Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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27 mai 2008

Que deviendra le Réunionnais sans le riz ? Au vu de son prix de plus en plus élevé, on risque de ne plus retrouver ce produit de base dans nos assiettes. Impossible ! dira l’amateur averti. Pourtant, c’est bien cela. Le riz risque fort de devenir un produit de luxe.
Jack Beng-Thi et Guillaume Lebourg sont des artistes engagés. A Art Sénik, connue pour être une galerie alternative, les deux artistes ont rendu hommage à toutes les victimes de la pauvreté, aujourd’hui affamées, à la cause de la course au profit. "Oryza" est donc une exposition engagée, mettant sur un piédestal un grain de céréale bien symbolique qui a, depuis longtemps, nourri l’humanité. Aujourd’hui, le riz devient une denrée rare. La faute à qui ? Déjà augmenté en 2004, le prix du riz tient un nouveau record, cela aux dépens de nombreux pauvres à travers le monde. Pour Jack Beng-Thi, réagir est urgent, et l’artiste ne peut se désengager et fermer les yeux. Il nous invitait vendredi soir dernier à manger le dernier « gazon deri », sec, sans sauce, ni kari. Même pas un peu de grain. L’homme devra apprécier une dernière fois ce mets si précieux, sans superflu. Bientôt, il faudra être extrêmement riche pour en manger, ou bien il faudra à se mettre à en planter. En tout cas, placé dans une boîte vitrée munie de deux loupes, on admire le grain de riz, le dernier, celui qui servirait peut-être à planter. Notre île est coupée de tous, et nous sommes loin de l’autonomie alimentaire. L’artiste interroge les Réunionnais, l’invite à prendre conscience de sa situation si légèrement privilégiée. Imaginons tous ceux, à travers la planète, qui sont livrés aux affres de la famine. La Communauté internationale en parle du bout des lèvres.
Mourir de faim...
« Il y a plusieurs manières de mourir, par exemple, il y a ceux qui meurent pour des idées, et ceux qui meurent de faim », explique Jack Beng-Thi. Certes, les yeux de l’artiste voient la misère du monde. Ils voient également les crimes commis contre les penseurs, les artistes, les intellectuels. En Haïti, il ne fait pas bon de contredire le pouvoir en place, encore moins s’opposer farouchement à la dictature. On meurt pour moins que cela, là-bas. On y meurt de faim. Récemment, les Haïtiens prenaient la rue pour dire leur colère. Jack Beng-Thi nous invitait aussi à découvrir un artiste, sculpteur, plasticien, malheureusement disparu le 13 avril dernier. Joseph Casséus était diplômé de l’Ecole Nationale des Arts, un animateur d’atelier hors pair. Avec la Fondation AfricAméricA, il a travaillé pour le compte de l’UNICEF, du Plan de Parrainage National, de Plan International, de la Commission Européenne, et était proche du réseau des Alliances Françaises en Haïti. C’est le paludisme qui a volé sa vie.
Jack Beng-Thi proposait de découvrir le travail de cet artiste haïtien. En même temps, le visiteur prenait connaissance des meurtres courants, sur les journalistes et les intellectuels. C’est sûr, on meurt de bien des façons. Peut-être que cela motivera les quelques visiteurs à lutter contre la faim, à revendiquer la liberté d’expression. En ces temps qui courent, il faut crier fort ces slogans.
Bbj
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