Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Léspri Maron
25 janvier 2008

Pour fêter ses 100 ans, le Séchoir a fait appel à deux monstres de la musique réunionnaise. Danyèl Waro et Jako Maron, du maloya et de l’électro. Si le premier n’est plus à présenter, le second gagne à être connu. Entretien.
Jako Maron est dans le new sound depuis le départ. Depuis le début des années 2000, il multiplie les expériences avec Lerka à l’Espace Jeumon, dans le Palaxa, au Théâtre Grand-Marché. Tout est peut-être parti de “Force Indigène”, le groupe qu’il a soudé en bâtissant sa musique sur la poésie des fonnkézèrs. Il est d’ailleurs “le” musicien des poètes réunionnais qu’il a quasiment tous accompagnés en live et en vidéo avec la série de sujets audio-visuels réalisés par Imago et diffusés ensuite par RFO. La collaboration poétique est particulièrement active avec Christian Jalma et son “Pangar Épitaphe”, ou avec Babou B’Jalah et “Fonnkèr an péi kabary”.
2008 : retour en Afrique
La musique de Jako Maron rencontre de plus en plus d’adeptes. Avec Talipot, il accompagne la troupe en 2006 pour une tournée africaine. Ce sont ces créations sonores qui donnent souffle à la pièce “Kor, maison du vent”. A Madagascar, en 2007, avec Lerka, il collabore avec Ricky Olombelo, chanteur multi-percussionniste. Cette année, dans la deuxième quinzaine de mars, il ira travailler avec l’artiste sud-africain Sibot, du label African Dop, venu à La Réunion avec le groupe Constructus. Une aventure qu’il partagera avec Automat.
Questions.
Comment qualifiez-vous votre musique actuelle ?
- Jako : Au départ, c’est du hip hop dance hall, et aujourd’hui, du dub expérimental, ambiant, influence hip hop maloya.
Comment composez-vous ?
- Je travaille à base de samples en utilisant l’ordinateur et beaucoup d’effets, d’échos.
Musique et Vidéo
Vous associez de plus en plus la vidéo à vos créations musicales...
- Dans tous mes spectacles, il y a de la vidéo. Dans le cadre de “Pangar Pangar”, j’ai eu une première collaboration vidéo avec Thomas Laroche Joubert. Dans “Léspri Maron”, les images sont de moi et de Pikaya (du collectif Nativeland.com.) J’aime aller chercher des choses qui se mélangent avec ma musique, sans vouloir l’illustrer. Nativeland donne dans le contemplatif, je suis parti du même principe en orientant mon regard vers des choses banales : un tamarin de l’Inde avec des détritus, les voitures.... C’est du filmé La Réunion, vu par un Réunionnais, dans des détails singuliers, simples... On peut n’y voir aucun intérêt, comme en musique. J’arrive à donner du sens à ces détails. J’ai filmé une touffe d’herbe sur le bord du chemin en m’intéressant à l’oscillation, j’aime les corbeilles d’or, les lianes dans le fond des rivières et de l’eau sur une feuille songe, colorée en rouge. C’est une expérimentation vidéo avec comme parti pris de ne pas mettre d’effets. J’ai filmé la route en corniche, un poclain en train de faire des trous sur la plage face à la mer, parce que j’aimais bien tous les pistons...
Pourquoi recourir à ces visuels ?
- Quand je joue sur scène, je suis assis, mais ce n’est pas aussi spectaculaire que gratter de la guitare ou jouer du tambour. La vidéo vient ajouter du mouvement sur scène.
« Je veux aller jouer en Europe »
Pourquoi n’a-t-on pas l’occasion de vous entendre plus souvent ?
- Parce que ma musique est spéciale, ce n’est pas une ambiance dance, c’est une ambiance pour apprécier doucement. Quand on a fini de faire un lieu ou deux, il n’y en a plus d’autres. J’ai un fort désir de jouer, de présenter mes créations en France, en Angleterre. Je veux aller jouer en Europe. Mais je manque de contacts, je suis plongé uniquement dans mon programme de recherche. Je ne souhaite qu’à m’ouvrir sur le monde.
J’ai un site Internet www.30kill.com où il y a toute ma bio, la présentation des artistes avec qui j’ai collaboré, des vidéos de mon spectacle, des musiques à écouter, à télécharger. J’ai aussi une page www.myspace.com/jakomaron.
Qu’est-ce que vous aimez dans la musique locale ?
- Dans ce qui se fait actuellement, j’aime bien Nathalie Natiembé, j’attends de voir l’album du Griyo. J’adore Michel Admette, tous les vieux ségas, leurs paroles, leurs sons. Ce ne sont pas que les nouveautés qui sont à apprécier. Et tout l’univers du maloya.
Qualifierez-vous votre musique d’identitaire ?
- Moi, quand je travaille, je ne pense pas du tout identitaire, mais les gens le ressentent souvent comme tel. Je n’aime pas le côté revendicatif, mais malgré moi, le fait que je mette du maloya dans l’électro, c’est ressenti comme tel. Ce n’est pas ce que je veux mettre en avant. Si je mets du maloya dedans, c’est que si je ne fais pas ça, il n’y a plus d’originalité. Sinon, je ferais de la musique dub électronique et ça sonnerait reggae. Je ne vois pas l’utilité à être la énième personne à le faire. C’est juste ma personnalité, ma griffe. Ma musique est faite pour réunir, pas pour séparer.
Francky Lauret
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