Théâtre : la Terre en danger

Pato c’est pas du charlot !

27 octobre 2006

Le mime Pato s’est lancé dans une création artistique originale et bouleversante pour alerter l’humanité sur la menace de disparition qui pèse sur elle. Une pièce qui mériterait d’être rejouée et montrée le plus souvent possible pour faire réfléchir les citoyens sur le sens de notre existence.

Du 12 au 16 octobre dernier, s’est déroulé au Port le premier Festival du Théâtre sous les Arbres. Plus d’une douzaine de pièces et de prestations musicales ont été présentées au public durant cinq jours, avec plusieurs représentations pour certaines d’entre elles. (1)
Manifestement, une création est sortie du lot durant ce festival, en raison de son originalité et de la force de son message. Un message tellement percutant que les absents ont eu tort. D’ailleurs le mime Pato ne s’est pas privé à sa manière de dénoncer d’entrée... les absents : « celles et ceux qui ne sont pas venus pour ne pas entendre quelques vérités sont des lâches ! », a-t-il lâché en guise de provocation, avec une bonne dose d’humour, bien sûr, en parlant au nom de la Terre.
Mais faire rire n’est pas le but premier de cette pièce. L’auteur de ce “one man show” veut avant tout provoquer des émotions, des interrogations et des remises en cause sur le sort de l’humanité, menacée de disparition.
De nombreux éléments de cette menace sont mis en scène pendant une heure et vingt minutes : le pillage des richesses de la Terre et tous les massacres et pollutions dont elle est victime ; la société de consommation qui fait que « l’humanité consomme davantage qu’elle n’a besoin pour survivre ».

Une « association de malfaiteurs »

Pato invite l’humanité à réfléchir : comment peut-elle perpétuer « un tel système mondial d’accumulation des richesses, le système le plus inhumain que les humains ont pu inventer ? » Un système dominé par une « association de malfaiteurs », où même une des plus belles fêtes de l’année, celle où l’on célèbre une naissance et où l’on dépense sans compter, « l’on n’invite même pas celui dont on fête l’anniversaire ».
Le résultat de ce système, où seules comptent « la voracité et la grande vitesse », c’est des catastrophes comme celle du 11 septembre 2001. C’est aussi les armes de destruction massive et l’uniformité culturelle, où l’on rejette la diversité des cultures dans les déchets.
On retrouve dans cette improvisation de Pato un cri d’alarme qui ressemble à celui du philosophe Yves Paccalet dans son livre paru récemment aux éditions Arthaud sous le titre : “L’humanité disparaîtra, bon débarras !” (voir encadré)
« Dans cette forme théâtrale très actuelle, le spectateur sort avec l’impression d’avoir passé un moment avec un acteur, une personnalité ou un personnage qui lui a parlé librement et spontanément depuis la scène. Ici Pato incarne une allégorie de notre planète et vous interpelle comme la Terre elle-même voudrait le faire... », écrit la Compagnie ACTA du Port dans la présentation de cette création de Pato. Un spectacle tout public qui mérite assurément d’être vu dans toute l’île et ailleurs.

L. B.

(1) Les photographies du premier Festival du Théâtre sous les Arbres ont été réalisées par Gaëlle Fimeyer, photographe à La Réunion. Pour toute commande d’images du festival, ou d’autres types de créations photographiques (reportages, illustrations, studio etc), voici ses coordonnées : Gaëlle Fimeyer - La Fabrique d’images - 06.92.49.26.05 - mail : [email protected] - site internet : http://gaelle.fimeyer.free.fr


Yves Paccalet : « L’humanité disparaîtra, bon débarras ! »

Voici quelques lignes d’Yves Paccalet, philosophe, écrivain, écologiste, ami du défunt commandant Cousteau et auteur de nombreux livres. Il présente quelques-unes des idées qu’il expose dans son livre “L’humanité disparaîtra, bon débarras !”.

« J’ai cru en l’homme. Je n’y crois plus. J’ai eu foi dans l’humanité : c’est fini. J’ai pensé, dit et écrit que mon espèce avait un avenir. J’ai tenté de m’en persuader. Je suis maintenant sûr du contraire : l’humanité n’a nul destin. Ni lendemain qui chante, ni surlendemain qui fredonne.
No future : elle est comme une droguée - avide et déjantée, esclave des biens matériels, en souffrance de consommation, asservie à ce qu’elle imagine être la “croissance” ou le “progrès”, et qui sera sa perte. Si elle ne s’autodétruit pas dans une guerre atomique... Une épave ! ...
J’ai vu les résolutions de la conférence de Stockholm s’engloutir dans les pollutions, les saccages et les profits boursiers qui s’ensuivent. J’ai regardé le Programme des Nations unies pour l’Environnement se consumer dans les dévastations civiles et guerrières.
Le même sort est advenu à l’appel de Rio de Janeiro de 1992, une ville de carnaval et de favelas où j’avais pourtant vu le commandant Cousteau se faire acclamer devant un parterre de chefs d’État - sacré “Captain Planet” ou “conscience écologique” d’une humanité enfin soucieuse de la maison Terre.
Fariboles à usage médiatique ! Le protocole de Kyoto, élaboré en 1997, s’asphyxie dans l’égoïsme forcené des riches - tout comme la planète étouffe dans les excès de gaz carbonique, d’ammoniac et de méthane. J’en ai marre de la perpétuelle dictature des intérêts individuels, familiaux, corporatistes, religieux, communautaires ou nationaux ; du je-m’en-foutisme et de l’hypocrisie ; de la bassesse ordinaire ; de l’égoïsme général (je me range, évidemment, sous l’adjectif “général”).
Je continue le combat pour la planète et pour l’homme sans la moindre perspective de succès. Par habitude. Par devoir. Mais sans autre espérance que d’en rire ou d’en pleurer - tel le musicien du Titanic en train de jouer Plus près de toi, mon Dieu, de l’eau jusqu’aux genoux.
Aux yeux du philosophe qui n’a jamais entretenu d’illusions, ou du moraliste qui a perdu toutes les siennes, l’homme est un poulet à deux pieds sans plumes qui descend des bactéries et qui y retourne après avoir saccagé le poulailler.
Sauf miracle... Mais, je le rappelle, un miracle est un événement que tout le monde attend pour conjurer la catastrophe, et qui n’arrive jamais.
Je suis un déçu de l’humanité, comme d’autres le sont du socialisme ou du capitalisme... Nous fonçons vers le précipice en nous réjouissant de notre vitesse prodigieuse, que nous nommons “croissance”... Chaque métaphore est éculée, mais pertinente. »

Yves Paccalet


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