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Culture et identité
12 septembre 2007

C’est la première édition d’un festival innovant, identitaire, fier de ses racines. Le marronnage a enfin son festival, ponctué par des interventions d’universitaires, des expositions artistiques, des kabar, des découvertes, dans un haut lieu du marronnage, à Hell Bourg, à Salazie. À découvrir absolument ce week-end.
Si Hell Bourg fut un haut lieu de villégiature bourgeoise, ce petit coin de paradis réunionnais abritait des esclaves en quête de liberté, des marrons. Il ne fait donc aucun doute que le premier festival du marronnage trouve sa place dans ce bourg de Salazie. Reconnaissons par avance tout l’intérêt de cette manifestation, qui rend hommage aux résistants marrons. Cela n’aurait pas été possible, il y a une dizaine d’années, du moins avec l’implication d’entités réunionnaises, si longtemps éloignées de la revendication identitaire, qui plus est l’histoire même du marronnage et de l’esclavage.
Les marrons sortent de l’ombre, avec fierté. C’est l’esprit même de ce festival, qui s’annonce festif certes, mais aussi studieux. Les organisateurs n’ont en effet pas manqué de soigner leur programme, avec notamment l’intervention de spécialistes de l’histoire de l’esclavage et du marronnage. Noms créoles d’origine malgache, toponymie malgache des Hauts réunionnais ! Les thèmes explorés nous inculquent une part essentielle de notre identité.
Les Réunionnais ne sont pas passifs. Tout au long de leur courte histoire, ils ont au contraire montré leur pugnacité à défendre leur liberté, comme en témoigne l’histoire des marrons, malheureusement peu connue des Réunionnais. Attendez-vous à des découvertes ! Préparez-vous à frémir lorsque vous sera contée l’histoire de ces 60 esclaves abandonnés sur Tromelin, autrefois appelée l’île de Sable, après le naufrage de la flûte L’Utile en 1761. On devait revenir les chercher, mais cela se fera 15 ans plus tard, lorsque le chevalier de Tromelin, Commandant La Dauphine, sauva les 8 esclaves survivants de cette aventure inconnue, soit 7 femmes et un bébé de 8 mois. Entrez en même temps dans la recherche formidable d’hommes et de femmes qui par l’archéologie ont su faire parler le temps
Visitez Hell Bourg
Hell Bourg se donne à visiter, et se dévoile sous tous ses angles. Architectures profondément réunionnaises, coin verdoyant où l’on respire l’histoire de notre pays, temple de l’art culinaire réunionnais, bref ! Le festival du marronnage nous ouvre les pistes du savoir, du savoir-faire, du savoir être réunionnais, d’une culture dite jeune, et pourtant si riche et variée.
Ce week-end, les férus d’histoire réunionnaise, les plus fervents défenseurs de la reconnaissance de l’esclavage et du marronnage, les agitateurs culturels, les amateurs de sport, mais aussi le public scolaire accompagné de leur famille, doivent être à Salazie. Pour faire cette rencontre avec notre histoire, nos héros, nos pères de la liberté réunionnaise, nos résistants, nos marrons. Ceux-là ont influé sur notre culture, notre écrit aussi. Voilà donc une juste raison de ne pas louper les découvertes ou redécouvertes musicales et poétiques de ce festival, avec 7Po, Patsha, et Davy Sicard.
Les hauts lieux du marronnage se situent aujourd’hui dans le parc national des Hauts. Ce sera aussi l’occasion de faire une belle rencontre avec notre mère nature, et ses endémiques sujets de la faune et de la flore locales. La SEOR vous sensibilisera à la protection du patrimoine naturel réunionnais, à la découverte du piton d’Anchaing (pour bons randonneurs). Vous aurez au moins cette vue sublime donnée aux marrons ! Tout devrait se dérouler dans un esprit ludique. Ceux qui veulent se promener en famille, sachez que vous vous amuserez avec vos enfants sur le circuit du Patrimoine, une promenade à travers Hell Bourg, son histoire, son architecture et son art culinaire. Ne manquez pas la Maison Folio, sûrement la plus belle de la localité, un patrimoine exemplaire. Les enfants apprendront tout l’art de vivre d’une famille créole, de son environnement naturel ombragé, fleuri. Et puis, il ne faut pas oublier de taquiner la fourchette, avec les spécialités culinaires du cirque.
Reconnaissance du marron ?
Preuve que l’identité réunionnaise est source d’économie ! Pendant tout ce week-end, ce village réunionnais, un des plus fleuris de France, un des plus visités aussi à La Réunion, accueillera touristes étrangers et promeneurs réunionnais, pour découvrir tout un pan occulté de notre histoire. Le tissu commercial et touristique d’Hell Bourg s’associe bien sûr à cette initiative, comme tous les partenaires de cette manifestation. La mairie de Salazie, l’UNESCO, l’association Capitaine Dimitile, la Fédération des œuvres laïques (FOL), Ti boutik étik, la maison du tourisme bien sûr, et même la Poste, pour ne citer qu’eux, rejoignent l’événement. La Poste a créé un prêt à poster Marronnage, avec son timbre premier jour, pour faire voyager cette initiative, peut-être alors à Bordeaux qui inaugurait un musée à la mémoire des esclaves. Enfin apportera-t-on un soupçon de reconnaissance à nos esclaves marrons ?
Regrettera-t-on que des associations culturelles locales, qui militent depuis belle lurette pour la reconnaissance de l’histoire de l’esclavage et du marronnage, ne soient pas associées à cette manifestation ? Mais bon pas de gros cœur. Espérons cependant que ce festival fait au marronnage réunionnais pose aussi les bonnes questions. Peut-être que l’on verra enfin une stèle à la mémoire du marron inconnu, celui qui ne figure pas dans nos illustres récits légendaires, lui marron oublié de l’histoire. Est-ce alors le propriétaire des ossements de Tapkal, perdu entre le Musée Léon-Dierx, la Direction régionale des affaires culturelles (DRAC), où sais-je encore ? Ou encore un symbole pour tous ses esclaves trahis dont les corps ont été jetés on ne sait où, engrais servant à fertiliser les terres réunionnaises ? Où en est l’archéologie réunionnaise ? Nous aidera-t-elle à marcher sur les traces de nos pères et mères du marronnage ? Comment le Parc national des hauts nous restituera-t-il le passé du marronnage ? La “nationalisation” de notre patrimoine des Hauts de l’île permettra-t-elle l’exécution de fouilles archéologiques ? Si oui, dans quelle condition ? Bref, on pourrait s’étendre sur moult questionnements. Vous trouverez sûrement ces réponses à Salazie ce week-end, à Hell Bourg plus précisément. À bon entendeur...
Bbj
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