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Ahmed Zir (Algérie)
10 octobre 2007

Ahmed Zir, qui était la voix de l’Algérie dans le Festival des films d’Afrique et des îles, est reparti hier en laissant son film “Cessez-le feu”, ainsi qu’une série d’autres “courts” en super 8, à l’Organisation du Festival.
Ahmed Zir est un cinéaste indépendant, qui ne dépend d’aucune organisation dans son pays et produit lui-même ses films. “Cessez-le feu”, un court-métrage de fiction (15 minutes), est une exception dans son parcours ; il l’a tourné en 2003 pendant l’année de l’Algérie en France, sur un scénario mûri de longue date. Pour ce film, Ahmed Zir a reçu une aide de l’Algérie et de la France.
Il est possible que “Cessez-le feu” repasse pendant la durée du FIFAI 2007, dont les organisateurs sont en train d’étudier le moyen de reprogrammer certains films, pour faire contrepoids à la fermeture nocturne de la route littorale, qui coupe tout le public du Nord et de l’Est de la programmation en soirée. Et puisque le film reste à La Réunion, il faut souhaiter qu’une occasion particulière - pourquoi pas une fête avec les Algériens de La Réunion ? - permette à ceux qui n’ont pas vu “Cessez-le feu” de faire connaissance avec la poésie personnelle de ce cinéaste très représentatif, dans sa singularité, de tous ceux qui, en Algérie, se battent pour faire vivre le cinéma.
Comment sont financés les films en Algérie ?
- Avant la guerre civile, tous les cinéastes dépendaient d’une seule institution nationalisée, qui a été dissoute. Aujourd’hui, c’est le Ministère de la Culture qui répartit des aides à la production des films, mais le manque de moyens fabrique surtout des listes d’attente qui peuvent être longues. Des sponsors commencent aussi à s’intéresser au cinéma. Mais généralement, il faut y mettre son propre capital, et c’est difficile.
Quand avez-vous commencé ?
- Comme cinéphile, très tôt, à 6 ans ! Avec un péplum, “Samson et Dalila”, que mon père m’a emmené voir. J’étais subjugué ! Après, je suis allé au cinéma tout seul. A l’école, il y avait des projections des films de Charlot. J’ai vu beaucoup de films, chez moi ou dans les villes où passaient de bons programmes. J’ai beaucoup lu sur le cinéma, et l’envie m’est venu d’écrire aussi. Comme cinéaste, j’ai commencé en achetant une petite caméra super 8, très simple. C’était en 1978 et j’ai commencé à faire de petits films.
Y a-t-il eu très tôt une forme d’écriture filmique vers laquelle vous étiez plus attiré ?
- Il y a eu des films qui m’ont intéressé très tôt, par exemple ce que fait le Hongrois Miklós Jancsó pour les paysages ; ou le cinéma russe avec ses cadrages en contre-plongée qui donnent l’avantage au ciel et à la nature. Les Westerns m’ont appris la géographie ! Surtout les films de série B : il y avait beaucoup, beaucoup de paysages, et j’en ai vu jusqu’à en être gavé ! Ensuite, en faisant deux ou trois petits films en super 8, j’ai découvert mon intérêt pour les paysages et pour l’enfance.
Pourquoi l’enfance ?
- Pour mes souvenirs personnels et parce qu’en même temps, j’enseignais. Je n’avais pas de poste fixe. J’allais là où on m’envoyait. J’ai enseigné le français au primaire, puis la géographie et l’histoire dans un CEG, puis les mathématiques. Ensuite, j’ai eu un poste de professeur de collège : en mathématiques puis en sciences naturelles ; j’ai beaucoup appris ; c’était fascinant et merveilleux. Puis est venue l’arabisation. J’ai opté pour, bien que je ne connaisse pas très bien l’arabe. Mais j’avais une psychologie et une pédagogie, que j’ai appliquées. Et ça a marché ! Maintenant, je suis à la retraite.
Et vous avez fait des films avec vos élèves ?
- Tout en enseignant, j’ai fait du cinéma et j’ai fait participer mes élèves. Certains m’ont suivi et aidé dans des petits films de fiction. Je leur donnais des rôles, je les dirigeais et ça marchait. Certains de mes amis, acteurs non professionnels qui s’intéressent au cinéma, ont tourné aussi avec moi.
Notre région est très belle. C’est la région entre les deux grandes chaînes de l’Atlas, et nous sommes au piémont de l’Atlas tellien, près de Sétif, à 300 km d’Alger en allant vers le Sud. Ce sont des Hauts Plateaux, riches d’une histoire qui remonte à la Préhistoire. J’ai organisé des sorties, des randonnées, parfois à vélo, et j’ai découvert des lieux. C’étaient comme des repérages.
