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Ce soir au théâtre les Bambous
6 avril 2007

Jaz est une femme. Sur scène, elle est la voix d’un personnage hanté par le traumatisme d’un viol. Les mots, la poésie de ce monologue, sont semblables à la musique jazz. C’est le son et le rythme de la parole qui transmet l’émotion, et donc le sens. Koffi Kwahulé, auteur de ce monologue, met ainsi la parole théâtrale au service de l’expression de l’indicible, du tabou, amenant le public vers l’écoute de l’autre. Sur scène, Karole Karemera porte la parole de Jaz, accompagnée de Julie Chemin à la contrebasse. Une mise en scène de Denis Mpunga.
La pièce de théâtre s’appelle “Jaz”. C’est assez court et mystérieux. Qu’y a t-il derrière ce nom ?
- La pièce s’appelle Jaz, comme la musique, mais il manque un z à la fin. Pourquoi ? Parce qu’une parole du manque s’exprime sur scène, une parole sur l’identité. On ne sait pas si le personnage va aller vers la destruction ou la reconstruction de soi. Et donc, est-ce que le mot jaz va récupérer ce z manquant, ou s’il va totalement s’effacer.
Et donc, Jaz, c’est le personnage ?
- En fait, il y a trois comédiens sur scène : Julie Chemin, la musicienne, moi, et la contrebasse que je considère comme un comédien. Nous exprimons sur scène la parole d’une femme qui s’appelle Jaz. Elle vit dans une cité urbaine, on ne sait pas dans quel pays, ni quand se déroule l’histoire. Jaz subit des événements quotidiens, des violences qui s’accumulent, ces violences dont on se rend compte qu’elles finissent par détruire l’humanité. L’écriture exprime l’urgence de dire. Les mots sont comme une partition de jazz, les paroles sonnent comme des solos. Sur scène, pour que le texte prenne sens, il faut que je trouve le bon rythme pour le dire.
C’est une parole douloureuse qui s’exprime, qui ne laisse pas indifférente. Quelle relation s’installe avec le public ?
- Le public en ressort rempli d’impressions très personnelles. Chaque personne fait son propre voyage et y trouve sa liberté. Mais la première réaction du public est de se demander pourquoi cette femme vient leur parler, quel est ce besoin extraordinaire du personnage. Jaz se pose sur l’écoute de chaque personne du public pour se reconstruire. C’est même l’attention du public qui détermine presque le rythme de la pièce, du monologue. Jaz parle à chacun et chacun invite Jaz à parler, grâce à l’écoute. Le public est donc parti prenante, il est actif.
Qu’est-ce qui vous plaît, en tant que comédienne, dans ce texte ?
- Ce texte est ouvert, c’est un espace possible pour chaque chose. Il n’y a pas de lecture unique, il n’impose pas une respiration intérieure. Comme pour un roman, chacun peu le lire à son rythme et en retirer ce qu’il veut. Chaque soir, je ne sais pas comment je vais jouer. Je dois composer avec les circonstances, par exemple si je suis fatiguée. Le sens dépendra du son et du rythme. Ce texte est comme la musique, c’est du son qui permet de s’évader et d’emmener le public avec nous.
Vous animez un stage sur deux semaines aux Bambous, un stage qui travaille sur le rythme et l’espace...
- Juste avant Jaz ce vendredi, il y aura un aperçu du travail réalisé lors du stage. Ce n’est pas une représentation que nous avons préparée. Ce stage est ouvert à tous, quel que soit le métier exercé, que l’on ait une activité artistique ou non. Le stage a surtout consisté à montrer la nécessité de la parole et de l’écoute, et cela dans toutes les circonstances de la vie.
Entretien Edith Poulbassia
Une première représentation a lieu ce soir au Théâtre des Bambous à 20h30.
Prochaines représentations :
Le 11 avril à 18h30 au Théâtre Canter
Le 12 avril à 14h00 au Théâtre des Bambous
Le 13 avril à 20h30 au Théâtre des Bambous
Un auteur, une comédienne
Koffi Kwahulé
Il n’est pas jazzman, ou plutôt à sa façon, dans le théâtre. L’auteur de Jaz, originaire de la Côte d’Ivoire, ne conçoit pas le théâtre sans le jazz. C’est cette musique qui peut selon lui sauver le théâtre aujourd’hui, conférer à la parole sur scène, un dynamisme, une musicalité, qui prend d’abord le spectateur au corps. « Je voudrais faire éprouver au spectateur l’émotion que l’on éprouve au cinéma. J’aime ce côté enveloppant du cinéma, proche du club de jazz. Ce qui pourrait sauver le théâtre aujourd’hui, c’est un nouveau rapport au spectacle. Chercher une émotion qui passe par le corps avant d’atteindre la tête, et non l’inverse. Comme dans le jazz », explique Koffi Kwahulé. Il a aussi écrit “Bintou”, “Cette vieille magie noire”, ou encore “Big Shoot”.
Carole Karemera
La comédienne d’origine rwandaise est aussi danseuse et saxophoniste. Élève au Conservatoire Royal de musique de Mons puis de Bruxelles, elle joue dans des pièces d’auteurs classiques (“La bonne êm du Sé-Tchouan” de Brecht, les “Troyennes” d’Euripide) que d’auteurs contemporains (“Tabataba” de Koltès, “Ahmed le subtil” de Alain Badiou). Elle a joué aussi dans le long-métrage de Raoul Peck, “Sometimes in april”.
EP
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