Notre journal...

30 septembre 2006

Vous vous doutez bien que, sitôt descendu d’avion hier et sitôt déposé mes valises, mon premier acte fut, après un coup de fil à mon père, de me précipiter sur la pile de “Témoignages” qui emplissait une bonne partie de ma table de travail.
Vous ne serez pas surpris que je vous dise que ce n’est pas sans émotion que j’ai (rapidement) parcouru les 26 numéros de notre journal parus depuis le vendredi 1er septembre. Et que ce n’est pas sans satisfaction que j’ai ressenti l’application et “le professionnalisme” que Marie-Pierre et Maya, Emmanuel, Radjah, Raymond et Yvon ont mis pour vous tenir compagnie dans des billets dont le ton contribue à confirmer et à perpétuer l’idée qui guida le docteur Raymond Vergès quand en 1944, il fonda “Témoignages”.
Nous sommes nombreux, je crois, à vouloir aujourd’hui autant qu’hier que notre journal épouse le temps qui avance tout en étant ancré dans nos réalités pour rester fidèle à nos convictions les plus fortes. Raymond Vergès était un humaniste doté d’une solide formation scientifique. Il savait s’adapter à son environnement et aux hommes de toutes tendances qui le composent.
Le “Comité Républicain d’Action Démocratique et Sociale” allait bien au-delà du cercle d’un seul parti politique. Il rassemblait, il était l’Alliance de tous ceux et de toutes celles qui aiment leur pays et considèrent que, je cite ici le Docteur Vergès, "le roc de notre patrimoine est taillé dans cette multitude de vertus obscures qui n’ont pas besoin pour s’épanouir de l’appât de récompenses et constituent le plus solide garant de notre redressement".
Et Raymond Vergès aurait sans aucun doute approuvé le poète Antonio Macchado quand il nous invite à "avoir des ailes et des racines, des ailes pour nous enraciner et des racines pour nous envoler".
J’ai aimé et j’apprécie que Marie-Pierre Hoarau, Maya Césari, Emmanuel Lemagnen, Radjah Véloupoullé, Raymond Mollard et Yvon Virapin, avec talent bien sûr, mais surtout sans complexe, aient eu le plein souci de participer, en plus et à côté des importantes fonctions qui sont les leurs à la Région autour de Paul Vergès, à une mission de communication qui ouvre à notre lectorat des espaces de réflexion et de débat encore plus riches.
Qu’ils en soient remerciés. Qu’il en soient remerciés pour ce qu’ils ont donné et pour la perspective offerte et ouverte et, cela ils l’ont bien compris, qui va donner encore plus de poids à notre combat commun. Un combat qui puise sa raison dans les grands principes de la République et dans notre inébranlable foi au progrès, dans un certain idéalisme qui nous conduit à ne voir que l’excellence des rapports humains, dans notre engagement qui n’a pas besoin de l’appât de récompenses pour s’épanouir.

R. Lauret


Lu dans “Témoignages” du 1er octobre 1975

Les femmes ont la parole :
Préparation au 4ème Congrès des Femmes de La Réunion :
Dimanche 12 octobre 1975, au Port

La femme réunionnaise est toujours victime du régime colonial

Que peut-on dégager de cet entretien avec quelques femmes de Saint-Denis ? D’abord, l’instruction : elle est encore très faible pour la majorité des Réunionnaises. La plupart des jeunes femmes des classes pauvres de la population n’ont pas été au-delà de la classe de fin d’études.

(...) Pratiquement, il n’existe aucune structure sociale pouvant aider la femme qui travaille : manque de crèches, durée de garde insuffisante, pas de crèche pour l’enfant malade, pas de colonies de vacances et de centres de loisirs. Si la mère est malade pendant la grossesse, elle ne perçoit qu’une partie de son salaire.

(...) Pour la maternité : insuffisance de soins véritables pré et post-natales.

(...) Pour l’enfant : une hospitalisation qui ne correspond pas aux besoins d’attention que nécessite le bébé.

(...) Très tôt, les conditions de misère lui font connaître une vie difficile. La jeune fille n’est pas protégée de ceux qui abusent d’elle, qu’elle soit ou non consentante. Elle se retrouve très tôt avec des enfants à charge. Sans aide aucune. Et avec les soucis que cela comporte. Les loisirs : à part la lecture - et la plupart du temps de bas étage - et une radio aliénante, la femme réunionnaise n’a aucun loisir ; jamais de repos véritable, de sorties, de vacances. Le seul plaisir est le bal.


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