Comment choisissiez-vous vos thèmes ?
- Ça dépend. Quand une idée me vient, je la développe. J’écris deux ou trois mots pour ne pas m’y perdre. Je réfléchis beaucoup, et quand je décide de filmer, je fais le tournage en une journée ou deux. En une seule prise, parce que je n’ai pas les moyens d’acheter plusieurs cassettes. Je suis très économe ! C’est aussi la raison pour laquelle il n’y a pas de dialogue. Je fais des films muets avec rien que de la musique, sélectionnée avec grand soin.
Et “Cessez-le feu”, comment l’avez-vous fait ?
- J’avais rencontré de jeunes bergers, avec leurs troupeaux de moutons, dans la campagne, au cours d’une randonnée. Un jour, sous un arbre, j’ai vu un jeune berger, et un coup de vent emportait devant lui des pages d’un journal. L’idée a commencé comme cela : en imaginant ce jeune berger, qui n’était pas allé à l’école, essayant de décrypter les pages du journal. Ensuite, j’ai “tiré” le sujet vers l’époque de la fin de la guerre, l’Indépendance. Le journal est devenu un tract, lâché d’un avion. Et le berger essayait de voir ce qui se passe dans la seule classe de son village. Avant de faire le film, j’ai fait une série de diapos, avec ce même petit berger gardant ses moutons. Et cela a donné une petite histoire. Puis 4 ou 5 ans après, il y a eu ce concours, dans l’année culturelle de l’Algérie en France et j’ai obtenu ainsi les moyens de faire ce film.
J’ai eu une équipe de Télévision, de l’argent ; j’ai choisi l’opérateur des prises de vues, qui est un ami. Et le tournage s’est fait dans ma région, avec des élèves d’une classe où j’avais enseigné.
Quelle est la situation du cinéma en Algérie et comment voyez-vous l’avenir ?
- On avait un cinéma très développé, qui a reçu des Prix à Cannes. Il y avait plusieurs organismes travaillant dans le cinéma, et on avait surtout une puissante cinémathèque qui permettait aux gens de voir les classiques, de faire des stages ; qui organisait des semaines du film de tel ou tel pays ou auteur... Et en même temps, il y avait une aide de l’Etat. On prélevait sur le prix du ticket des salles une partie qui allait aux réalisateurs. Puis tout a changé. Cela n’existe plus, et nous attendons une restructuration de notre cinéma. Nous avions 400 à 500 salles dans toute l’Algérie et il n’y en a plus que quelques-unes, dans la capitale. Donc, on commence à restaurer des salles et le gouvernement pense à rétablir cet organisme producteur de cinéma.
Quels sont vos projets ?
- J’ai le projet d’un premier long-métrage. En fait, j’en ai deux : un qui serait l’histoire d’un bateau, et que j’aimerais tourner en Tunisie parce que c’est là-bas que j’en ai eu l’idée. L’autre parlerait, dans une fiction, de l’Histoire de mon pays.
Propos recueillis par P. David
Programme du mercredi 10 octobre
Cinéma Casino au Port
9h00 : “Ndako Ya Bandeko” (Le combat de Rod) de Laurent Nkodia, République Congo Brazzaville, 2006, 30’, documentaire.
9h30 : “Daratt” de Mahamat Saleh Haroun, Tchad/France, 2005, 95’, fiction.
16h30 : “Babie” de Benoît Jolicœur, Rodrigues, 2005, 15’, documentaire.
17h00 : “Les accords de Bella” de David Constantin, Maurice/Rodrigues, 2007, 52’, documentaire.
18h30 : “Daratt” de Mahamat Saleh Haroun, Tchad/France, 2005, 95’, fiction.
21h00 : rencontre avec le producteur, Daddy Youssouf Ruhorahoza
- “Munyurangabo” de Lee Isaac Chung, USA/Corée/Rwanda, 2007, 97’, fiction.
Au Hangar
9h00 : rencontre avec Tony Coco-Viloin
“Lettre à Irène” de Tony Coco Viloin, Guadeloupe, 2006, 13’, fiction.
“Karukera-Gorée” de Tony Coco Viloin, Tchad/France, 2003, 82’, documentaire.
14h30 : “Nûba, d’or et de lumière” de Izza Génini, Maroc/Espagne, 2006, 90’, documentaire.
16h30 : “Revolutionaries love life” de Riaan Hendricks, Afrique du Sud, 2007, 48’, documentaire.
18h30 : “Nation, place des Antilles” de Jil Servant, France, 2006, 52’, documentaire.
19h30 : “Martin Schmid, missionnaire, musicien et architecte” de Stéphan Oriach, France/Bolivie, 2005, 52’, documentaire.
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