Les découvertes réunionnaises de la musique

Nouvelle partition !

21 juin 2006

La musique est en fête aujourd’hui. Alors, rien de mieux que de vous faire découvrir ou redécouvrir les découvertes 2006. Tapok, Lao, Ladiktifé, Fago par exemple prouvent que la jeunesse réunionnaise agrémente notre patrimoine musical.

Tapok au Printemps de Bourges, Ladiktifé à la Clameur des Bambous, deux groupes anlèr. Le premier groupe fête encore son dernier bébé, Tapokopat sorti dans les bacs locaux, nationaux, tout en suivant une programmation chargée en émotion, après notamment la résidence avec la Rue Kétanou. Le trio Ladiktifé sortira prochainement un CD. Lao et Fago sont quant à eux en devenir. Ces quatre groupes se distinguent par la place donnée à la parole réunionnaise dans leur composition. Pas de Ouaf Ouaf sonore. C’est tout un pan de la vie réunionnaise, de l’Histoire de La Réunion, que les musiciens mettent en scène, avec une perception ouverte de la musique. D’une île au monde, ces quatre groupes proposent de traverser l’orée de cette forêt pulmonaire appelée “Musique”, qui donne à respirer le bon air du répertoire réunionnais, tout en étalant le corpus des sonorités de l’Océan Indien. Encore marcherez-vous sur les traces laissées par les pairs musiciens ! En dignes héritiers des Zarboutan nout kiltir (Rwa Kaf, Granmoun Lélé, Bébé, Baba, Firmin Viry), de Danyèl Waro, d’Alain Péters, de Ziskakan, Baster, Dédé Lansor Arsène Cataye, et consorts. Kilé Granmoun Ramouche, gran Zarboutan nout kiltir ! Tapok, Ladiktifé, Lao, Fago n’en finissent pas d’épater, d’éclairer aussi, sur une musique en pleine mutation, en recherche, innovante. La poésie est ici un sacerdoce. Francky Lauret pour Tapok, François Virassamy-Macé pour Ladiktifé, Mickaël Courteaud pour Lao, Babou B’Jalah pour Fago. Quatre noms qui marquent déjà la nouvelle génération de poètes réunionnais. Et demain est un autre jour pour Lao et Fago, qui ne manqueront de prendre les devants de la scène réunionnaise. Du théâtre à la scène, il ne reste plus qu’une marche à monter.

Derrière, un poète

Ces trois groupes vous invitent à lire, à penser, peut-être à vous engager dans le dire vrai créole, de la parole inhibée à la langue libérée. Fêtons la musique et les poètes. Le Fonnkèr que l’on trouve chez les quatre auteurs appelle la reconnaissance des littéraires qui plébiscitent le créole réunionnais. Les Patrice Treuthard, Axel Gauvin, Carpanin Marimoutou, Jean-Paul Cadet, Dédé Lansor vibrent sûrement de savoir que la relève est assurée. Francky Lauret, qui signe chez Azalées éditions son troisième roman, offre parmi les quatre auteurs un panel de texte créole pour l’heure non publié, mais ça ne saurait tarder. François Virassamy-Macé non plus d’ailleurs, qui espérons-le, offrira les textes dans la jaquette de son CD annoncé pour décembre 2006. Et si Mickaël Courteaud et Babou B’Jalah ont été publiés aux Éditions K’A, on peut s’attendre à d’autres recueils, ou des nouvelles pour le premier. Encore faudrait-il que cette maison d’édition, qui noircit les pages entre Marseille, Paris et La Réunion, sache répondre à l’attente de ces deux poètes. Leurs manuscrits croupissent dans des cartons. Heureusement que la musique existe. Auteurs, compositeurs et interprètes, les deux poètes parcourent dans l’ombre les petites scènes de La Réunion. Aujourd’hui, c’est aux côtés de Françoise Guimbert que Babou B’Jalah évolue, mais il aspire à de plus grandes intentions dans le domaine musical en s’alliant à un percussionniste marocain et un guitariste français, en fondant son Fago. En argot, cela veut dire transporté ou forçat. Loin d’être prisonnier de son île, c’est un cheminement arrière que le poète entreprend pour deviner ses racines et celles de La Réunion toute entière. À la fin de l’année, il sortira son premier CD de musique acoustique. Surprise dans l’air ! Ce soir, c’est la Fête de la Musique. Faites de la musique, et écoutez les jeunes poètes qui s’exprimeront. Il y en a beaucoup, beaucoup d’autres.

Patrick Julie


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Témoignages - 82e année


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