aujourd’hui à vérifier. L’archéologie réunionnaise s’est longtemps développée dans le cadre d’un récit mythique reposant sur l’idée d’une île inhabitée avant la colonisation. Pourtant, les progrès des méthodes scientifiques pourraient permettre d’explorer cette question sous un angle nouveau. Si des preuves d’un peuplement antérieur à la colonisation étaient découvertes, elles viendraient enrichir notre compréhension de l’histoire réunionnaise. Elles rappelleraient surtout que personne ne peut prétendre détenir à lui seul le monopole de l’ancienneté ou de la légitimité. La Réunion est le produit de rencontres et de multiples héritages. C’est précisément cette diversité qui constitue sa richesse et son identité.
M.M.
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