Économie réunionnaise : le calme avant la tempête
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Concours « Zerbaz péi »
25 mai 2007

Mardi, sur le site de château-Morange à Saint-Denis, le concours « Zerbaz péi », organisé par l’Aplamedom Réunion et ses partenaires, a récompensé 12 classes de CM1, CM2 et 6ème pour leur travail pédagogique sur les plantes médicinales, “zerbaz”, dont les pratiques traditionnelles, menacées de disparition, constituent un pan important du patrimoine culturel local.
Sur les 110 classes de toute l’île inscrites au concours “zerbaz péi” initié à la rentrée de septembre 2006, 53 ont été sélectionnées puis, après un choix très difficile pour le jury présidé par le botaniste Roger Lavergne, 12 ont été récompensées pour leur travail d’herbier et leurs enquêtes auprès et avec l’aide d’un membre de leur famille ou de leur proche qui utilise la plante, choisie par chaque élève.
Un projet aux enjeux multiples
Chaque année, en classe de 6ème, les collégiens ont au programme la réalisation d’un herbier de plantes. « Nous sommes partis du constat que tous les ans, le travail de ces élèves n’est pas valorisé, explique Claude Marodon, président de l’Aplamedom (Association pour les Plantes Aromatiques et Médicinales de La Réunion). Une fois l’herbier terminé, on le referme, alors qu’il manque le nom vernaculaire, le nom scientifque latin des plantes. C’était aussi l’occasion d’ouvrir un dialogue intergénérationnel là où la tradition est orale. »
Détenue en majorité par les anciens, une poignée de tisaneurs qui ne transmettent plus leurs pratiques, la connaissance sur les plantes médicinales, issue de différents apports culturels, est menacée de disparition. Le concours « Zerbaz péi » constitue donc un projet aux multiples enjeux et intérêts. Sur le plan pédagogique, au delà de la sensibilisation à l’environnement, à la protection, à la conservation et à la valorisation du patrimoine végétal réunionnais, grâce à sa rencontre avec des botanistes et des experts, l’élève peut faire le lien entre théorie et pratique. Sur le plan sociologique, il est amené à se tourner vers les membres de sa famille, parmi les plus anciens, à nouer le dialogue sur un savoir-faire ou des pratiques qu’il méconnaît. Il y a là une double valorisation et pour l’enfant qui initie la démarche et pour celui qu’il sollicite et qui est amené à transmettre ses connaissances en matière d’utilisation des plantes et de préparation des tisanes. Cette démarche ne visant pas à encourager l’automédication, le concours comporte enfin un intérêt scientifique majeur pour ses instigateurs qui, à partir des données recueillies sur les plantes utilisées, les posologies employées et les effets escomptés, vont pouvoir faire un retour d’information auprès des familles quant aux précautions d’utilisation à prendre.
Stéphanie Brillant, membre de l’Aplamedom explique que « des études plus poussées vont pouvoir être réalisées. On va observer l’utilisation actuelle des 5 plantes les plus fréquemment citées sur les 129 plantes médicinales recensées dans les enquêtes, l’ayapana en premier lieu, reprendre le même protocole pour voir ce que les gens consomment quand ils font des tisanes. Cela permet de trouver le procédé actif et sur le plan sanitaire de déceler les abus d’utilisation, les confusions comme on a pu le voir entre ce qui a été considéré comme du Benjoin mais qui était en fait du Bois-Rouge toxique. »
« Nous avons besoin des tisaneurs, ce sont eux qui détiennent la tradition »
Ayapana, coeur de cerise, romarin, citronnelle, cannelle... « Nous avons besoins des tisaneurs, souligne encore Claude Marodon, ce sont eux qui détiennent la tradition. Il ne faut pas se dire que parce que ces savoirs sont anciens il ne faut plus y toucher, au contraire, il faut les faire évoluer, il faut aussi donner le goût aux enfants de prendre le relais, de continuer la tradition, leur permettre de prendre conscience de la richesse de ce patrimoine. » Une richesse qui a d’ailleurs été récompensée lors du dernier Salon de l’Agriculture à Paris, ou l’Association des Tisaneurs de La Réunion, présidée par Ian Winkless - également vice-président de l’Aplamedom et président de l’association les 3 Salazes et qui travaille activement à la valorisation des plantes médicinales dans les ilets abandonnés - a reçu le prix du meilleur stand de l’Outre-Mer.
Dans la poursuite du travail engagé par la Région Réunion, qui distinguait l’année dernière 7 tisaneuses du prix “Zarboutan Nout Kiltir”, et qui est l’accompagnateur institutionnel de l’Aplamedom, ce concours a permis de fédérer un grand nombre de partenaires et de sponsors (Rectorat, Conservatoire Botanique National, l’Université, CPIE de Mascarin, Technopole...) autour de l’urgence à préserver un patrimoine immatériel que bien des pays dans le monde nous envie. Comme le souligne Éric Alendroit, représentant de la Région, membre de la MCUR, ce projet qui doit permettre une meilleure certification des plantes médicinales comporte aussi un axe de développement durable fort vers l’exploitation d’une niche économique.
Stéphanie Longeras
Témoignage
Transmission de savoirs de génération en génération
« L’héritage de mémé, c’est ses plantes »
Nathalie, 35 ans, a aidé sa fille Shanna, 10 ans, élève en classe de CM2 à l’École Duparc de Sainte-Marie, dans son travail d’investigation sur la grenade. Après une rude prospection auprès du voisinage, de la famille, Shanna est finalement parvenue à récolter les feuilles nécessaires pour réaliser son herbier. Pour le reste, c’est son arrière-grand-mère de 75 ans, « encyclopédie médicinale de la famille » qui a fourni le gros des informations permettant à Nathalie d’aider sa fille à remplir le questionnaire relatif à l’utilisation de la variété sélectionnée. « Quand nous sommes malades, pour soigner une plaie, de l’eczéma, faire des cataplasmes, on se tourne vers grand-mère, confie Nathalie qui, utilise plus de plantes que de produits pharmaceutiques. A chaque fois que je vais chez grand-mère, je prends des notes sur un petit carnet et je voulais justement les regrouper quand le projet de l’école m’a devancé. » Un très bon projet donc que le concours « Zerbaz péi » pour cette maman qui estime que ce travail entre les enfants, les enseignants et les familles à permis de resserrer les liens. « Grand-mère était vraiment heureuse du projet, que l’on fasse appel à ses connaissances. Elle s’est vraiment sentie valorisée », poursuit Nathalie. Shanna quant à elle confie avec spontanéité que « l’héritage de mémé, c’est ses plantes et c’est bien car dans les médicaments, y’a des fois beaucoup de produits chimiques. »
SL
An plis ke sa
Plantes médicinales : un puits de science
Avec la collaboration des tisaneurs, les recherches de l’Aplamédom sur l’ayapana lui ont permis de découvrir que cette plante médicinale couramment usitée à La Réunion, génère une substance naturelle, l’ayapine, qui la protège contre les maladies des plantes. Cette découverte fondamentale pourrait être utile dans le cadre de l’agriculture biologique en parvenant à extraire cette substance (procédé de décoction D8) pour protéger d’autres espèces, sans aucune nuisance pour l’environnement. En se projetant un peu plus, on pourrait imaginer, comme le fait Roger Lavergne, que l’extraction du gène puisse servir à renforcer le système immunitaire humain. C’est une hypothèse qui invite à poursuivre les recherches scientifiques.
S. L.
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