Journées de l’Adaptation du livre au cinéma

’Nous existons avec nos qualités et nos spécificités’

8 juillet 2006

Thierry Hoarau a réalisé plusieurs documentaires dont les plus récents sont “Danyèl Waro”, “ Fyèr Batar”, “Sominnkèr” et “Malbar Expérience”. Il nous livre ses réflexions suites aux rencontres professionnelles sur l’Adaptation du livre au cinéma et à la télévision. Témoignage.

Quel sentiment gardes-tu de ces 2 journées ?

- Ce fut au moins une rencontre. Nous le savons, nous sommes tous éparpillés aux quatre coins de l’île et isolés dans nos occupations. Donc ce moment est extraordinaire pour ça. D’ordinaire, nous n’avons rien à faire ensemble. Et il y a bien peu d’occasions pour être ensemble si longtemps. Mais ce fut un beau prétexte pour être présent les uns aux autres et se voir. Plein de gens ne se connaissent pas, ne se sont jamais croisé. Nous nous sommes croisé ces 2 jours durant. Les uns se sont parlé tout de suite, les autres attendront un autre moment pour le faire.

Quel enjeu ?


- Il n’y avait pas d’enjeu ? Et alors ? Les enjeux seront individuels et peuvent naître aujourd’hui. Le manque d’enjeu a peut-être donné une sérénité à ces rencontres. Ni dévoiement, ni détournement. C’est une première marche, et est-ce que l’escalier montera haut ? Peu m’importe. Je n’ai pas eu peur du manque de densité de certains moments. Nous sommes ce que nous sommes. Il me faut assumer un Vittori, un Reverzy ou un Carpanin. J’étais content d’entendre l’expérience de Vaxelaire et ses désillusions ; celle de Daniel Honoré ; autant d’expériences sans lendemain à ce jour. Mais, comme je l’ai dit, c’est un secteur où la création est collective ou n’est pas. Donc nous comptons tous.
Cette absence d’enjeu rend la démarche d’Alain Dufau encore plus respectable et louable. Lui ne connaît qu’une seule musique, celle de l’imaginaire dont les premières notes sont les mots. Un livre est fait de mots. Ces mots sont aussi les premiers pas d’un film.

Le rôle des élus


- La salle n’a pas souvent été pleine. C’est bête que ces rencontres aient été autant ignorées des élus. Je sais, on leur demande beaucoup, mais ils seront à un moment conviés dans notre processus de création. À un moment, on attendra de leur part une décision. Et dans des journées comme celles-là, ils ont leurs places avec l’enjeu simple de la rencontre avec un milieu qu’ils connaissent peu. Certes, on ne pèse pas lourd dans le paysage économique ou culturel. Nous existons avec nos qualités et nos spécificités. Mais, dans notre expression, ils ont un rôle à jouer. Une responsabilité même dans l’émergence d’œuvres locales.
Bref, je suis un peu idéaliste et bien conscient que leurs journées comme la mienne d’ailleurs ne durent que 24 heures. Mais, j’insiste un peu, ces occasions de rencontres sont rares. Les gens du livre et ceux de l’image étaient là, et ce n’est pas si fréquent.
Ce projet, longtemps porté par Alain et l’APAR, peut être vu comme mal à propos. En effet, les expériences d’adaptation ne sont pas légion, donc sa proposition peut apparaître comme précoce dans un paysage encore largement vierge de ce type d’expérience.
Il a devancé un besoin, une demande, d’où le manque de public ou de publicité dans les journaux.

Quelles suites ?


- L’urgence pour notre milieu professionnel est peut-être ailleurs dans la formation des auteurs-réalisateurs, par exemple. Il ne faut pas s’attendre à une suite immédiate à ces journées.
Sa démarche anticipée, ce manque d’urgence a fait que ce projet est resté longtemps un projet. Les élus ont, je crois, vu ce dossier au moins 1 an après qu’il ait été déposé auprès de la Culture à la Région. Un administratif s’est assis dessus et s’est endormi.
Tout ça pour dire que si Alain s’est dépensé sans compter pour nous réunir autour du livre, c’est qu’il est conscient avant nous des enjeux et de l’importance du livre pour l’audiovisuel, et que l’audiovisuel peut aussi être le prolongement de la littérature réunionnaise. Et l’APAR réalise à cette occasion une première. Ces rencontres sont à l’initiative du milieu professionnel lui-même et non pas d’une institution.
En attendant le grand soir, même si le fantasme de la rencontre du grand texte et du grand réalisateur de renom pour nous faire un grand film ne doit jamais se réaliser, c’est une belle ambition. Mais en attendant le prince charmant sur son blanc cheval, fécondant de sa caméra une princesse de la littérature locale pour en faire (à cheval) un grand format, peut-être y a-t-il une place pour des réalisateurs moyens qui aimeront des textes moyens et qui feront des films honnêtes qui nous concerneront.
Nous n’irons pas tous à Cannes.

F. L.


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