Star’Ac

Ouf ! Ils sont là !

7 juin 2006

Après le report de la tournée pour cause de chikungunya, "Le Star Academy Symphonique tour 2006" a posé ses valises dimanche dernier dans notre île. Les fans l’espéraient, les organisateurs aussi, ils ont enfin débarqué les 9 compagnons de la Télé Réalité. Mais contrairement aux autres tournées qui se sont produites dans notre île, cette année, c’est différent, la grande gagnante à l’applaudimètre étant sans conteste Émilie Minatchy, la régionale de l’étape. De là à se demander si ce n’est pas la présence de la Possessionnaise qui a fait se déplacer en masse petits et grands à l’aéroport, il n’y a qu’un pas que l’on peut franchir allègrement.
Mais au-delà de l’engouement suscité par cette tournée, il est intéressant de se pencher sur ce phénomène de "starisation kleenex" qui, d’année en année, enfle tel un ballon de baudruche pour se dégonfler la saison passée. C’est bien connu, un clou chasse l’autre. La preuve en est qu’il serait bien difficile de se rappeler des gagnants des éditions précédentes. Quant à leurs carrières à presque tous, elles furent, sans conteste, riches en émotions mais ô combien éphémères ! Le jeu en vaut-il la chandelle pour tous ces jeunes en mal de reconnaissance ? Car plus on tombe de haut, plus on a de risques de se faire mal.

Plus tard je veux être célèbre

Avant, "dans le temps longtemps", comme on dit chez nous, lorsque l’on demandait à un enfant : Que veux-tu faire plus tard ? Les réponses étaient du genre, je veux être policier, pompier, fleuriste ou à de rares exceptions, princesse ! Puis il y eut les prises de conscience à la Coluche : Plus tard je ferai comme mon père, chômeur ! Désormais une réponse est sur pratiquement toutes les lèvres de notre jeunesse : Plus tard "je veux faire célèbre", je veux passer à la télé. Quelqu’un a dit : Chaque homme a son quart d’heure de gloire, mais avec l’accélération de la vie, avec la pression médiatique, avec la société ultra-libérale que l’on nous construit, à l’insu de notre plein gré, ce n’est plus un quart d’heure que l’on souhaite mais toute une vie, et pas pour demain mais pour tout de suite, là, maintenant, à peine tombé du berceau. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de place pour tout le monde dans le jardin des chimères.

Télévision boîte à fantasmes, miroir aux alouettes, tout simplement pompe à fric !

Comme il y a les tranches horaires réservées à la ménagère de 50 ans (si ce vieux cliché est toujours en vigueur), il y a la cible ados pour se faire un peu de menue monnaie. En effet, c’est bien là qu’est le centre de notre nouvel art de vivre. D’un côté, des consommateurs captifs, "gogotisés" par des années de publicités racoleuses parfois perverses et souvent lénifiantes, de l’autre, des sociétés de télévision qui n’ont qu’une idée, capter des parts de marchés sur le concurrent et qui ont comme bible le sacro saint audimat.
L’audimat, instrument ultra-libéral s’il en est, mine la vie de chaque directeur de chaîne, service public compris. Quand l’audience baisse, les recettes publicitaires aussi, alors les actionnaires sont fâchés.
Une majeure partie des responsables de chaînes télévisées est prête à tout pour faire monter l’audimat. Souvenons-nous de Loana et de la piscine dans la première Télé Réalité française. Nos chaînes pays ne sont pas en reste, car il faut tout de même avouer que c’est sur ce type d’émission que joue la concurrence. Il n’y a qu’à voir comment Antenne Réunion surfe sur la Star’Ac, et c’est bien grâce à cela que la petite chaîne privée dame le pion au service public dans les indices d’audience, constituant ainsi un joli matelas de téléspectateurs jusqu’à la prochaine émission de Télé Réalité.
Il est souvent facile de dire : "après tout, ce sont les téléspectateurs qui demandent ce genre de produit", mais tout comme de la poule ou de l’œuf, on ne saura jamais qui a commencé. Le cercle pervers que créaient le téléspectateur et les responsables de chaînes n’est pas prêt de se rompre tant qu’au centre, des énormes profits dansent dans une ronde obscène. Non ! L’amateur de la Star’Ac n’est pas plus stupide qu’un autre, il est seulement consommateur captif de ce qu’il croit être un divertissement culturel facile et c’est bien normal lorsque l’on voit la société toute entière, politiques y compris, préférer l’univers des stars et des paillettes plutôt que celui du travail.

Je chante soir et matin, je chante dans ma salle de bain

Si vous demandez à n’importe lequel des 9 participants à cette tournée de la Star’Ac, quelles sont les motivations qui l’ont poussé vers cette émission de Télé Réalité, il vous répondra immanquablement que c’est son amour du chant. Mais faut-il s’enfermer dans un château des mois durant, sous l’œil de caméras qui vous poursuivent jusque dans votre intimité, lorsque vous aimez chanter ? Là, Théodore Botrel, Georges Brassens, Bécaud et bien d’autres doivent se retourner dans leurs tombes ! Non, il faut se rendre à l’évidence, ce nouvel engouement est dû à un désir, celui de parader, de faire le célèbre, ouvrant ainsi aux rêves et fantasmes de millions de téléspectateurs une porte que presqu’aucun ne franchira.
Le maître mot dans l’apostolat d’artiste, c’est "La vache enragée". On ne devient pas artiste à l’aide d’une méthode "Assimile" aussi médiatique qu’elle soit. L’histoire d’une chanson est faite du vécu et du ressenti de l’auteur et c’est bien pour cela que le spectacle de la Star’Ac n’offre qu’une prestation somme toute banale, de type kermesse de patronage. Il est cependant normal que l’espace d’un soir, bon nombre de personnes viennent se distraire, bien qu’à 36 euros l’entrée de la kermesse, c’est un peu cher.

Philippe Tesseron

http://www.espaceblog.fr/teletesseron/


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