Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Colloque “Langue régionale, créoles et médias”
1er septembre 2007

Créole à la Télévision tous les jours. Émissions en créole. Dessins animés en créole. On crierait à l’utopie. Est-ce vraiment possible ? Oui, mais sur le Net. C’est une alternative que les militants réunionnais ont exploitée. Mais il faut se dire que le plus important serait d’avoir du créole à la Télévision. En 2008, attendez-vous à des spots télévisés au service de la valorisation du créole proposés par Lofis La Lang. Peut-être que cela incitera RFO à reprendre “Komsamèm”, son journal d’informations en créole.
Après la disparition du journal en créole, toutes les espérances de voir le créole à la Télévision sont tombées à l’eau. La chaîne publique locale peut s’expliquer comme elle l’entend sur le retrait de “Komsamèm” de ses programmes. On ne peut que constater la difficulté de voir le créole véritablement s’installer à la Télévision. L’intervention de Lionel Buannic, journaliste breton, ancien de Radio France, ancien Rédacteur en chef de TV Breizh, créateur du site Internet WebNoz, fut édifiante en termes de solutions concrètes pour faire vivre la langue créole à travers les médias. Nous avons eu un regard d’averti, l’expérience d’un professionnel, qui a su faire de la langue bretonne une langue d’information, ce que n’est pas parvenu à faire TV Breizh. « Pourquoi le projet de TV Breizh ne s’est pas déroulé comme prévu ? Et « comment le Net peut être une solution alternative pour les langues régionales ? », deux questions posées à Lionel Buannic.
Aujourd’hui devenue une grande diffuseuse de séries américaines, TV Breizh est presque passée à côté de ses objectifs, si ce n’est qu’elle a fait naître une belle génération de professionnels, spécialistes de l’audiovisuel et du breton. Et nous, à La Réunion, quel environnement nous attend demain sur nos écrans ? Quelle mise en image pour notre langue ? La Bretagne compte 272.000 locuteurs de la langue bretonne, 250.000 Bretons le comprennent, mais ne le parlent pas. L’enseignement du breton remonte à 30 ans. Aujourd’hui, 11.200 enfants prennent leur cours en breton. L’avenir de la langue bretonne est assuré. Quand on connaît la bataille pour voir notre langue dans les écoles, une bataille qui continue encore d’ailleurs !
Langue régionale et emploi
Comment ne pas saluer le travail exécuté par les radios locales dans la promotion de la langue créole ? Du moins, certaines radios locales. L’accès aux médias représente une miette. Pourquoi ? Peut-être voit-on le créole comme une langue minorée ? Elle l’est. Et si on lui conférait tous ses titres de noblesse ? Tenez, parler créole ne nuit pas à l’emploi. Langue régionale et emploi, certains parleraient d’antinomie. Pourtant, lors de sa création, TV Breizh visait plusieurs objectifs. « Le développement de l’offre médiatique en Bretagne, c’est-à-dire ne plus être limité aux services publics ; Un développement de l’offre audiovisuelle en breton avec, dès le départ, la volonté de se consacrer sur les plus jeunes générations, les jeunes locuteurs de la langue. On n’est pas très novateur, on va suivre ce qui se fait dans le pays de Galles, ce qui sera notre problème. Et enfin, développer l’emploi dans l’audiovisuel. On a toujours tenu un discours économique face au discours culturel », explique Lionel Buannic.
Aujourd’hui, même la CCIR se questionne sur le rôle de l’identité dans le développement économique de l’île. Est-ce à dire qu’elle dispense des cours de créole ? Les sondages menés par IPSOS et Lofis La Lang ont révélé une forte demande sociale en faveur de la valorisation de la langue créole. Peut-on faire valoir la plus value du créole réunionnais ? Langue régionale et emploi, oui c’est possible et notamment dans le secteur de l’audiovisuel, lance Lionel Buannic. L’exemple de la langue bretonne est criant, puisque TV Breizh a servi à la professionnalisation de jeunes dans l’audiovisuel, faisant naître même un corps de métier dans le doublage en breton. Quand est-ce que nous aurons nous aussi notre série “Columbo” doublé en créole ? Nous disons cela, mais nous avons déjà Jésus en version réunionnaise sur nos écrans. Peut-on croire à un miracle, et voir plusieurs émissions en créole ? Pourquoi pas des films en créole, tournés bien sûr à La Réunion ? Créole et emploi font bon ménage.
On parle créole sur Internet
Aujourd’hui, face au déni des chaînes de Télévision locales pour la langue créole, certains se tournent vers les potentialités de l’Internet. WebNoz par exemple est un site Internet qui diffuse des émissions en breton. Créé par Lionel Buannic en 2006, ce site a détourné les inconvénients de la production Télévision, et se donne la liberté, sinon le devoir, de défendre le breton, mais d’une autre manière, plus consciente. 12 émissions ont été déjà diffusées, à regarder à souhait, en directe ou en différé, selon votre guise.
A La Réunion, les sites Internet en créole pullulent, on ne compte plus le nombre de pages en créole sur la toile. Sur les plus de 3.000 sites réunionnais, on peut relever quelques phrases en créole, sinon une présentation bilingue. D’autres proposent des services tels que dictionnaire français/créole, voire même créole/anglais. On peut lire l’histoire de notre île sur plusieurs sites. Peut-être que la voie de la valorisation du créole passe par l’Internet.
Guy Jarnac serait content de voir son réseau Gazelle être utilisé à volonté pour faire se développer notre langue si longtemps décriée. Que sais-je ? Peut-être que l’on verra naître des chaînes de Télévision sur Internet ? En créole, vous l’aurez compris. Déjà, on lit le créole réunionnais sur myspace, dailymotion, sur des blogs en tout genre. Les radios culturelles l’ont compris. Maintenant, c’est sur le Net que cela se passe. Et cela satisfait la diaspora réunionnaise partie vivre ailleurs, disséminée à travers le monde, et permet le rayonnement de notre langue à l’échelle de la planète. C’est une alternative qui peut se révéler très efficace. Pour autant, cela ne nous enlèvera pas notre farouche volonté de voir le créole à la Télévision. Et même partout, dans les campagnes publicitaires, les slogans des institutions territoriales, la signalisation nominative (ville, lieu-dit). Et puis, dans les écoles, nous ne cessons de le dire, de la maternelle à l’Université. Valorisons nos atouts. Notre langue est un atout, un véritable vivier de métiers, fondamental dans l’épanouissement des Réunionnais. Alors, qu’est-ce qu’on attend ? Ni vé sa dan nout télé mounoir !
Babou B’Jalah
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