La concentration de richesses révèle l’ampleur des inégalités dans les anciennes colonies intégrées à la République française comme La Réunion
5 juin, parRapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
Sortie d’un essai linguistique aux éditions Tikouti
25 octobre 2006

Lundi soir, l’hémicycle Pierre Lagourgue de l’Hôtel de Région faisait salle comble pour la présentation de l’essai ’Oui au créole, oui au français’ édité par les éditions Tikouti. Une aubaine, alors que nous célébrons durant toute cette semaine notre culture et langue, créoles.
Radjah Véloupoulé, président de la commission de l’épanouissement humain, notait à juste titre que cet ouvrage marquait un tournant historique, parce qu’il propose « une vision extraordinairement féconde » sans parti pris politique ou idéologique. Cet essai soutient un bilinguisme créole-français, prône la paix linguistique, pour que les élèves se réconcilient avec l’apprentissage des langues. La Réunion « offre aujourd’hui une démarche culturelle novatrice, en se délestant progressivement du fardeau idéologique colonisateur. La langue réunionnaise, pilier de l’identité réunionnaise, constitue le vecteur de réflexion peut-être le plus approprié pour mesurer l’étendue de l’aliénation coloniale », indiquait l’élu régional. Peut-on dire simplement, l’ouvrage proposé par l’association Tikouti cherche la valorisation de notre langue. Non, le français n’est pas la seule langue de promotion sociale, la langue créole est aussi une langue de culture, une langue de la réussite.
Axel Gauvin, un des auteurs de l’ouvrage, revenait sur l’argumentaire pour le créole. Au nom de la diversité linguistique, de la reconnaissance d’une partie intègre de notre identité réunionnaise, l’enseignement du créole doit davantage s’émanciper. L’association Tikouti s’y atèle, et pour cause. Cette association a pour objet de contribuer à la promotion de l’enseignement de la LCR (Langue et culture régionales), cela par la création, la publication et la diffusion de tout matériel pédagogique adéquat. À ses côtés, les nouveaux professeurs de créole disposent d’outils pédagogiques, autant pour les séances avec les enfants, que pour les adultes eux-mêmes. Cet ouvrage ne manquera de dissiper les préjugés inféconds sur la langue créole réunionnaise. Sûrement que les parents d’élèves réviseront leur point de vue. Espérons-le.
Où est la réussite
Les résultats du bilinguisme sont probants. La mise en place de classes pilote en situation de bilinguisme avait quelque peu troublé des parents d’élèves à cheval sur l’enseignement du français. Après cette expérience florissante, plusieurs parents revoient leur copie, notant des résultats concrets. « Les élèves de Moyenne section bilingue ont de meilleurs résultats que ceux de la classe de Grande section en français », déclarait Fabrice Georger, professeur des écoles, co-auteur de l’ouvrage. Il notait par ailleurs de meilleures compétences métalinguistiques d’une classe bilingue. L’enfant s’exprime davantage, offrant un discours structuré.
Pour Laurence Daleau, présidente de l’association Tikouti, elle-même co-auteur de l’ouvrage, l’enseignement du créole sert à nourrir l’intérêt pour les langues, et le développement d’un esprit de tolérance. L’arrivée du créole à l’école met même en confiance les parents créolophones, inhibés par leur propre échec scolaire. Yvette Duchemann, directrice de l’école Alain Lorraine au Moufia, indiquait pour sa part que cela contribue inévitablement à la lutte contre l’échec scolaire. Les parents ont un désir insatiable de renouer avec l’école. C’est un bien quand on connaît les chiffres de l’illettrisme réunionnais, mais aussi des résultats d’entrée en 6ème toujours inférieur à l’Hexagone. Sûrement que l’apprentissage bilingue pourra combler le retard enregistré par l’école réunionnaise.
Alé rodé liv-là
En présence d’une délégation internationale créole, de la Sénatrice réunionnaise (PCR) Gélita Hoarau, d’un parterre d’artistes et de responsables institutionnels locaux, malheureusement de peu de médias, les co-auteurs du livre présentent un travail sérieux, nourri d’entretiens de scientifiques internationaux, spécialistes des langues. Encore une fois, il convient de rappeler que les protagonistes de ce projet défendent les deux langues, français et créole, sans autarcie aucune, ni nombrilisme nostalgique. « Défann inn lang san défann lot, lé inposib », lançait Axel Gauvin.
Entre créole et français, il ne s’agira pas de refaire les erreurs du passé, mais conforter la réussite de la jeunesse réunionnaise, en prenant soin d’enseigner de manière paritaire les deux langues réunionnaises. Revenant sur l’expérience de l’enseignement du créole réunionnais, au travers d’entretiens, cet essai démontre la pertinence d’un bilinguisme serein à La Réunion. A bon entendeur. "Oui au créole, oui au français" peut être trouvé chez tout bon libraire. Vous vous en ferez votre propre idée.
Bbj
Rapport sur les riches publié par l’Observatoire des inégalités
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